Oncle Psycho

propositions pour une vie saine et équilibrée

30 septembre 2007

Henri Amoroso, la suite...

Est-ce que quelqu'un se rappelle du docteur Henri Amoroso? Non, évidemment. Je vous invite donc à lire ou relire ce que j'en avais dit suite à son passage dans l'émission-débat catastrophique "L'Arène de France", heureusement défunte. Bon, il se trouve qu'un type m'a laissé récemment un joli commentaire à ce sujet, avec un brin de retard quand même. Impossible de resister à vous le reproduire et commenter, il est magnifique. Mais d'abord, un bref petit topo sur Henri Amoroso, histoire de resituer le contexte: il s'agit d'un charlot qui se fait passer pour un "neuropsychiatre" et qui s'illustre par un délire mégalomaniaque assez stupéfiant. Pour s'en convaincre, on ira visiter avec profit son site internet. Pour ce qui concerne l'émission où je l'ai vu, on retiendra seulement ses propos grotesquement misogynes. Ah oui, j'oubliais, Henri Amoroso est un bigot, il aime beaucoup le petit Jaizu et son papa. Il écrit aussi des livres grotesques, dont je recommande le désopilant "L'Au delà dans le miroir", oeuvre d'une stupidité étourdissante.
Bien, revenons-en à notre correspondant. Il s'appelle "magalousteph" et n'hésite pas à dévoiler son vrai nom ailleurs sur l'interweb (nous y reviendrons): Louis Caputo. Ce personnage est aussi, évidemment, un cul-bénit de la plus belle espèce, sauf qu'au lieu d'être marrant il est de ceux qui cite plein de passages de la Bible. Heureusement, n'ayant probablement aucun espoir pour mon salut spirituel, il m'a épargné cette pratique soporiphique. Voici ce qu'il m'écrit, avec mes commentaires intercalés:

Qui ose s'attaquer au docteur? ceux qui sous couvert de" compassion" confondent libéralité et libéralisme, tolérance et permissivité,liberté et dérives sexuelles.

Commentaire: Vous avouerez que ça commence bien. Oui j'ose m'attaquer "au docteur", et apparemment je ne suis pas le seul puisqu'il est la risée de toute la côte niçoise, lieu où il sévit habituellement, selon ce que m'en a dit une sympathique commentatrice. Mais dans ces deux lignes, le plus déprimant, pour moi qui commence à avoir l'habitude d'interagir avec la mentalité religieuse, c'est de ne pas ressentir la moindre surprise à lire les mots "liberté et dérives sexuelles" alors que le contexte ne s'y prête absolument pas. On se demande bien ce qui tracasse autant l'esprit de ces détraqués du cul qu'ils doivent obligatoirement parler de sexe en toute circonstance. Mais poursuivons:

Aucun scientifique ni médecin spécialisé ,soit par la parole ni par écris, ne s'est manifesté pour contrer les propos du docteur. Si ses propos étaient contestables ou non fondés scientifiquement parlant, l'ordre des médecins n'aurait pas tardé à prendre des sanctions à l'encontre de celui ci. En outre la constitution française permet à cet homme de s'exprimer tant qu'il n'attaque pas les personnes nominativement, n'i ne les atteint dans leur dignité, leur race ou origine, voir sur leur foi.

Commentaire: Mais heureusement que le docteur Henir Amoroso a le droit de s'exprimer! Un des aspects les plus inatendus de la liberté d'expression c'est de pouvoir se fendre la gueule avec des individus de ce genre, pour rien au monde je ne m'y opposerais. J'ajouterai même que personnellement, je ne vois pas pourquoi cette liberté ne pourrait pas s'étendre à l'attaque en règle de la foi d'autrui. Encore cette connerie de respecter les superstitions du crédule. Mais ce n'est pas le sujet, mon but était simplement de détruire le personnage grotesque incarné par Henri Amoroso, il n'y a rien de personnel là-dedans. Ce n'est pas moi qui utilise sa bouche pour parler et je n'ai rien eu à voir avec la conception de son site: c'est donc lui qui a choisit de se ridiculiser tout seul. Voyons la suite, où il est question du fameux passage télévisé:

Là ;en l'occurrence, il s'agissait d'un débat publique, une émission télévisée et de fait ,tous ont droit à l'expression tant les défendeurs que les défenseurs, alors pourquoi certains s'insurgent -ils?. Sa conscience civique et civile lui a permit de s'exprimer comme l'ont fait tous ceux qui se sont pas géné de deverser sur son compte des insanités. Seuls ses détracteurs n'ont cessé de lui couper la parole en arguant par des sophismes non fondés, des inepties et des idées pernicieuses et délurées.

Commentaire: Ouais bon, là tu charries un peu, Louis. L'Arène de France n'était pas une émission qui se prêtait particulièrement au débat raisonné et cordial, d'ailleurs ce genre d'émission n'existe tout simplement plus (en admettant qu'elles aient jamais existé). Encore une fois, pour ce qui me concerne, je ne m'insurge pas contre les propos qu'il a tenu. C'est plus général que ça: Amoroso me fait poiler parce qu'il est ridicule, splendidement ridicule.

l'histoire au cours des siècles a confirmé s'il en était ,de diverses manière, les fondements et les propos qu'a avancé, concernant les femmes, sans être machiste Le docteur amoroso et je précise bien : le docteur! car il est médecin avant d'être psychiatre , branche médicale qui est considère aujourd'hui comme une spécialité annexe de la médecine.

Commentaire: non, l'histoire ne montre rien. Tu m'aurais dit la science, à la limite. Mais ce que l'histoire colporte "au cours des siècles", au mieux, ce sont des lieux communs ou des préjugés. Ensuite, je me fous complètement qu'Amoroso soit médecin, psychiatre ou neurologue. Ce qu'il lui faut, en plus de sa blouse, se sont de très grosses chaussures et un joli nez rouge, là je le trouverai plus crédible. Accrochez-vous pour la suite, on change de régime:

Oui, il d'origine italienne, mais que viennent faire ses origines dans le debat? il est même napolitain et alors?.C'est de la mechecanté gratuite et pire que ce qu'on reproche au docteur. Il a du travailler dur pour être non seulement accepté dans la societé xenophobe francaise, comme fils d'emigré italien mais aussi pour prouver à ses pairs qu'il était capable de devenir par ces propres forces un médecin et psychiatre de surcroit.

Commentaire: j'ignore qui a parlé des origines d'Amoroso. Pour ce qui me concerne, je me fous qu'il soit napolitain, véronais ou quatre fromages. D'ailleurs, pour arriver à un niveau pareil de burlesque, je suis bien conscient qu'il a du travailler très dur. C'est pas donné à tout le monde.

Parmis ces hobys Il a même été un ténor reconnu par les plus grand , comme " pavaroti" "mario del Monaco etc..tant sur le plan lyrique que le plan populaire du bel canto tous l'ont apprecié.

Commentaire: chacun ses goûts hein, mais c'est précisément ce genre de choses qui font d'Amoroso un personnage si authentiquement ringard à mes yeux.

Quant à ses contradicteurs, ils sont réputé pour être , comme on l'a constaté :mesquins, hautains, plus dogmatiques que lui et par leur attitude , méprisante,velléitaire et délétère, qui ne font pas honneur à leurs auteurs, ont voit bien, par leur position arbitraire , qu'ils ne sont que le reflet de leur être intérieur , a savoir:plus vils et bas que ne l'a été le docteur Amoroso..

Commentaire: j'adore la dernière phrase, mais c'est presque trop facile... Quant au reste, bah, c'est comme ça que sont tous les contradicteurs, non?

Ceux qui lui font tant de reproches,qui ont asséne sur son compte tant de fiels sur sa personne feraient mieux de se regarder,de faire une leur propre introspection personnelle, ils verraient qu'ils ne sont pas à la hauteur de leurs critiques acerbes et mesquinnes qu'ils font à ce scientifique.

Commentaire: effectivement, c'est difficile de s'imaginer à la hauteur d'Amoroso, ainsi que l'indique la citation de De Gaulle qu'il a modestement mis en exergue de sa page d'accueil: "Visez les sommets, il y a moins d'encombrement"... Et qu'attend le commité Nobel pour honorer la mémoire d'un si grand scientifique? Bah, peut-être juste de savoir exactement quels sont les découvertes qu'on lui doit. Cher Louis, alias magalousteph, toi qui semble bien le connaître, et même l'avoir connu, comme l'indique la suite, peux-tu m'éclairer à ce sujet? Je n'ai rien trouvé sur Pubmed ni ailleurs, j'ignore donc quels sont ses travaux. J'apprécierais si tu pouvais m'en dire plus, merci.

Ce grand monsieur que j'ai eu l'honneur de connaitre est tout sauf ce qu'on lui reproche et c'est ,quoi qu'on pense et dise ,un chrétien remplis de compassion et libéralité qui a toujours aidé son prochain à la mesure de ses moyens.. Il a fait et ceux qui en ont bénéficié peuvent le confirmer , certainement fait plus que ceux qui se sont insurgé contre lui tant sur le plan humain, que sur le plan social comme médicale. la présidente d'une certaine association, " chroniqueuse" ,dans certaines émission de télévisons, ferait mieux d'en prendre de la graine, car elle plus sexiste , acrimonieuses dans ses attitudes et dans son verbiage à l'encontre des hommes que ne l'est celui qu'elle a vilipendé . Le docteur n'a jamais chanté sur les toits , contrairement à d'autres qui ne cessent de se pavaner à toute heure et à tout moment, sur toutes les antennes et sur tout les media , ce qu'il a fait et ce qu'il a fait pour son prochain ,il l'a fait dans la simplicité, l'humilité et dans l'anonymat comme lui recommande la parole de Dieu.

Commentaire: voila, ça finit comme ça. Visiblement ce type a été très impressioné par Amoroso. Le problème c'est, comme toujours, qu'il est assez aveuglé par ses croyances absurdes. Comment peut-il dire qu'Amoroso baigne dans "la simplicité", "l'humilité" et "l'anonymat", quand on connaît l'incroyable suffisance qu'il déploie sur les plateaux TV et sur son site? Et a-t-il lu ses livres? Je m'en suis tapé quelques chapitres, et franchement c'est dur de trouver plus gonflé et chiant. Alors je me demande, quel genre d'individu peut sincèrement admirer un pignoufle pareil? Pour vous en faire une idée, allez lire ses commentaires complètement hallucinés sur les sites de petits poissons, comme ici et ici, et surtout ne manquez pas d'aller jeter un oeil à son blog sympathiquement intitulé: "Si tu connaissais le don de Dieu!" Aucun doute, quelqu'un semble avoir bu trop d'eau bénite. Peut-être un ancien patient du bon docteur Amoroso?

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29 septembre 2007

Mystères du facho

Prenons quelques instants pour visiter la mentalité du facho. Enfin, disons du mec de droite de base.
Une fois on m'a demandé ce que voulait dire "réactionnaire". J'ignore l'origine exacte de ce qualificatif, mais je crois connaître le ressort cognitif auquel il s'applique et qui distingue sans trop d'équivoque la présence du facho. A peu près n'importe quel stimulus sensoriel, quelle qu'en soit la modalité, est susceptible de déclencher ce ressort, et ce qu'il en découle contient immanquablement les mots "gauchisme", "laxisme", "multiculturel", "68", "jeune", "pédagogue" ou autres aboiements de ce genre. Le réactionnaire très entraîné réagit habituellement au quart de tour, ou même avant, et n'a jamais peur de se tirer des balles dans le pied. Il peut ainsi traiter son vis-à-vis, qu'il considère immédiatement comme un opposant, de "raciste", "cul-bénit", "nazi", "populiste" ou autres amusants paradoxes. Les spécialistes du genre, ici en Suisse, sont faciles à reconnaître. Ils parlent très fort, on les invite partout, ils ont beaucoup d'argent, mais ils se plaignent tout le temps d'être muselés par des forces mystérieuses qu'ils appellent génériquement "Le Système", et malgré le service en argent qui encombre leur fondement depuis qu'ils sont nés, ils parviennent à se croire "proches des gens".
N'ayant rien de consistant à proposer qui puisse justifier du volume sonore de leurs élucubrations, comme par exemple une quelconque avancée dans l'état actuel de la civilisation, et se figurant que le premier pas de tout projet humain consiste à réaliser lucidement que, dans l'ensemble, les autres nous font chier, les fachos ont finalement pris l'habitude de ne rien dire qui puisse se retourner contre eux et, sagement, de tout mettre sur le dos d'autrui. Il ne s'agit pas d'idéologie. Cela aurait au moins l'avantage de donner du contenu, enfin, de former un message quoi. Mais non, habile et pragmatique, le facho d'aujourd'hui revendique le droit d'être absolument lavé de tout soupçon. Lui prêter de mauvaises intentions est suffisant pour déclencher le ressort. Vous pourriez vous faire traiter de "naïf", "bien-pensant" ou pire, d'"anti-raciste". Clean et détartré entre les dents, le facho peut donc sans encombre pénétrer le "jeu démocratique" et "faire partie du débat". Le cas échéant, on pourra même louer les vertus prophylactiques d'une bonne "polémique", tout en examinant les "questions de fond" que soulève tel ou tel "pamphlet". Dans pareilles conditions, le peuple est préparé. Il a toutes les armes de son côté: esprit critique, sens de l'ironie et du deuxième degré, vision perspicace, réalisme politique et ressort frétillant. Il peut donc s'insurger, dans les règles de l'art, à chaque nouvelle "provocation" du facho. Oui, le facho d'aujourd'hui "provoque". Il dérange même. C'est qu'il ne rechigne pas à donner des coups de pieds dans la fourmilière, ou à jeter des pavés dans la marre. Sans les fachos, tout ne serait que train-train quotidien, on en serait même réduits à ne jamais dire tout haut ce que l'on pense tout bas.

Au détour de mes pérégrinations sur le net, alors que j'étais simplement à la recherche d'informations sur les nouvelles affiches "provocantes" de l'UDC - pour ceux qui me lisent de l'étranger (pouah!), il s'agit d'un des partis de fachos en Suisse, qui se trouve être, et de loin, le plus populaire et qui récemment, comme à son habitude, a focalisé l'ensemble des "débats" sur une lamentable affiche de leur cru, qui évoque assez ce que Leni Riefenstahl aurait produit si elle avait opté pour le manga plutôt que pour la caméra - au cour de mes pérégrinations donc, je me suis retrouvé à mon grand amusement dans une sorte de maelström de réactionnisme, autant dire une avalanche de régurgitations brunes. D'accord, il y a de tout sur internet, je ne vais donc pas faire comme si j'étais outré de tomber sur des blogs qui font la liste de faits divers impliquant des basanés ou qui déplorent la toute-puissance d'une pensée unique qui constamment nous fait l'éloge de la mixité et nie le laxisme évident de nos autorités en matière de répression de la pédophilie, qui comme chacun sait, est en train de détruire à la manière d'une épidémie la misérable couche qui reste de ciment social. Ne parlons pas d'avortement : inutile de rappeler l'existence de cette infime minorité d'individus qui n'accepte pas l'ultra-domination des satanistes de gauche qui, comme moi, se repaissent de la chair de foetus fraîchement évacués. Non, ce qui me fascine dans la pensée du facho, c'est plutôt la logique sous-jacente qui profile la moindre de ses opinions. Elle m'échappe, précisément, cette logique. Voici, par exemple, un billet trouvé sur un blog de ce genre, "avec conservateur ajouté", tient-on à nous préciser:

"Passionnant entretien avec le professeur Lucien Israël, proposé par Canal Académie. Abordant Le thème de "nos cerveaux" droit et gauche, Mr. Israël s'en prend vivement aux méthodes d'éducation qui, selon lui, contreviennent aux règles de l'apprentissage et de la construction de soi telles que les neuro-sciences nous les ont dévoilées. Mais que pèsent les neurosciences face aux syndicats et à l'héritage de 68, qui apparaît alors comme une forme d'obscurantisme ? Prônant l'écoute de Bach et de Mozart, et le rejet de la méthode globale qui forme des bataillons d'illettrés, le professeur Israël nous invite à un voyage rafraîchissant, dans les ruines de la catastrophe culturelle, à la découverte des potentialités du cerveau humain, ce cadeau de Dieu."

Sérieusement, est-ce que je suis le seul à trouver fantastique que ce genre de truc soit parfaitement à sa place entre des articles intitulés "De l'utilisation du concept d'homophobie par les institutions progressistes" ou "Préférence maghrébine"? Par ailleurs, j'ai trouvé ce blog à partir d'un lien sur celui-ci, qui trouve le moyen de s'insurger contre une affiche du parti socialiste montrant simplement une femme des années 50 au fourneau, avec mention que "nous voulons concilier vie familiale et vie professionnelle". Voici ce que le ressort réactionnaire est capable de produire quand on le confronte à un stimulus aussi anodin:

"...cette affiche, véritable crachat au visage de toutes les mères de famille, sales garces qui ont refusé de profiter de leur “droit” à l’avortement pour mener la vraie vie de femme socialiste: le c… vissé devant Windows 8 heures par jour pour rentrer de toute manière faire la bonne pour le gnolu que, de toute manière, nature oblige, on n’a pas pu s’empêcher d’épouser et de maternercomme un gros poupon. Ca c’est de la liberté de la femme !"

S'il existe un fil rouge qui permet de relier les deux passages que je viens de citer, j'aimerais bien le connaître. Ils n'ont pas été écrits par la même personne, mais la magie de la chose c'est qu'ils auraient parfaitement pu l'être. Ainsi fonctionne l'étrange ressort réactionnaire du facho. Je n'irai pas plus loin dans ce mystère, mais je consacrerai simplement le reste de ce message à disséquer le truc sur le cerveau et la méthode globale de lecture. C'est un sujet qui me casse les couilles depuis pas mal de temps déjà, et je pense qu'il détient, ou plutôt que la manière dont on choisit d'en parler détient, donc, de profonds enseignement sur la différence entre le réactionnaire et l'individu normal. Mais d'abord, un peu d'histoire...
Que les neurosciences soient accaparées à des fins idéologiques, ce n'est pas nouveau. Et franchement, cette histoire d'asymétrie fonctionnelle entre les deux hémisphères, on ne saurait pas dire si c'est la droite dure ou la gauche molle qui a sortit le plus de conneries à son sujet. Vous connaissez le topo, l'hémisphère gauche est rationnel, verbal, analytique et froid, tandis que le droit est créatif, visuel, holistique et émotionnel. Passons sur le fait que cette présentation soit affreusement simplificatrice, et essayons de voir ce qu'elle implique. Il semblerait qu'à un certain moment des années 60, une bande de hippies barbus bouffis de pensée New Age ait décidé que le "Système" (l'ennemi imaginaire que les gauchos et les fachos se sont inventés pour passer le temps) forçait les enfants à n'utiliser que leur hémisphère gauche. L'idéal capitaliste et impérialiste des chrétiens blancs et hétérosexuels dépendait d'une manière ou d'une autre de cette opération d'endoctrinement, où armés de tachistoscopes - quand ils ne  sectionnaient pas carrément le corps calleux de nos chers bambins - ces gros vilains allaient fourrer leur idéologie exclusivement dans l'hémisphère gauche de leurs victimes. Cela devait changer, et donc on parvint à imposer l'usage de l'hémisphère droit dans les écoles. Les petits étaient désormais libres de dessiner, visualiser, ressentir des émotions, faire de la musique et bon, en un mot, être créatifs (c'est-à-dire pouvoir s'affranchir des règles arbitraires imposées par le Système). Grosse erreur. On voit maintenant les conséquences fâcheuses de cette prise d'assaut hémi-cérébrale. Les nouvelles générations, ces hordes d'hémisphérectomisés, se révèlent incapables d'écrire un SMS correctement ou de tenir un raisonnement complexe. On en a fait des cons. A nouveau, il faut que ça change. Les neurosciences ont fait des avancées considérables depuis mai 68 - l'ampleur du désastre ayant permis aux chercheurs de se ressaisir - et on sait désormais exactement comment il faut manipuler le cerveau des gosses pour qu'ils deviennent des citoyens dignes de ce nom. Inutile d'entrer dans les détails, les spécialistes savent de quoi ils parlent. Je reproduis donc, à nouveau, tellement c'est beau, ce qu'une telle révolution a pu inspirer au facho de base:

"...Mr. Israël s'en prend vivement aux méthodes d'éducation qui, selon lui, contreviennent aux règles de l'apprentissage et de la construction de soi telles que les neuro-sciences nous les ont dévoilées. Mais que pèsent les neurosciences face aux syndicats et à l'héritage de 68, qui apparaît alors comme une forme d'obscurantisme ? Prônant l'écoute de Bach et de Mozart, et le rejet de la méthode globale qui forme des bataillons d'illettrés, le professeur Israël nous invite à un voyage rafraîchissant, dans les ruines de la catastrophe culturelle, à la découverte des potentialités du cerveau humain, ce cadeau de Dieu."

Syndicalistes et héritiers de 68, vous pouvez donc commencer à chier dans vos frocs. Les neurosciences sont là pour déjouer votre détestable complot. Première étape pour retaper notre déliquescente jeunesse, dont le formidable potentiel a été honteusement bridé par, heu, les syndicats (synonymes: pédagogues, journalistes, enseignants, guitaristes, socialistes, piagétiens, altermondialistes, etc.): réhabilitation de Bach et Mozart, mis à l'index, comme chacun sait, par la gauche caviar tant détestée. Deuxième étape, en finir avec cette saloperie de putain de merde de méthode globale de mes deux. Oui, aux oreilles du réactionnaire, les termes "méthode globale" se révèlent remarquablement efficaces pour déclencher son ressort-à-dire-des-méchancetés. Peut-être moins efficaces qu'"avortement", mais sans doute un poil plus que "licenciement". On a vu comment les hippies barbus ont tenté d'éliminer toute règle du champ éducatif. Ils se sont figurés que la lecture et l'écriture pouvaient s'acquérir comme ça, juste en regardant des livres illustrés, sans que personne n'explique jamais aux enfants que "genoux", ça prend "x". Voyez plutôt la génération d'enfants-rois qu'on doit se taper maintenant. L'autorité, la rigueur, la discipline, l'effort, les règles : connaissent pas. Peu importe que les mécanismes cognitifs impliqués dans la lecture et son apprentissage comprennent des aspects analytiques et parallèles, que les différences inter-individuelles dans l'acquisition de cette compétence rendent caduque toute approche se voulant universelle, que les gosses qui se trouvent avoir un intérêt pour la lecture y viendront de toute façon à coups d'essais et d'erreurs, et même que, bon, personne n'enseigne plus cette mythologique "méthode globale" de toute façon. Non, les parents d'élèves savent toujours de quoi ils parlent, et ils en ont marre de ces conneries de gauchistes. On commence par des méthodes de lecture à la con, et ça finit en tournante dans la cave. Assez. On veut un retour des profs, des vrais. "Kevin, en retenue ! tu m'écriras 500 fois le mot "saucisson" au tableau". Pourquoi "saucisson", vous demandez-vous? Parce que "Dans un mot comme "saucisson", il existe seize règles à maîtriser pour être à même de le lire de façon correcte". Suivez le lien, cette phrase est tirée d'un article ahurissant sur l'échec de la "science" face au "bon sens". On y voit bien comment le réactionnaire s'y prend pour déployer l'amalgame bordélique de tout ce qui le débecte. Les fachos se foutent complètement de savoir comment les morveux s'y prennent exactement pour apprendre à lire. Tout ce qu'ils veulent, comme toujours, c'est le "retour" à cet âge d'or qui fait l'objet de tous leurs fantasmes, et où triomphaient les bandantes valeurs que sont ordre, rigueur, baffes, discipline, règles, autorité, papa, hémisphère gauche, Bach, Mozart et, bien sûr, Jaizu. Il ne peut pas s'en empêcher, le facho en vient toujours à Jaizu. Qu'on s'en convainque en relisant cette phrase hallucinante, que j'ai déjà copié ici deux fois, mais je n'hésiterais pas à la reproduire 100 fois, tellement elle constitue le paradigme ultime de la mentalité du réactionnaire: "...le professeur Israël nous invite à un voyage rafraîchissant, dans les ruines de la catastrophe culturelle, à la découverte des potentialités du cerveau humain, ce cadeau de Dieu." J'imagine que ce "voyage rafraîchissant" mène à la Terre Promise, non?

Posté par onclepsycho à 20:28 - bla bla - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 août 2007

Tatouages 2

Bien bien,
je viens juste de passer dix jours en Espagne, des vraies vacances avec plages, musées, restos et pas d'internet. Je vous raconterais bien tout cela en détail si ça avait le moindre intérêt, mais à la place j'ai quelque chose qui semble pouvoir éveiller la curiosité de certains. Parmi le tas de email que 10 misérables jours d'absence ont réussi à accumuler, il y a un sympathique lecteur qui m'a laissé un mot à propos d'un truc que j'avais écris sur ce que je pense (ou pas) des tatouages. En fait, il a balancé mon texte sur "Tattoorama: le forum du tatouage et du piercing", et m'invite à y lire les commentaires et à y "défendre mes opinions" si le coeur m'en dit. Certes, ça m'en dit, mais je suis trop flemmard pour m'inscrire sur ce truc et sans ça je n'ai pas l'autorisation d'intervenir. Par ailleurs je déteste les forums, mais je garde ça pour une autre fois, en espérant secrètement qu'un type me catapulte sur "Forumrama: le forum des adeptes de forums". Je sais, c'est pas drôle, mais aujourd'hui à 6h00 du mat je courais après un taxi à Plaza del Sol, et dans ce coin de Madrid on dort mal. Bref, j'invite mes nouveaux amis tatoués et piercés de Tattoorama à venir s'exprimer ici ou à recoller les éléments qui vont suivre dans leur propre fief, si ça les amuse. Au passage, on verra si quoi que ce soit de fulgurant me passe par la tête sur ce sujet qui, de fait, n'est pas la première de mes préoccupations.
Commençons par le début, jonesy, le gars du Québec qui a pris contact avec moi, introduit ainsi mon texte:

"j'ai tombé sur ce texte par hazard. le gars a pas la langue dans sa poche Laughing
il soulève des point intéressant. mais il est pas trop pro-tatouage Laughing
...il est pas anti non plus Rolling Eyes  modéré je dirait Smile
au moin il a le mérite de s'intéressé sur le sujet. Cool "


C'est un assez bon résumé, mais ça fait toujours un peu mal de s'entendre traiter de "modéré". Enfin bon. Plusieurs réponses qui suivent semblent avoir apprécié mon texte, et certains se demandent qui en est l'auteur. Eh bien c'est moi. Vous voulez en savoir plus? Pas de bol, c'est un blog anonyme. Plus loin, Marion, "pierceuse", offre ce commentaire:

"je pense aussi qu'il intellectualise un peu trop un des plus vieux problèmes du monde : comment vivre avec son corps et le reflet qu'il renvoie de nous aux autres. Et je crois qu'il y a pas de réponses universelles si ce n'est de faire le mieux possible...
Tout ne se situe pas exclusivement ds l'intellect en ce qui concerne nos comportements."


Effectivement Marion, je m'efforce d'"intellectualiser" un peu ce genre de choses. Il faut bien que quelqu'un s'y colle, puisque apparemment les pierceuses comme toi ne savent pas pourquoi elles piercent ni pourquoi les gens se font piercer. Je veux comprendre, et si "
tout ne se situe pas exclusivement ds l'intellect en ce qui concerne nos comportements", je veux savoir où se situe le reste. Explique moi s'il te plaît. Le piercing et le tatouage sont un business, des gens dépensent du fric pour ça et d'autres en gagnent. Peut-être que ça ne t'intéresse pas d'en savoir plus, ou que tu y as renoncé, mais il y a forcément quelque chose d'instructif là derrière. Moi je ne suis pas convaincu par les explications habituellement apportées sur le phénomène, dont on peu lire un résumé dans le dernier numéro de Cerveau & Psycho (n°22, juillet-août 2007, "Piercings, tatouages et implants" par Bernard Andrieu, pp.44-47). Ces histoires de recherche identitaire ne suffisent pas. Il faut aller plus loin, mais visiblement il est inutile de compter sur les professionnels de la branche pour y voir plus clair. Je dis ça sans animosité, mais je suis toujours surpris par le peu de réflexion que les gens directement impliqués dans les pratiques de transformations corporelles ont à offrir. Merde, c'est du corps humain qu'il s'agit, je trouve que "il n'y a pas de réponse universelle" c'est vraiment pauvre. Qu'on m'en donne une qui ne soit pas universelle et à laquelle je n'ai pas pensé, ça m'ira très bien.


Bon, poursuivons dans les réactions du forum. Je passe sur les messages de sympathie, et pendant que j'y pense je tiens à remercier tout les intervenants d'avoir pris la peine de lire ce texte, qui malgré ce que jonesy m'en dit dans son email, est bourré de prétention. Ceux qui disent avoir aimé mon écriture ou avoir été porté à réfléchir m'encourage à faire survivre ce blog qui est quasiment à l'abandon. De même pour ceux qui sont hostiles, vers qui je me tourne maintenant.

Voici ce que Cueldalie, "fanatique du forum" a à dire:

"
y a que moi qui trouve que ce texte est un ramassis de conneries donc...? des tas de raccourcis, des amalgames affligeants, et le tout résumé en une seule phrase "c'est impossible de raisonner un adolescent, ils sont trop stupides"

Rolling Eyes

la connerie de l'adulte c'est de pas s'apercevoir quand quelquechose le dépasse. de suite il rejette la faute... le pauvre adolescent, entre l'âge de l'intelligence pure (l'enfance) et l'âge de la bêtise (l'âge adulte), résiste à l'un et à l'autre, est pris dans un étau, mais possède encore cette brillante vision d'enfant et acquière les connaissances de l'adulte. ça lui confère un pouvoir qui nous dépasse et qu'on se borne à effacer...

hum...
pardon.
pour en revenir au sujet :

faut déjà avoir rien de mieux à faire de ses journées pour cogiter sur la question "pour ou contre le tatouage". j'te jure...

c'est bien beau de savoir écrire (encore que j'ai pas été transcendée par son niveau d'écriture), encore faut il être capable d'utiliser ce savoir."


Parfait, voila quelqu'un qui n'hésite pas à rentrer dedans. Pour la question du temps à disposition pour cogiter sur
"pour ou contre le tatouage", il y aurait effectivement à débattre, mais ce serait encore plus de temps perdu. A la place, il serait bien plus enrichissant de traîner sur un forum intitulé "Pro-tatouage vs anti-tatouage", par exemple. Ah mais non, attends, ça revient exactement au même. Argh, cher (chère?) Cueldalie, tous ces merveilleux exploits qu'on aurait pu accomplir au lieu de réfléchir et de débattre sur des sujets futiles... "Ramassis de conneries", "raccourcis", "amalgames affligeants"... Quelqu'un semble avoir été froissé par mon commentaire cavalier sur les adolescents. Mais le topo sur l'intelligence "pure" de l'enfant et la bêtise de l'adulte, ainsi que le pauvre ado pris dans un étau, franchement, c'est nul. Ce n'est pas de ça qu'il s'agit. S'il est vrai qu'il y a beaucoup d'adolescents qui se font tatouer, ils ne sont pas les seuls. J'essayais de me mettre à la place de parents qui doivent faire face à cette situation. Sérieusement, si ni les tatoués, ni les tatoueurs, ni les sociologues, ni les psychologues ne savent exactement pourquoi les gens font ça, je ne vois pas comment un parent pourrait raisonner un adolescent. Et oui, si on est pris entre l'intelligence et la bêtise, on est quand même un peu stupide, selon ton propre raisonnement. Et si tu me dis que l'adulte ne comprends pas des trucs qui le dépassent, c'est à ce moment précis qu'il s'agit de lui expliquer correctement en quoi il a tort et quelle est la vraie vérité. J'attends toujours.

Ensuite, il y a Croile, qui fournit la contribution suivante:

"
Je trouve l'auteur plutôt arrogant, trop sûr de lui-même, et il se monte sur un piédestal du haut de son fanion "pas tatoué donc pas abruti".
T'es pas toute seule Cueldalie..."


Qu'est-ce que ça peut foutre que je sois "arrogant", "sûr de moi-même" ou que je me monte sur un "piédestal"? Ce qui m'intéresserait éventuellement, c'est que tu me dises pourquoi tu t'es fait tatouer (ou non). Et je ne suis pas spécialement fier de ne pas être tatoué. Je ne demande pas de médaille pour ça, je ne vais pas monter un forum pour non-tatoués. Je veux juste savoir pourquoi moi je suis insensible à ce genre de décorations et d'autre non. Et ne me dis pas une connerie du genre "tout le monde est différent" ou "c'est comme ça" ou "chacun son truc, mec". Je connais la question, j'aimerais la réponse.

Cueldalie revient à la charge, pour une question de syntaxe:

"
Crolle >> perso, qund je lis "... raisonner UN adolescent, ILS sont trop stupides", ça m'écorche et les yeux et les oreilles (et l'esprit). donc nan, je ne lui trouve pas une "belle" écriture. Smile

quand on sait écrire : "... raisonner les adolescents, ils sont..." ou "...raisonner l'Adolescent, il est..."


En fait non, ma formulation était parfaitement valable. Celles que tu proposes sont inélégantes. De plus j'ajoute que j'ai fait preuve d'une admirable patience en m'abstenant de commenter l'a présence pénible d'émoticons, de "lol" et innombrables fautes d'orthographe. Je ne l'ai pas fait parce que ce n'est pas le sujet, mais pour le coup j'aimerais bien ma médaille, maintenant. S'ensuit un intéressant contraste entre les anti-tatouages brutaux et irréfléchis, et moi. Cueldalie préfère les premiers:

"
bah, à la limite, j'préfère.... au moins, tu sais que celu ou celle qui dit ça, n'y a même pas réfléchi. c'est un point de vue inintéressé et tant mieux. pas de débat, pas de polémique. cette personne là vient pas te casser les oreilles trois plombes avec des idées à l'extrème limite du racisme. c'est juste un point de vue sur l'image. c'est rien quoi. j'préfère un inculte innofensif, qu'un facho qui réfléchit (enfin qui essaye).

(vous inquiètez pas, dans l'absolu, je préfère un pacifiste qui réfléchit Very Happy)"


Qu'est-ce qu'il y a de raciste ou fasciste qui vienne de ma plume dans le texte que tu as lu? Fais attention, Cueldalie, tu n'es pas loin de briser la loi de Godwin. Par ailleurs, tu viens juste de glisser un slogan dont Franco ou Mussolini auraient été fiers: "pas de débat, pas de polémique". On ne saurait mieux dire.

Plus loin, on trouve little-alien, qui semble soulagé de lire l'opinion de Cueldalie:

"
Aaaah ouf, merci !!
Je croyais avoir été la seule à repérer cette arrogance et cette stupidité qui le poussent à écrire des trucs pareils ! Very Happy (Je fais pareil que lui didonc !)
Bon, ça me rassure, peu d'intérêt dans son discours sur le tatouage."

Je serai charitable ici, et ne dirai donc rien du fait qu'un individu stupide se reconnaît souvent au degré de réassurance qu'il trouve dans les opinions d'autrui. Par contre, j'aimerai bien qu'on me cite une fois pour toute un "discours sur le tatouage" qui ait de l'intérêt, je pourrais peut-être y apprendre quelque chose, devenir moins stupide et éventuellement réaliser à quel point j'ai été arrogant.

Bon, voila pour mon incursion dans le monde fascinant des forums tatouage. Je suis allé traîner sur le site pour voir s'il était possible d'y trouver quelque chose sur les questions qui m'intéressent, mais que pouic. Par rapport à mon post sur ce thème, je ne suis pas plus avancé. Je ne comprends toujours pas ce qui motive les gens à se tatouer, mais je suis maintenant à peu près certain que ce n'est pas aux principaux intéressés qu'il faut demander (et encore moins s'ils ont entre 15 et 25 ans).

Comme je le disais au début, je reviens de Madrid. J'étais dans un quartier assez pourri, et c'était bourré de tatoueurs/pierceurs. Il faut qu'on m'explique pourquoi ces échoppes sont si souvent situées au milieu des sex-shops, putes et salons de jeux. Maintenant que le tatouage s'est démocratisé à coups de tribaux et fils barbelés de mes deux, on pourrait se dire que les quartiers chics posséderaient leurs propres spécialistes. Et pourquoi pas un tatoueur dans chaque salle de musculation pour trader à crête décolorée, par exemple? Mais non, même si absolument tout le monde se fait désormais tatouer, il faut quand même que cette pratique garde une aura sulfureuse.
Matelots et bagnards d'antan, vos scarifications à la poudre de plomb étaient ridicules et dangereuses, mais au moins elles vous identifiaient pour les bad boys que vous étiez et les bourges n'allaient pas traîner dans vos troquets mal famés. De nos jours, les pisseux et pisseuses se pointent avec la carte de crédit de papa chez un skater de 45 berges qui se fait des couilles en or en accédant à leur désir fou de pouvoir exister davantage. Avec un gribouillage rigoureusement identique à celui qu'ils ont vu sur le livret d'un CD d'Evanescence. Mais c'est juste une théorie, j'attends seulement qu'on m'explique en quoi elle est fausse et n'ayez crainte, je sais déjà qu'elle ne s'applique de toute façon qu'aux autres tatoués, jamais à ceux qui pourraient réellement se sentir concernés.

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17 avril 2007

pan pan tuer

Quand est-ce qu'un être humain meurt? Quand son tronc cérébral cesse de fonctionner. Vous pouvez avoir le cancer, vous noyer, tomber d'un immeuble ou souffrir d'une attaque cérébrale, ça ne change rien. Les "fonctions vitales" ne sont en fait rien d'autre - à strictement parler - que l'oxygène qui permet au tronc cérébral de maintenir le reste du cerveau alerte. Si le tronc cérébral tire sa révérence, vous êtes irreversiblement inconscient, c'est-à-dire mort.

Bon, est-ce que les armes à feu tuent les gens? Non, bien sûr. Elles font juste des trous dedans le corps. Du moment que le tronc cérébral fonctionne encore, personne n'a été tué. Par ailleurs, encore faut-il viser correctement et loger les balles dedans le corps des gens. Vous voyez bien qu'on dit beaucoup de mal des armes pour rien. Pourtant, hier, la Suisse a pris une décision importante. Les soldats, ou plutôt ex-soldats, qui ont une arme à la maison, c'est-à-dire à peu près tous, ne pourront plus avoir de munitions. Pourquoi? Bah, parce que la semaine passée, il y a eu une tuerie dans un bar et que les gens importants qui prennent des décisions ont bien réfléchi et se sont dits qu'il faudrait peut-être prendre une mesure qui appaise les esprits. Mais interdire purement et simplement le fait de garder un fusil à la maison n'aurait pas appaisé les esprits. C'est que garder un fusil à la maison, après tout, c'est une tradition. Et les traditions, les gens, ils y tiennent. Alors ils ont fait un compromis. Ils ont dit "oui, vous pouvez garder votre arme, mais sans les munitions". Voila qui semble absolument raisonnable. Et logique. Et pas absurde du tout. Mais il y avait pourtant d'autres solutions, comme par exemple d'autoriser les gens à garder les munitions, mais pas les armes. Ou alors de garder armes et munitions, mais sans la gachette. Ou alors faire un joli noeud au canon de l'arme, comme dans les jolies affiches des hippies. Mais ils ont opté pour la privation de munitions, c'est eux qui décident.

Mais tout cela n'a aucun sens, puisque les armes à feu ne tuent pas les gens. Encore une fois, ce qui tue les gens, c'est l'inactivité de leur tronc cérébral. Le vrai débat aurait une certaine pertinence s'il existait une arme qui déconnecte spécifiquement le système respiratoire du tronc cérébral, et d'un seul coup. Une arme qui ne demanderait même plus de viser, il suffirait de choisir le nom d'une personne dans la liste de tous les gens du monde, ou de présenter la photo de quelqu'un à l'arme, de presser sur le bouton, de répondre "oui" à la question "êtes-vous sûr de vouloir terminer la vie de X" et voila la vie de X immédiatement terminée, en toute tranquilité. Pas de sang, pas de poursuite infernale, pas de peur, rien. Vous choisissez, clic, et zap, la cible devient irréversiblement inconsciente. Morte. Si cette arme là - appelons la "l'arme parfaite" - était en circulation libre, peut-être qu'il faudrait se poser des questions. Certains pourraient penser que le monde, grâce à cette arme parfaite, deviendrait enfin un endroit paisible. Oui, il y a toujours des optimistes irréductibles. D'autres, par contre, verraient cette évolution d'un très mauvais oeil. Ils aiment bien l'idée de tirer avec un bon vieux flingue. Pour le sport quoi. En effte, quel intérêt de disposer d'une arme parfaite qui ne manque jamais sa cible? Aaaah, le tir, un sport si magnifique. Vous êtes à une bonne distance de la cible, vous visez, vous vous concentrez, et PAN! vous tirez dedans la cible (si vous êtes bon). Vous n'imaginez pas les sensations que ça procure. Oubliez le basketball, la voile, le marathon ou l'alpinisme. Le tir, ça c'est grandiose.

Mais aucune crainte à avoir pour le moment. L'arme parfaite qui cesse l'activité du tronc cérébral d'une personne prédéfinie n'existe pas. On peut donc continuer à tirer sur des cibles pour s'amuser, à vendre et acheter des armes à feu et à débattre ad nauseam sur la question de savoir si ce sont les armes qui tuent ou les gens qui s'en servent. Notez que cette dernière question si fascinante ne serait pas résolue même dans le cas où l'arme parfaite existerait. C'est que l'être humain aime par dessus tout les grandes questions, les débats et les traditions, bien plus que les identités uniques et complexes qui se logent un poil au dessus des troncs cérébraux, et sont maintenues actives et conscientes par ceux-ci. Continuons donc à nous tirer dessus comme des malades avant qu'un grand industriel n'invente l'arme parfaite.

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16 avril 2007

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Oula, ça fait un bout de temps que j'ai laissé tomber ce blog... Je constate avec surprise que malgré mon oisiveté le nombre de visiteurs n'a pas diminué (bon d'accord, c'est pas des masses non plus). De plus, je reçois des messages d'encouragement de parfaits inconnus qui disent apprécier ce que je fais. Il y a par exemple elinoa qui dit ADORER CE BLOG, tout en précisant: "je vais vous décevoir Oncle Psycho... je suis juive et croyante". Bah, c'est l'occasion de renverser la blague juive habituelle, je répondrai donc: personne n'est parfait. Mais au moins, je pense, on est d'accord sur l'improbabilité que Zeus et Thor existent. Courage elinoa, plus qu'un Dieu à shooter...

Bon, parlons de Sarkozy et de pédophilie. Ils sont cons ces français, un rien les fait baver de la bouche. Prononcez le mot "gène" ou "inné" et vous êtes sûr de provoquer une "polémique". Tout le monde tombe dans le panneau. Vous vous souvenez des clones? Oui, il y a quelques mois ou même années, on vous parlait des armées de clones qui viendraient annihiler la glorieuse diversité du génie humain. Mais on ajoutait aussitôt: ah ben de toutes façons il y a aussi l'environnement qui compte hein. Non mais quelle bande de cons. Est-ce que quelqu'un se soucie vraiment de savoir si des facteurs génétiques pourraient être impliqués dans la pédophilie ou le suicide? Sérieux, les gens sont-ils à ce point calés en biologie du comportement qu'ils savent exactement sur quoi se base leur opinion sur ces sujets? Non évidemment, tout le monde s'en fout. C'est que ça demanderait du boulot de vraiment se renseigner. Il faut s'y connaître un peu aussi, et franchement pourquoi faudrait-il faire confiance à des experts? Quel intérêt de lire, par exemple:

Gaffney GR, Lurie SF, Berlin FS (1984). Is there a familial transmission of pedophilia? Journal of Nervous and Mental Disease, 172: 546-548.

Tost H et al (2004). Pedophilia: neuropsychological evidence encouraging a brain network perspective. Medical Hypotheses, 63: 528-531.

Brent DA & Mann JJ (2006). Familial pathways to suicidal behavior: understanding and preventing suicide among adolescents. New England Journal of Medicine, 355: 2719-2721.

ça serait juste un début pour commencer à y voir plus clair, mais franchement, quel intérêt de se documenter un peu quand on est dans la "polémique"? Il faut juste être "pour" ou "contre", peu importe vos raisons et arguments. Personnellement, je me contrefous que la pédophilie soit "innée" ou "acquise". Cette distinction n'a probablement aucun sens dans le cas présent. Sarkozy également s'en fout, il n'y connaît rien, ni en génétique, ni en psychiatrie, ni en science en général. Il donne juste son avis comme ça, il pourrait aussi bien dire que les noirs sont meilleurs que les blancs au basket grâce à leurs gènes. La vérité c'est qu'on ne sait tout simplement pas. Et en plus on s'en fout. Qu'est-ce que ça change? Admettons que ce soit le cas, vous voudriez un quota de blancs dans les championnats de basket? Un quota de noirs dans le cyclisme ou la natation? Tout cela n'a pas d'autre intérêt que de détourner l'attention des gens des questions vraiment urgentes et possibles à résoudre. En période électorale, ça aide. Reste que je ne comprendrai jamais pourquoi les mecs de droite se croient obligés d'invoquer la génétique et les mecs de gauche l'environnement pour expliquer les comportements. Hallucinant, ça devrait être exactement l'inverse pour tout un tas de raisons. Mais ce qui me fait le plus marrer dans cette histoire, c'est le fait que Sarkozy continue à vanter les mérites de "ceux qui se lèvent tôt". Ridicule, ces gens n'ont aucun mérite. Soit se lever tôt les fait épouvantablement chier et rend leur vie merdique, soit c'est naturel pour eux. Oui, il y a pour le coup de bonnes raisons de penser que la durée de sommeil dont un individu donné a besoin dépende en bonne partie de facteurs génétiques (voir par exemple: Hamet P & Tremblay J (2006). Genetics of the sleep-wake cycle and its disorders. Metabolism, 55: S7-12). Et voila, gros dormeurs et pédophiles, même combat! ça devient difficile de voir où se situe le mérite et la responsabilité dans tout ce bordel, ce qui est quand même gênant quand on est de droite et chrétien. Mais bon, après tout c'est toujours le chef qui décide, donc Sarko-président n'aura pas besoin d'expliquer pourquoi il faut récompenser machin et punir bidule à cause de ses gènes. Me réjouis quand même de voir ça...

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13 décembre 2006

Vanneste: le con hyperbolique

Connaissez-vous Christian Vanneste? Non, c'est normal, moi non plus. Mais l'histoire vous dis peut-être quelque chose: c'est le député UMP qui avait déclaré, en janvier 2005, "L'homosexualité est inférieure à l'hétérosexualité. Si on la poussait à l'universel, ce serait dangereux pour l'humanité." Bon, j'ai lu dans le Monde d'hier que le mec avait été condamné en première instance, janvier 2006, à plusieurs amendes de 3000 euros aux associations gays qui ont porté plainte. Et donc hier sa peine a été confirmée en cour d'appel, lui donnant quand même l'occasion de défendre à nouveau son point de vue. Ok, résumons un peu: le type dit grosso modo que les pédés sont des sous-merdes dangereuses pour l'humanité, c'est son avis. Indépendemment du fait que ce genre de propos sont interdis par la loi, il y a toujours la possibilité qu'il ait raison. Ben oui, il faut laisser une chance au gars de défendre son opinion, si ça se trouve il dispose d'arguments absolument imparables qui démontrent qu'effectivement, les pédés sont des sous-merdes dangereuses. Voyons donc comment il s'y prend. Déjà, il fait témoigner deux professeurs de philosophie et un pasteur. J'ignore malheureusement ce que ces trois charlots avaient à dire, mais avouez que c'est plutôt insolite non? Peut-être que je regarde trop la télé, mais d'habitude les personnes qu'on appelle à témoigner au tribunal sont soit des témoins directs soit des experts du genre psychiatres ou scientifiques. Mais des philosophes et un pasteur? On sent déjà que ça va être de la haute voltige. C'est que l'homosexualité n'est pas une question qui est examinable à la lumière de la science, et encore moins du sens commun. Il y faut de la métaphysique pour y comprendre quelque chose. Voici donc les maigres extraits que propose l'article:
"J'ai lancé une hyperbole de l'impératif catégorique de Kant, a tenté de justifier le député. Il y a des concepts que l'on peut universaliser, d'autres non. Les premiers sont les meilleurs. Cela justifie les fondements de la morale." [...] Et l'élu d'invoquer Voltaire "bien plus dur que lui", puis l'anthropologie de Claude Lévi-Strauss ou encore Saint-Augustin ("Je déteste le péché mais j'écoute les pécheurs"). Mais aussi "la théorie des trois cerveaux de Platon" : pour M. Vanneste, "c'est la partie du néo-cortex qui doit dominer les deux autres, le cerveau reptilien et le cerveau limbique : l'homme peut réfléchir et refuser son homosexualité". "Ma philosophie, c'est Descartes plus que Spinoza, l'homme peut choisir sa vie", a-t-il continué, tout en maintenant que "l'homosexualité est inférieure moralement, selon la conception chrétienne de la famille et du couple".
Pas mal non? Dommage que ce soit si court, j'aimerais bien lire l'intégralité du truc. Mais quand même, rien qu'en quelques lignes, Voltaire, St-Augustin, Lévi-Strauss, Kant, Descartes, Spinoza... Faut avouer que ça jette, putain. Malheureusement pour Vanneste, il semble que convoquer tous ces grands esprits soit insuffisant pour sa démonstration, en tout cas aux yeux de l'avocate générale. En effet, contrairement à une idée assez répandue, je suis vraiment désolé de le dire, le fait que d'autres personnes - aussi illustres soient-elles - partagent votre opinion, ne vous donne pas raison pour autant. Il faut donc croire qu'aux yeux de la loi, il a tort. De fait, si les homosexuels étaient vraiment inférieurs et dangereux pour l'humanité, on voit mal pourquoi ce serait illégal de le dire.

Maintenant, je me pose certaines questions. Si Vanneste est condamné à des amendes qui font quand même assez mal aux dents (merde, si je devais payer plusieurs fois 3000 euros - en plus à des associations de pédés - pour avoir simplement dis mon avis, et si j'étais homophobe, je crois que j'aurais effectivement assez mal aux dents, pour ne pas dire ailleurs, histoire de ne pas rajouter de l'huile sur le feu), si donc Vanneste est jugé coupable d'avoir tenu les propos qu'il a tenu, je me demande pourquoi il ne faudrait pas condamner également les gars qui sont venus témoigner pour défendre son point de vue. Ben ouais, ils ont l'air mignon les deux philosophes et le pasteur qui ont "argumenté" en sa faveur.. Ils pensent aussi que les pédés sont inférieurs et dangereux non? Mais ce n'est pas le plus important. Ce qui m'interpelle, comme on dit, c'est cette espèce de défense "métaphysique"... J'ignore si c'est fréquent dans les tribunaux, mais je trouve ça assez particulier quand même. Vous imaginez un voleur de mobylettes ou un assassin se pointer devant la cour en sortant du Hegel et du Nietszche? Et c'est quoi cette connerie de la "théorie des trois cerveaux de Platon"? Déjà cette théorie n'est pas de Platon, qui se foutait du cerveau a peu près autant que n'importe quel animateur TV, mais de Paul MacLean (c'est-à-dire plus de 2000 ans après...). Et en plus c'est évidemment une théorie foireuse, en tout cas telle qu'elle a été récupérée par le grand public. Ce qui fait froid dans le dos, c'est que Vanneste s'est de toute évidence renseigné pour justifier ses paroles ignobles. Au lieu de reconnaître qu'il est juste homophobe et qu'il est incapable d'accepter que chacun a la vie privée qui le regarde, à la place, il affirme qu'en fait il a juste "lancé une hyperbole de l'impératif catérogique de Kant". C'est que ça soulage de lancer des hyperboles ça et là, on peut comprendre. J'image bien Eichmann tenir la même défense: "écoutez, l'objectif premier n'était pas d'exterminer les juifs d'Europe, ce qui s'est passé était juste un épiphénomène de l'hyperbole que notre Führer avait décidé de lancer de l'impératif catégorique de Kant." De fait, il y a vraiment des hyperboles qui se perdent... Et ces pédés sont vraiment pénibles quand on y pense, n'ont-ils jamais appris a tendre l'autre joue quand ils se prennent une hyperbole dans la gueule?

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06 novembre 2006

No Heroes

cdLe nouveau Converge est sorti et c'est un disque extraordinaire. Comme d'hab', le quatuor bostonien écrase tout le monde sur son passage et prend une avance démesurée sur à peu près tout ce qui se fait en matière de musique actuellement. 14 morceaux complètement fous, une technique de plus en plus magistrale, un son ahurissant, j'en reste sans voix. No Heroes ça s'appelle, et c'est le titre du 6ème morceaux, riff intergalactique pour une tuerie à couper le souffle. Au moment où on pense être en possession d'un bijou surpuissant, voila Grim Heart/Black Rose qui repousse le tout 10 échelons plus haut. La folie. Une première partie avec un invité au chant, Jonah Jenkins assez habité et ensuite... ensuite il se passe sur ce titre un truc qui ne peut pas être exprimé en paroles, c'est du génie, voila la seule chose qu'on puisse dire, du génie. Certains morceaux sont nettement différents de ce que je connaissais de Converge, il y a maintenant une touche de Jesus Lizard assez excitante et la basse est plus présente. Putain, ce sera un concert à ne pas rater. Comme Jane Doe et You Fail Me, albums précédents du groupe, je ne risque pas de me lasser de sitôt de No Heroes. Je n'achète plus beaucoup de disques, mais avec celui-là en mains je ne vois pas trop de quoi d'autre je pourrais avoir besoin.

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Paradis

Voici un courrier de lecteur paru dans Le Matin du vendredi passé. Je le reproduis dans son intégralité car il me paraît assez exemplaire de cette folie particulière qui consiste à prendre ses désirs pour des réalités, folie qui n'est jamais aussi spectaculaire que quand elle prend ses habits religieux. Cela s'intitule: "Pari pour le paradis, à propos de la foi":
Si l'on compte bien, d'après le sondage de l'institut Link auquel le Matin faisait allusion le 24 octobre dernier, il n'y aurait que 24% des Suisses à estimer que "tout s'arrête à la mort". Mais au fond, pourquoi ne pas y croire? Nous avons rien à y perdre et tout à y gagner. Si le paradis biblique existe, ça ne fait que donner encore plus d'épaisseur et de valeur à notre vie actuelle, puisque tout l'amour que nous semons maintenant, fleurira dans la vie éternelle. Et cela nourrit notre espérance que vienne enfin le jour où toutes les limites que nous percevons dans notre quotidien éclatent et que la paix et la justice l'emportent sur les conflits, la haine et la violence que nous expérimentons jour après jour. Une vie sans perspective, sans horizon ultime, perd sa saveur.

Bon, on dira que je me répète et que je m'attaque à des individus sans défense, mais garde à l'esprit, cher lecteur, que ce n'est pas moi qui prend la plume pour parler de mes fantasmes enfantins dans le journal et que je ne fais pas partie des 76% de sondés qui apparemment ne pensent pas que "tout s'arrête à la mort". Mon opinion est donc minoritaire et je ne vois pas bien ce qu'on peut attendre d'autre d'une minorité qu'elle ouvre un peu sa gueule de temps en temps, au risque, effectivement, de lasser et de se répéter. Les mêmes conneries entraînent les mêmes critiques, et j'ai tout mon temps (terrestre).
Je voudrais dire à ce Monsieur qui a écrit ce courrier que son pari va dans les deux sens. Si le paradis biblique n'existe pas, s'il n'y a rien d'autre après la mort que le néant et si Dieu n'existe pas, alors vous aurez plutôt intérêt à trouver une certaine "épaisseur" à votre vie. Plutôt que de "semer" dans ce monde pour que ça "fleurisse" dans la vie éternelle, je propose de faire en sorte que les choses s'améliorent MAINTENANT SUR CETTE TERRE. Nietzsche parlait des "Hinterweltern", expression magnifiquement traduite par je sais plus qui en  "hallucinés des arrières-mondes". Là, on en tient un beau spécimen. Il est faux de croire qu'il n'y a "rien à perdre" dans un pari pascalien. En plus du caractère douteux de l'idée qu'on pourrait croire "à volonté" - il n'y a qu'au pays des merveilles que ça semble arriver [1] - il faut se demander quelle confiance on peut accorder à des gens qui pensent sérieusement qu'une meilleure vie les attends APRES celle-ci. Par ailleurs, de tels individus sont forcés d'admettre, malgré leur amour infini, que moi je vais souffrir d'un éternel tourment dans les feux de l'enfer. Pour sérieusement penser ça d'un de ses congénères en humanité, il faut vraiment être une personne dégueulasse et vile de l'intérieur. Je ne vois pas pourquoi il faudrait fermer sa gueule et respecter des idées pareilles. Ces gens qui croient au paradis, ils votent aussi. Je ne suis tout simplement pas de ceux qui pensent que la raison, la moralité et la foi sont soigneusement compartimentées dans différents tiroirs du cerveaux et que l'une n'empiête pas sur l'autre.

[1] Inutile d'essayer, » dit Alice, « il est impossible de croire aux choses impossibles ». - À mon avis vous manquez de pratique, » répliqua la Reine. « Moi, à votre âge, je m'y appliquais une demi-heure tous les jours. Il m'est arrivé alors de croire à jusqu'à six choses impossibles avant le petit déjeuner ». Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles.

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30 octobre 2006

Athéisme mode d'emploi

Il semblerait que l'athéisme soit en passe de connaître une seconde jeunesse. Cela fait longtemps que Dieu est mort, certes, mais c'est peut-être le bon moment de se débarrasser du corps une fois pour toute. J'ai lu The God Delusion de Richard Dawkins (je me demande comment ils vont traduire ce titre remarquable en français), Letter to a Christian Nation de Sam Harris, Breaking the Spell de Daniel Dennett et L'esprit de l'athéisme de Comte-Sponville (comme par hasard, le bouquin en français est le plus frileux, le plus faux-cul, le plus chiant, le plus nul). Bon, ça c'est les plus récents, il y en a eu d'autre dans les derniers mois. Franchement ça fait du bien, tout cela est assez inégal mais dans l'ensemble il faut se réjouir de toutes ces voix qui, chacune à leur manière, expliquent en quoi c'est juste con de croire en Dieu.
Tout cela sert-il à quelque chose? Oh que oui, j'en suis absolument certain. De nombreux commentaires et revues de ces bouquins ressortent les poncifs grotesques du genre "anticléricalisme désuet", "arguments 1000 fois répétés", "sous-estimation du besoin de spiritualité de l'Homme", "mépris de la fonction unificatrice de la religion", "manque de respect", "incapacité à dialoguer", "intrusion dans la vie intime des gens", "ignorance de l'histoire et des principes de la religion", "démarche aussi extrémiste que celle qu'ils entendent dénoncer", "aveuglement identique à celui des religions", gningningnin. Bon, je vais reprendre tous ces "arguments" plus loin, mais d'abord je finis mon paragraphe. Oui, il faut faire des bouquins sur l'athéisme, contre la religion, contre les superstitions, il faut brandir son incroyance, gueuler sa mécréance, le plus souvent possible, en tous lieux. Je suis sûr et certain que plus l'existence de l'athéisme sera visible et audible, plus il sera honteux d'être croyant. Il est temps de renverser les rôles, et je me réjouis de voir le phénomène à l'oeuvre. Optimiste? Bien sûr, je suis certain que les jours de la religion sont comptés, pour la simple raison qu'elle n'a absolument aucun argument en sa faveur et qu'elle ne survit précisément que parce que ceux qui s'emploient à le dire sont si rares. Bon, il y a du boulot, je dis pas. Mais la religion est une cause d'emmerdements si facilement évitable que ce serait criminel de ne pas s'y mettre le plus vite possible.
Exemple. Aujourd'hui, pour changer, un cul-bénit donne son "opinion" dans les pages du journal 24 Heures (oui, comme dans mon dernier message...). Philippe Beaud, prêtre à Pully, prend la plume pour déblatérer quelques vacuités sur le bouquin de Comte-Sponville. Voici comment ça commence:
"Heureusement pour eux, les scribouilleurs hargneux qui se laissent aller à «bouffer» du christianisme, en sauce rance d'anticléricalisme, ne sont pas contraints, sous nos climats, à solliciter la protection de la police." Allusion à l'affaire Redeker. Je profite de cette énergique entrée en matière pour débarrasser de la table de deux stéréotypes qui me cassent particulièrement les couilles:

- "l'athéisme ou l'anticléricalisme sont forcément désuets, obsolètes, "rances": comme le faisait remarquer Cavanna il y a bien des années, c'est assez épatant que la croyance et la foi ne soient par contre jamais affublées des mêmes qualificatifs. Après tout, dites moi si je me trompe hein, l'anticléricalisme vient forcément après le cléricalisme non? Et si on croit en Dieu, alors l'athéisme est nécessairement d'apparition plus récente que la croyance, non? Alors qu'est-ce qui est le plus "rance" et le plus "désuet"? Par ailleurs, on peut s'interroger sur la nature de cette attaque. Faut-il comprendre que l'athéisme est une vieille scie qui a vécu son temps, qui a échoué et qui est au mieux démodée, au pire anachronique? C'est pas un moyen un peu minable de disqualifier ses adversaires?

- s'attaquer à la religion, c'est être "hargneux", "atrabilaire" et "bouffer" du christianisme: peut-être, mais en l'ocurrence, n'est-ce pas notre petit curé qui est ici un peu "hargneux", quand même? Peu importe de toute façon, on s'en fout. Le ton du propos ne change rien à sa teneur, soit on a raison, soit on a tort. C'est possible que les athées soient effectivement plus hargneux ou aggressifs que les croyants, mais c'est bien compréhensible après tout. Et peut-être que Comte-Sponville est plus tendre que Michel Onfray, mais je signale quand même que pour le croyant ça ne change absolument rien, les deux iront en enfer pour l'éternité. ça vaut bien le coup d'être diplomate et de mesurer ses propos...

Revenons sur Redeker et le prêtre pulliéran. Juste pour rappel, Robert Redeker est ce prof de philo français dont la carrière est ruinée à cause de menaces de morts émanant de musulmans qui n'ont pas aimé que leur prophète soit qualifié de "chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame". Ces propos sont peut-être désagréables à entendre, mais ils sont évidemment vrais. Du reste, ils sont relativement gentils, Redeker aurait aussi bien pu ajouter menteur et pédophile mais il n'a peut-être pas osé (quoiqu'au point où il en est, il pourrait aussi bien compléter ses propos). Bref, voyons ce que notre bon curé pense de tout ça:
"Robert Redeker, le professeur de philosophie toulousain qui s'est égaré à publier des propos haineux et stupides contre l'islam ne jouit pas d'une même impunité. Menacé de mort, le voilà forcé à se cacher, alors que chacun devrait pouvoir, en démocratie, demeurer libre d'exprimer ou d'écrire ses opinions – même de grande imbécillité – pour peu qu'elles ne tombent pas sous le coup de la loi."
Faux cul. Cette attitude qui consiste à défendre le droit de quelqu'un à s'exprimer tout en qualifiant ces propos de "stupides" ou "haineux" commence sérieusement à m'énerver. On ne risque absolument rien à dire qu'on trouve les propos de Redeker imbéciles ou les caricatures de Mahomet mauvaises ou injurieuses, tout en défendant leurs auteurs. C'est hallucinant quand on y pense, on en est encore, de nos jours, à citer Voltaire et le fameux "je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire". On s'en fout, tout le monde connaît ça, qu'il faille encore le répéter constamment c'est vraiment mauvais signe pour tout le monde. Ce qu'il faut c'est dire quelque chose maintenant, pas juste défendre la liberté d'expression. Redeker faisait juste un constat, il n'y a rien d'imbéciles dans ses propos. Peut-être trouverait-on également "imbécile" ou malpoli de dire que Gengis Khan était un chef de guerre sanguinaire, que Dostoievsky était épileptique ou que la scientologie n'est qu'un tissu de conneries. Bref, oublions ce crétin de curé et passons à d'autres arguments classiques "contre" l'athéisme.

- "arguments 1000 fois répétés": cette remarque rejoint celle de "l'athéisme désuet". C'est vrai que les arguments en faveur de la religion sont tellement répétitifs et prévisibles que les athées sont souvent contraints de ressasser encore et encore les mêmes contre-arguments. Pourtant, si un argument n'est pas rejeté pour de bonnes raisons, il y a lieu de l'accepter, au moins provisoirement. Or les athées sont ici en position favorable, car la possibilité qu'un Dieu existe ou l'éventualité que les religions seules fournissent quelque chose d'utile sont risibles. Il faut donc répéter les mêmes arguments pour que le plus grand nombre ait la chance de les entendre et éventuellement d'y penser un peu.

- "sous-estimation du besoin de spiritualité de l'Homme": selon cette idée les athées gueulent dans le vide car les hommes auront toujours besoin "d'autre chose". Non. Cette idée de "spiritualité" est une connerie. Chacun peut trouver son bonheur à faire fonctionner son esprit, chacun peut trouver du bonheur dans la vie et s'émerveiller des richesses du monde et de l'univers, nul besoin d'appeler ça du nom pompeux et trompeur de "spiritualité". L'homme a besoin de tout un tas de trucs, mais certainement pas de fables et de sottises. Il faut grandir, croire au Père-Noël n'a rien de spirituel ou de profond, c'est juste crétin. Encore une fois, si personne ne le dit jamais et si les "grands esprits" continuent à se pencher en arrière d'un air contemplatif pour évoquer les mystères insondables de l'existence, il y a peu de chances pour que ça change un jour.

- "fonction unificatrice de la religion": oui oui, la religion donne du "sens" à la vie des gens, elle contribue à réunir les communautés et à fabriquer du lien social. Quel rapport avec l'existence d'une entité surnaturelle? Est-ce que les gens manquent à ce point d'imagination et de motivation qu'ils doivent s'inventer des contes à dormir debout avec une morale à deux balles pour réussir à accomplir des choses en commun?

- "manque de respect": c'est mal de dire que les croyances religieuses sont idiotes. Qui suis-je pour affirmer que les croyants ont tort et moi raison? C'est de l'arrogance non? De l'élitisme même? Après tout, il y a des gens très importants et très intelligents (pas forcément les mêmes) qui croient en Dieu, non (autant le dire une fois pour toutes, pas Einstein, PAS EINSTEIN)? M'en fout, les athées attendent encore qu'on leur oppose quelque chose de substantiel plutôt que toujours les mêmes accusations d'arrogance, d'hostilité et de dogmatisme. La raison principale pour laquelle l'athéisme est perçu comme arrogant, c'est que les religions sont atrocement dépourvues de toute portée intellectuelle. C'est donc facile d'être arrogant quand on s'attaque à des constructions d'une faiblesse aussi abyssale. Par ailleurs, j'ai déjà discuté une fois de cette idée de respect sur ce blog, je vais y revenir plus bas mais pour l'essentiel il faut juste retenir que les religions ne méritent pas et n'ont certainement rien fait pour mériter davantage de respect que n'importe quelle autre institution humaine.

- "intrusion dans la vie intime des gens": c'est le coeur du problème, me semble-t-il. Les gens se sentent outrés que l'on veuille s'en prendre à leurs croyances. Généralement on précise même "leurs croyances les plus chères", comme si croire en rien était réellement ce qu'il y a de plus important pour certaines personnes. C'est pourtant hélas parfois le cas, et c'est bien pour ça qu'il y a nécessité absolue de s'y attaquer directement. Ce que les gens croient ne relève pas du tout du domaine privé comme on le dit souvent. Dans la vie démocratique, les croyances concernent tout le monde. Les croyances ne sont pas des "modes de vies" ou des "cultures" flottant dans les espaces inter-synaptiques. Ce sont des inscriptions cérébrales matérielles, qui ont un accès direct à la machinerie comportementale de l'individu. Croire conduit à l'agir, et comment les gens agissent ça nous regarde tous. Le coeur du problème, donc, c'est qu'on continue à "respecter" cet espace soit-disant "privé" de la vie en s'interdisant de porter le moindre jugement sur les croyances individuelles. A vrai dire, c'est là le seul moyen pour les religions de subsister. Ces virus impitoyables portent en eux leur seul moyen de proliférer, c'est-à-dire de s'immuniser contre la critique. Cela a assez duré, il est grand temps que les athées demandent des comptes. Il faut faire comprendre qu'il n'y a rien de glorieux à "croire" ou à être "fervent", cela doit au contraire devenir un motif d'embarras.

- "incapacité à dialoguer": la plupart des croyants se définissent comme modérés et ne cessent d'en appeler au "dialogue". Qu'est-ce qu'un religieux "modéré"? Il ne croit pas tout à fait? Il sait que sa religion est dangereuse et fausse, mais il y croit quand même un peu? Il s'en fout, dans le fond? Imagine-t-on un athée "modéré"? Cela ne veut rien dire bien sûr. Le dialogue, il faut le rappeler, n'implique pas que les participants se mettent d'accord. Ils peuvent avoir des points de vues irréconciliables, et l'un d'eux peut en fait juste avoir tort. Quant au "dialogue interreligieux", j'attends encore qu'on m'explique l'intérêt de cette connerie. Qu'est-ce qu'il y a à discuter? Il n'y a qu'un Dieu non? Donc le tien n'existe pas et ton prophète est un imposteur. Voila le seul dialogue interreligieux possible, le reste c'est des mondanités.

- "ignorance de l'histoire et des principes de la religion": ça c'est un favorit des musulmans. Avez-vous remarqué combien les personnes soumises à l'islam (pléonasme) sont promptes à dégainer le qualificatif "ignorant"? Les terroristes islamistes sont "ignorants" de l'islam. Les caricaturistes du prophète sont "ignorants", quiconque affirme que l'islam est violent est "ignorant", moi je suis "ignorant". A partir de quel point exactement n'est-on plus ignorant en matière de religion? Quand on y croit? Quand on croit et qu'on n'est pas mal intentionné? Mettons que je soit la sommité mondiale de l'histoire des religions, toutes les religions, et que je persiste tout de même dans mon athéisme, serai-je tout de même ignorant? Les religions, dans le fond, ne sont pas si compliquées que ça. C'est comme la psychanalyse, on déguise tout ça d'un tortueux manteau de jargon et de subtilités jésuitiques, on impose des pénibles rites initiatiques et on fabrique de toutes pièces une hagiographie des grandes figures du cru, et hop, celui qui critique est forcément ignorant. Le critique ignore tout des subtilités, il n'en sait forcément pas assez. S'il n'est pas d'accord, c'est qu'il ne connaît pas. Mais évidemment, derrière toutes ces conneries, le roi est nu, et ce qui reste ce sont des fables grotesques, du temps perdu et des vies foutues en l'air pour rien. Nul besoin d'être imam ou théologien pour critiquer les religions, elles sont trop stupides, chiantes et vides pour qu'on s'y intéresse de trop près.

- "démarche aussi extrémiste que celle qu'ils entendent dénoncer": les athées sont extrémistes, radicaux, ce sont des intégristes eux aussi et ne valent pas mieux que les fanatiques religieux qu'ils dénoncent. D'ailleurs, entend-on souvent, l'athéisme n'est qu'une religion de plus. Ah, si au moins ils étaient agnostiques, panthéistes ou déistes, on pourrait s'entendre, ils sont gentils ceux-là, et humbles et tout. Ils ne disent pas que Dieu n'existe pas, ils ne disent rien d'ailleurs. Non. L'astrologie et l'homéopathie n'ont rien pour elles, et il n'y a pas lieu d'être "agnostique" en ces matières. L'athée, pour la même raison, n'a pas à suspendre son jugement sur la religion. Il doit dire de toutes ses forces qu'il n'y croit pas et même qu'il n'y a rien à croire. C'est la seule manière pour que davantages d'individus entendent qu'il est possible de rejeter toutes les conneries qu'on leur a apprises et qu'on leur a soigneusement recommandé de "respecter".

Comme l'indique la couverture du numéro actuel de "Wired", il y a bel et bien un "nouvel athéisme". Comme l'ont fait le mouvement abolitionniste, le féminisme et la communauté homosexuelle, il faut que l'athéisme se fasse entendre, qu'il montre que c'est une position tout à fait respectable, qu'il est honteux ou douteux de s'y opposer, que ces opposants sont en tort et qu'à eux incombe la charge de la preuve. La religion a assez duré, les livres dont j'ai parlé se vendent très bien, mais le seul moyen de faire avancer les choses, alors même que le principe extrêmement frileux mais néanmoins indispensable de la laïcité est quotidiennement menacé, c'est d'en finir avec les objections minables que j'ai exposées. Il faut en finir avec le "respect", le "dialogue", la "spiritualité", l'"étude des religions" et tous ces rideaux de fumée. Cela ne mène à rien, il faut appeler un chat un chat et demander à ces adultes endimanchés s'ils croient vraiment qu'un homme, un jour, est né d'une vierge ou qu'un chef de clan s'est envolé au ciel sur un cheval ailé. Il existe des conneries et il en existera aussi longtemps qu'il y aura des cerveaux pour les abriter. Certains super héros puisent leur puissance dans les croyances et les prières. Si elles cessent, ils meurent et on peut passer à autre chose, peut-être quelque chose de mieux. Cela vaut le coup d'essayer.

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16 octobre 2006

Neuro-apôtres et neuro-athées, l'avis du con

Je tombe avec un peu de retard sur une "opinion et réflexion" publiée dans le 24 Heures du 13 Octobre (vendredi passé). Cette rubrique m'intrigue toujours un peu, je la lis régulièrement (c'est ma préférée, avec le courrier des lecteurs) mais c'est souvent assez dur d'en retirer quelque chose de consistant. Généralement, il n'y a ni opinion ni réflexion, juste un type - dont la légitimité est habituellement d'appartenir à un quelconque "collectif" ou d'être curé/rabbin/imam/chorégraphe/journaliste/recteur ou n'importe quoi d'autre mais à la retraite - qui explique doctement que, décidément, les choses ne sont pas aussi simple, il y a des nuances de gris entre le noir et le blanc, c'est beaucoup plus complexe que ce qu'on nous dit, etc. Bref, l'article en question m'a interpellé, comme on dit, et je suppose que ça fait partie du "débat démocratique" de "jeter des pavés dans la marre" dans le but de "susciter la réflexion" et, bon, le "débat". Débattons donc. Une "réflexion" nous est donc offerte sous le titre alléchant: "Entre neuro-âpotres et neuro-athées, le sourire de Dieu". Autant le dire tout de suite, la "réflexion" peut s'arrêter là, absolument tout est déjà dit. Rien qu'avec le titre, j'aurais facilement pu dérouler l'article moi-même. En prenant la peine de le lire, quand même, j'ai pu constater qu'effectivement, ça n'en valait pas le coup. Entre parenthèses, ce n'est pas pour me vanter, mais c'est quelque chose qui m'arrive souvent. Je suppose que c'est l'expérience, mais je constate de plus en plus que certains articles ou livres entiers ne valaient pas la peine d'être lus, pour la simple raison que je savais d'avance absolument tout ce qu'ils allaient contenir. C'est uniquement dans le style ou le choix de certains exemples qu'il y a une chance d'être surpris. Pas ce coup-ci, malheureusement. Fermons la parenthèse et venons-en au fameux article. L'auteur en est François Berger, "enseignant et formateur" à Blonay. Stop. C'est quoi "formateur"? Probablement un type qui est au contact des djeun's. Quel type de djeun's? A tous les coups des djeun's "en difficulté". Qu'en faire? Les former. Comment? Par l'autorité et la discipline, avec une bonne dose d'écoute et de compréhension. Vu le nom du type, sa gueule, son titre d'"enseignant et formateur" et le contenu de son article, je parie le prix d'une IRM fonctionnelle à 7 Tesla qu'il est CHRETIEN.  Je peux me tromper, mais quelque chose dans mon cerveau m'en donne la certitude. C'est pas que ce soit important, mais je me demande qui d'autre qu'un chrétien pourrait ressentir le besoin de publier ce genre de "réflexion" dans un quotidien. Voici comment ça commence:
"Il est aujourd'hui très «tendance» de s'intéresser aux neurosciences."
Pas mal, ça fait presque un alexandrin. En tout cas il y a la rime. Ben ouais, c'est "tendance" ducon. C'est lié au fait que la science a désormais les moyens d'explorer dans ses détails le fonctionnement du cerveau humain. Comme les scientifiques sont des gens super-hype, ils se disent que ça pourrait aider à augmenter notre connaissance. Peut-être même que ça pourra contribuer à guérir des maladies. Bon, continuons.
"Depuis peu, on voit même poindre une vraie révolution cognitive: le cerveau serait malléable et les connexions entre les neurones pourraient se modifier."
Non, ce n'est ni "depuis peu" ni "une vraie révolution cognitive". Je suis toujours épaté par la surprise que le con trouve bon de feindre quand il parle de plasticité cérébrale. Même les scientifiques trouvent bon d'insister sur l'idée que la plasticité est un concept révolutionnaire. Une fois, après un cours, j'ai demandé à un spécialiste en la matière de me citer UN SEUL chercheur qui ait un jour déclaré que le cerveau ne subissait aucune espèce de modification durant la vie. Ce professeur avait naturellement affirmé que la découverte de modifications synaptiques était un bouleversement radical de notre manière de comprendre le cerveau. Il m'a juste répondu que l'idée était jadis très répandue qu'il n'y avait pas de neurogenèse dans le cerveau adulte des primates. C'est quelque chose que Pasco Rakic avait effectvement soutenu en son temps (début 1980's). Mais ce n'était pas du tout le sens de ma question. La réponse est évidemment PERSONNE. Personne, aucun chercheur n'a jamais dit que le cerveau adulte était complètement figé. Il faudrait être vraiment vraiment con pour affirmer ça. Il n'y a même pas besoin de faire la moindre expérience scientifique pour savoir que le cerveau subit de constantes modifications. C'est juste évident. Ou alors il faudrait être dualiste. Mais même le dualiste doit se demander si la notion d'âme "figée" a un quelconque sens. Les théologiens doivent probablement s'amuser à décortiquer ce paradoxe, en admettant qu'ils soient capable de s'amuser à quoi que ce soit. Bref, longue digression pour pas grand chose, apparemment n'importe quel con peut aujourd'hui écrire dans un journal pour déclarer au grand jour qu'il est complètement incompétent sur le domaine qui précisément fait l'objet de son intervention. Moi aussi, je vais faire pareil en lançant une grande diatribe sur l'océanographie ou la cuisine antillaise, ça risque rien.
Poursuivons l'article. Il y a quelques lignes ambiguës, où on ne sait pas trop si la "réflexion" du type porte sur les neurosciences elles-mêmes ou sur la manière dont les médias traitent des neurosciences. Si c'est exclusivement le second cas, je suis évidemment d'accord. Mais examinons cette phrase: "
Combien de revues dites populaires laissent accroire que la recherche sur le cerveau permet de tout éclairer, de la passion philatélique à l'amour des fanfares, d'un goût pour les tartelettes à la pratique du jardinage! Questionnez le gentil neurone, il vous répondra."
Ici, on voit nettement poindre une caractéristique cruciale du con chrétien: son manque d'imagination. Pourquoi les exemples cités seraient-ils nécessairement au delà de ce que peut éclairer la science? Et d'abord, qui a dit que "la recherche sur le cerveau permet de tout éclairer"? Les exemples cités sont sarcastiques, mais pourquoi ne pas prendre de vrais exemples et leur faire subir le feu de la critique, ce que font quotidiennement les chercheurs, les vrais journalistes scientifiques et des dizaines de neuro-bloggers? Je veux bien relever le défi d'ailleurs, en y consacrant seulement quelques secondes parce que j'ai pas que ça à foutre:
- passion philatélique: hmm, quelque chose à voir avec le collectionisme, non? Il y a une piste à explorer, prenons 20 philatélistes et 20 contrôles, et examinons l'activité de leur cortex préfrontal médian. Voila un début.
- amour des fanfares: à tous les coups, le signe d'un cortex auditif dysfonctionnel. Jetons juste un rapide coup d'oeil à ceci, ceci et ceci. Encore une fois, juste un début.
- goût pour les tartelettes: que savons-nous des bases neurobiologiques des préférences alimentaires? Voyez ça, ça, et ça.
- pratique du jardinage: quel rapport avec le cerveau? Il y a des pistes: ici, ici, et encore d'autres recherches sur le jardinage comme facteur préventif pour la maladie d'Alzheimer.
Manque d'imagination, disais-je. Le con, comme par hasard, est toujours prompt à déclarer que notre connaissance est à jamais limitée dans tel ou tel domaine, que la science ne peut pas tout expliquer, que la subjectivité est hors de portée des électrodes, etc. Qu'en sait le con? Rien. Qu'apporte le con a la connaissance de l'esprit humain? Rien. Les exemples choisis par le con pour faire poiler le compagnon du con
montrent qu'il est incapable d'envisager un début de solution pour explorer un problème qu'il a décrété par avance être insoluble. Les liens que je fournis ne sont que des pistes préliminaires qui devraient de toute façon être lues par n'importe quel scientifique qui souhaiterait sérieusement acquérir une meilleure compréhension des phénomènes évoqués par le con. Le con, lui, s'en fout complètement, il sait déjà que l'exercice est futile et qu'il vaut mieux renoncer dès le début. En attendant, le con vole dans les airs en avion et ne se sépare jamais de son téléphone mobile, deux inventions qui n'existent que grâce à l'existence d'une démarche contraire à celle du con.
Mais bon, venons-en au coeur même de l'article, qui est évidemment celui de la religion. Autant tout reproduire, le con n'est jamais aussi mal servi que quand on le laisse s'exprimer librement:
"Dieu lui-même ne manque pas d'être interpellé. C'est que, par-delà le sérieux de la recherche scientifique fondamentale, les neurosciences ne sont pas à l'abri de surprenantes tensions. D'un côté d'un ring imaginaire, on trouve les neuro-apôtres. Ces chercheurs ont choisi d'explorer neurologiquement les fondements de la spiritualité et la provenance des expériences mystiques. Selon leurs travaux on pourra vraisemblablement localiser le sentiment religieux dans le cerveau, mais on ne saurait y trouver de «module prédéterminé de Dieu». L'univers de la spiritualité ne relèverait en aucun cas d'hallucinations produites par l'encéphale. Conscients pourtant que leurs recherches n'en sont qu'à leurs prémices, les neuro-apôtres refusent, sans doute avec sagesse, de réduire le phénomène religieux à des critères purement rationnels. (...) De l'autre côté du ring s'affairent les neuro-athées rejetant toute approche du religieux qui ne dépendrait pas d'une démonstration scientifique indiscutable. La foi en Dieu serait induite artificiellement par des stimuli et variations électromagnétiques de l'encéphale et programmée par l'évolution biologique des êtres humains. La notion de divinité pourrait être liée aux neurotransmetteurs qui régulent notamment l'humeur, la motivation ou le sommeil. Les activités de l'hémisphère cérébral droit seraient donc à l'origine de celui que les croyants baptisent du nom de Dieu."
Il n'y a pas de tension ou de débat sur la nature du divin dans les neurosciences, et il s'agit bel et bien d'un "ring imaginaire" (le con adore fabriquer des rings imaginaires, ça l'aide à bien comprendre qui c'est que c'est les gentils et les méchants). Il y a juste des auteurs qui usent des précautions oratoires habituelles dans le domaine "...nos résultats doivent encore être confirmés par des études subséquentes, ...il est difficile à l'heure actuelle de trancher entre les différentes hypothèses, etc". Pour ce qui concerne la "neuro-théologie", on voit aussi apparaître des précautions vraiment stupides, du genre "...cette étude n'apporte aucun argument pour ce qui concerne la question de l'existence ou de l'inexistance de Dieu" Bla bla. Pourquoi pas Zeus, Wotan, Thor, Xenu et Poséidon alors? Comme François Berger ne cite personne - comment le pourrait-il puisque il a simplement lu une dépêche du Matin Bleu pour développer sa "réflexion"? - je vais m'en charger. Les neuro-apôtres sont Andrew Newberg, Rhawn Joseph et, peut-être, les tristes auteurs de l'étude canadienne bidon sur les nonnes, misérables pantins de la Templeton Foundation (voir mon précédent post sur le sujet). Qui sont les neuro-athées? Bah, à peu près tout le reste des chercheurs, quoique avec la description qu'en donne notre con il n'y a pas moyen de les identifier (peut-être Dennett, Persinger, Boyer, Hamer, mais ça m'étonnerait que le bon "enseignant et formateur" de Blonay connaisse). Que vient foutre l'hémisphère droit dans tout ça? Facile: le con qui décide de parler du cerveau, le plus naturellement du monde se croit obligé de dire quelque chose sur l'asymétrie fonctionnelle des deux hémisphères, généralement ce qu'il en a entendu dire dans une émission des frères Bogdanov. Je n'en reviens pas de l'insondable connerie contenue dans le dernier passage cité, ça fout les jetons et je n'ai pas envie d'en dire beaucoup plus.
Quelle est la morale de tout ça? On s'en doute, rien qu'en lisant le titre de l'article: neuro-apôtres et neuro-athées sont renvoyés dos à dos. "
Neuro-apôtres et neuro-athées semblent appartenir à des galaxies réflexives à la fois proches et lointaines. Vanité d'un débat scientifique clanique? Selon nombre de spécialistes en neurosciences, on ne dispose en effet aujourd'hui d'aucun paramètre fiable qui permette de déterminer si des modifications neurologiques signifient que c'est le cerveau qui «provoque» des expériences religieuses ou si, au contraire, il perçoit une authentique réalité spirituelle."

Attention, le con prend un risque. Que veut dire "nombre de spécialistes en neurosciences"? Qui? Magistretti? Je l'aurai raté au téléjournal parlant de la catastrophique étude canadienne? Quel sens y a-t-il à parler d'une "authentique réalité spirituelle"? Un type voit un éléphant rose, doit-on examiner la possibilité qu'un éléphant rose se soit évadé du cirque ce jour là? Un type prend du LSD et voit la vierge Marie lui apparaître en tenue de soubrette, que doit-on en déduire puisqu'il n'y a aucun "paramètre fiable" pour établir une causalité neuronale? Dieu a-t-il conçu le cerveau humain pour qu'il puisse nous apparaître via une forêt de synapses en ébullition? Si ça c'est une hypothèse, pourquoi ne pas l'appliquer à toutes les sphères de la connaissance? Ma bagnole ne "marche" pas en vertu de principes mécaniques uniquement, Dieu intervient dans l'allumage pour rendre tout ça possible, et à chaque coup d'accelérateur, sa divine présence se fait plus glorieuse. Bon, on approche de la fin. Avant-dernier paragraphe:
"Il n'est dès lors pas insensé de se demander si les conclusions enfantées par la biologie du cerveau n'illusionnent pas certains neuro-apôtres dans leur quête d'une impossible vérité et ne donnent pas à quelques neuro-athées l'occasion de raviver de vieilles chamailleries aux incantations antireligieuses."

Double connerie, le con se surpasse comme disait Cavanna. Le neur-apôtre est en "quête d'une impossible vérité". Pourtant, comme mentionné plus haut, il refuse "de réduire le phénomène religieux à des critères purement rationnels". Encore une fois, le con affiche fièrement sa préférence de l'ignorance sur la connaissance. Dieu est mystérieux, chercher à l'expliquer dans le cerveau est pure perte de temps. De plus, il vous aime tous d'un amour infini. Comment sait-on que Dieu est amour? On le sait, c'est tout. Donc il y a des choses que l'on peut savoir sur Dieu, non? Ici, normalement, le con se rebiffe dans des rationalisations à la con, sa spécialité. Il décrète simplement que la science ne peut rien dire sur Dieu tout en précisant sans arrêt que c'est au coeur d'apprendre à Le connaître, pas à la raison. Evidemment, le coeur n'a rien à voir avec tout ça, même le con le sait bien, mais il faut tout de même se coltiner sans arrêt ce genre d'idioties. Quant aux neuro-athées, bah, ce sont juste les mêmes anti-cléricaux désuets. "Vieilles chamailleries", "conflits archaïques". Le con débarque dans sa splendide ignorance et déclare que les scientifiques perdent leurs temps ou ne savent pas faire leur boulot. Le con, de son côté, est proche du peuple, il "enseigne et forme", il est "au contact". La théorie, c'est bien joli, mais tous ces neuro-machins, ils ne font que raviver des vieux débats qui n'ont plus lieu d'être, car il y a des choses qui sont inconnaissables et infiniment mystérieuses. En tout cas, c'est ce que je pense au terme de ma longue réflexion, moi, le con. Et la dernière phrase:
"
Devant ces conflits archaïques aux couleurs de modernité, j'imagine, tout là-haut, le sourire quelque peu désabusé de Dieu!"
Ah bah oui alors, ma bonne dame! Et toc! Aah, que doit penser le Bon Dieu, tout là-haut, de tout ça? Le con ignore tout, mais ça ne l'empêche pas d'écrire un article où il est question de neurosciences et de l'état d'esprit de Dieu. C'est fou ce que le langage permet, en ne sachant rien des neurosciences, et tout d'un être imaginaire, on peut écrire une bonne cinquantaine de lignes. Dans un journal quotidien, lu par des gens sérieux qui ne se contentent pas des gratuits. Si Dieu est "désabusé" par les querelles des neuroscientifiques au sujet de Lui-Même (querelle absolument inexistante autrement que dans l'esprit du con), il faut imaginer qu'il est très content de l'article de François Berger. François Berger a rendu service à Dieu. Il a défendu de sa plume acérée son Dieu omniscient et omnipotent. François Berger est le séraphin à l'épée enflammée qui vient pourfendre les misérables mortels qui dispersent leurs efforts dans des activités futiles, comme la science, au lieu de faire des choses vraiment utiles, comme chanter des louanges au Seigneur Tout-Puissant, ou "enseigner et former", ou écrire des conneries dans le journal. Dieu apprécie l'effort de son François Berger à lui. Il lui passe la main dans les cheveux et lui tape dans la main en lui disant "Bon travail mon gars!". François Berger, grâce à sa contribution immortelle au 24 Heures, ira sûrement au Paradis.
Ou alors, c'est trop injuste.

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