Oncle Psycho

propositions pour une vie saine et équilibrée

26 février 2009

Des nouvelles du front

Quelques nouvelles en vrac du front de l'irrationnel.
Tout d'abord, désolé d'être si paresseux et de ne pas (toujours) répondre aux commentaires. Pour me rattraper, permettez-moi de mettre en vedette "nicolas", sympathique lecteur qui tenait à défendre la réputation de son héros Richard Gage (oui vous savez, le héros des couillons). Voici, en intégralité, son argumentaire serré et ma foi fort convaincant:

celui qui a fait ce site est un gros con qui tolère les crimes du gouvernement américain
en plus tu doit avoir un probleme mentale
pour etre aussi con
bien sur ont va y croire a tes conneries de ben laden qui se cache depuis 8 ans dans sa grotte
aller barre toi pauvre plouc
tu me fait pîtié par ton ignorence
va léché le cul a bush sale criminel
si je t'avais devant moi je te mettrais une droite dans tes dents

Merci pour cette intervention donc. Et reviens quand tu veux mon pote, non seulement je tolère les crimes du gouvernement américain, mais j'ai aussi beaucoup d'affection pour les attardés mentaux et les illettrés, tu es donc le bienvenu.

Bien, ça c'est fait, passons maintenant à des choses plus sérieuses. Je suis désolé de faire faux bond à tous ceux qui croyaient sérieusement que j'allais me taper en intégralité le bouquin de merde de Magali Jenny sur les "guérisseurs", mais je suis obligé de renoncer à couvrir le reste de cette œuvre (en tout cas pour le moment). C'est à cause de sa nullité et du caractère proprement soporiphique de la chose, je n'y arrive tout simplement pas. Mais ce n'est probablement un souci pour personne, puisque l'ouvrage en est à sa quatorzième ré-édition avec plus de 3 millions d'exemplaires vendus dans la seule région du nord vaudois, et que Magali Jenny roule désormais en Cadillac mauve, ce qui colle parfaitement avec la guimauve infecte que ses complices des médias nous infligent généralement quand il s'agit de parler de charlatanisme. On a compris, ça fait vendre. Aucun risque donc que mes éructations infligent le moindre dommage à cette charmante petite mafia qui se nourrit de stupidité, d'ignorance et de malhonnêteté (ainsi que l'attestent les pathétiques rombières que j'ai récemment vues à Payot, dévalisant les gigantesques piles du misérable volume. Oui oui mesdames, le bonheur c'est simple comme un coup de fil... à un escroc). Du reste, tous ces gens jouissent d'une caution académique des plus sérieuses. Non, il ne s'agit pas de Magali Jenny elle-même, qui malgré le succès de vente de son annuaire téléphonique indigeste, doit encore finir sa thèse sur le monde fascinant des motards (c'est parce qu'elle est fan de moto - Note: ne jamais envisager une thèse sur un sujet qui ne vous touche pas personnellement; faire une thèse+aimer la moto=faire une thèse sur les motards). Bon, cette caution, c'est bien sûr il professore Illario Rossi de l'Université postmoderne de Lausanne, génial pourfendeur de ces néonazis de scientistes et autres vulgaires matérialistes, qui croient tout savoir alors qu'en fait c'est lui, Illario, qui sait tout. Avec des gens comme Rossi, ce que croit le dernier des imbéciles devient sujet d'étude, puisque l'opinion du dernier des imbéciles devient sa vérité subjective à lui, l'imbécile, à quelque part, si on veut bien. Enfin bon, vous n'imaginez tout de même pas qu'il existe une vérité, non? Attention, il y a un piège. Si vous répondez oui, vous n'êtes pas prêt de faire carrière à l'Université de Lausanne.

Ok, oublions un moment ces stupides histoires de "guérisseurs" romands et tournons-nous vers les affaires internationales. Urbi et Orbi, pour ainsi dire. Il s'agit bien sûr des péripéties de notre ami l'évêque Richard Williamson. Que reproche-t-on à ce brave homme de Dieu? Bah, simplement qu'il a décidé d'adopter de mauvaises fausses croyances. Non seulement il est d'avis que les chambres à gaz n'ont jamais existé, mais en plus, comme par hasard, il est persuadé que le 11 septembre, c'est un coup imaginé et exécuté par le gouvernement américain lui-même. Sans blague, ça m'en rappelle de bonnes, celle-là. Malgré ça, le pape Benoît XVI a décidé qu'il serait bien de lever l'excommunication qu'on lui avait jadis collé dans les dents. Il doit se sentir plus léger maintenant, le Williamson, le magicien céleste ayant enfin levé la malédiction qui l'empêchait entre autres, si j'ai bien compris, de dévorer peinard le corps du fils de Dieu et de s'étancher la soif avec son sang. Or donc, maintenant il peut de nouveau se livrer à ses activités cannibales et vampiriques, il est pardonné. Mais les médias ne l'entendent pas de cette oreille, il semblerait que les tours de magie et le vaudou en robe blanche, ce soit l'affaire de tout le monde désormais, pas simplement d'une secte romaine de débiles profonds. Hey, même la LICRA s'en mêle, qui décide de porter plainte contre le méchant négationniste/transubstantialiste (oui je sais, c'est pas comme si la LICRA, visiblement, avait autre chose à foutre que de communiquer des condamnations et de porter des plaintes). A ce moment, on se demande bien pourquoi ces valeureux défenseurs de la dignité humaine ne s'attaqueraient pas directement au pape, puisque après tout il fait autant "l'apologie du négationnisme" que Dieudonné lorsqu'il invite Faurisson lors d'un de ses spectacles. On peut bien porter plainte contre le pape non? Il y a bien un juge espagnol qui voudra bien s'occuper des questions d'extradition, etc. Mais le problème est bien plus profond que de simples "dérapages" ou même d'une sorte d'antisémitisme latent des arrières-gardes cathos. C'est qu'on ne peut pas raisonnablement reprocher à quelqu'un d'avoir des convictions innacceptables sur un point précis alors que par ailleurs on accepte, on encourage même, l'adhésion à des croyances encore plus absurdes et illogiques. Merde, le type est catholique, quoi. Inutile de détailler la somme de sornettes qu'il doit tenir pour vraies afin de finir évêque. Tenez, juste à titre d'exemple, son job repose entièrement sur l'idée que le fils de Dieu, qui est Dieu lui-même, est né d'une femme vierge, et qu'il est plus tard revenu d'entre les morts après s'être reproché à lui-même de s'être abandonné sur une croix. ETC. Pourquoi est-il si difficile de voir que Williamson, de part son statut même, est littéralement programmé pour croire des conneries sans la moindre preuve. Qu'on ne vienne pas jouer les étonnés dès qu'une de ces croyances débiles s'avère être juste un peu politiquement incorrecte.

Enfin bon, passons à mon dernier sujet pour aujourd'hui. Attention, je finis par du lourd. C'est dans le journal gratuit Lausanne Cités que j'ai eu aujourd'hui le malheur de lire (alors que généralement je le fous directement à la poubelle, puisque ces salopards ne tiennent aucun compte du très lisible PAS DE PUBLICITE collé sur ma boîte à lettres). C'est un journal de très basse qualité, essentiellement composé de publicités et de sujet insipides. Mais assez souvent, il y a des sujets ou des "dossiers" carrément réactionnaires, irrationnels ou même racistes. Pour des raisons étranges, Lausanne Cités adore les "médecines douces" et n'aime pas ces salopards de mendiants qui vous pourrissent votre jolie ville qui devrait être réservée aux riches bien de chez nous. Aujourd'hui, on a droit à de la bonne soupe alarmiste, idiote et irresponsable, comme j'aime. Joli titre, déjà: "Wi-fi: l'amiante de demain?". Non content de déblatérer des conneries sur un sujet qu'il ne maîtrise pas, le journaliste Fabio Bonavita, à qui on ne peut raisonnablement pas reprocher de souvent se laisser aller à rêver d'un meilleur job que pigiste chez Lausanne Cités, trouve bon de donner la parole à un certain Philippe Hug, "président de l'association [sic] ARA (Association romande pour la non prolifération d'antennes de téléphonie mobile)". Le type doit avoir ses raisons de se méfier des "ondes" et du genre de choses "pas naturelles" qui "prolifèrent" partout. Je préfère ne pas en savoir trop sur ce monsieur et ne pas révéler ce que je pense de lui exactement, mais la vraie question c'est pourquoi diable Lausanne Cités trouve bon de reproduire des propos aussi extravagants que ceux-ci:

Je suis pour la suppression pure et simple du wi-fi à Lausanne car ses effets sur la population sont désastreux et incluent, entre autres, des symptômes aussi variés que les désordres bipolaires, l'hypertension, l'addiction à la morphine, l'obésité, les troubles du comportements comme l'autisme, les désordres cognitifs, les troubles obsessionnels compulsifs (TOC), l'agressivité, l'irritabilité, la dépression, l'anxiété, sans compter le syndrome de fatigue chronique (SFC) qui regroupe une centaine de symptômes.

Je serais juste curieux de savoir combien pèse monsieur Hug exactement, juste pour voir s'il ne chercherait pas à mettre sa propre obésité sur le compte des bornes wi-fi. Si ce n'est pas le cas, c'est bien évidemment qu'il a des preuves scientifiques solides pour étayer l'ensemble de ces accusations. Je ne peux pas croire qu'il dit simplement n'importe quoi sur la base de ses vagues phobies. Hey, personnellement je suis constamment soumis à des ondes de toutes sortes, et ce depuis plusieurs années. Je n'ai aucun de ces symptômes, AUCUN. Comment est-ce possible? Quoi? Irritabilité vous dites? Ah ben ouais, mais ça c'est pas à cause des ondes, c'est à cause des cons. On pourrait pas les interdire, ceux-là?

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22 janvier 2009

Guérisseurs, rebouteux et faiseurs de secret en Suisse romande - 4

Jenny_guerisseurs

Je reçois pas mal de visiteurs intéressés par le livre de Magali Jenny. Je soupçonne que la plupart d'entre eux sont à la recherche d'une liste de "guérisseurs", et donc j'ai un petit message pour ceux-là: ressaisissez-vous. Vous souffrez? La vie est dure? Prenez les choses en main, bordel, et ne soyez pas ridicules. Vous croyez vraiment qu'un péquenot quelconque, qui n'a jamais suivi les moindres études, peut résoudre vos problèmes du fond de sa grange, juste parce qu'il posséderait un "don"? Vous pensez que certains bouseux possèdent le pouvoir d'apaiser vos souffrances grâce à des formules magiques qu'ils récitent à l'autre bout du téléphone? Etes-vous vraiment aussi stupides? Non, je pense que vous êtes juste un peu déboussolés et naïfs. Et ignorants. Cessez vos enfantillages, comportez-vous en adultes, et pitié, ne faites pas appel à la magie pour améliorer votre sort. Pas en 2009, merde.
Bref, j'ignore si l'usage de la raison peut faire le poids face à la paresse intellectuelle, la "tradition" et la connerie en général, mais au moins j'aurais essayé. Je continue donc à m'efforcer de résumer le livre, histoire de donner une vague idée de la médiocrité de la chose aux lecteurs qui tomberaient ici et seraient ouverts à un point de vue différent, une fois passée leur déception de ne pas trouver cette putain de liste de charlatans qu'ils cherchent frénétiquement.
J'en avais fini avec la préface, passons donc maintenant à l'introduction (oui, ça va lentement, mais croyez-moi ça relève déjà de l'exploit d'être arrivé aussi loin dans cette lecture). Une remarque générale, tout d'abord. La construction du livre est incompréhensible. J'ai déjà expliqué que c'était l'œuvre d'une universitaire de premier cycle, c'est-à-dire un simple travail de licence, mais ça n'excuse pas tout. Un travail pareil devrait être entièrement revu et corrigé, du moins c'est ce que devrait exiger n'importe quel superviseur ou éditeur digne de ce nom. Au lieu de cela, on doit se taper des "sections" éparses, mal ficelées, au contenu souvent forcé, avec de très mauvaises transitions. On nous inflige de longues citations en italiques, sans la moindre introduction ou justification, la plupart du temps pas même commentées, et à d'autres moments, au lieu d'italiques, ce sont des guillemets qui sont utilisés, sans explication. Pages 47-48 on peut même lire une longue et inutile citation, en italiques, qui finit par un guillemet alors qu'il n'y en a pas en début de citation. Ce genre de coquilles pullulent, c'est absolument n'importe quoi. Plus grave, les références citées sont extrêmement pauvres et mal choisies, exclusivement francophones, et sont péniblement classées en fin d'ouvrage en différentes sections superflues, plutôt que de simplement tout mettre par ordre alphabétique.
Ok, venons-en au texte. Magali Jenny choisit de commencer de la pire manière possible, c'est-à-dire en cherchant à justifier sa camelote en postulant que le sujet est "populaire" et devrait intéresser tout le monde. "En Suisse romande, mais ailleurs aussi, il existe une grande tradition de guérisseurs, de rebouteux et de faiseurs de secret (...) [Q]ui peut affirmer ne connaître personne dans son entourage ayant un jour fait appel à l'un d'eux?" Moi je peux. Et tout un tas d'individus. Magali Jenny a-t-elle des données à partager avec nous, pour étayer son idée que la région jouit d'une "grande tradition" de superstitions? Non. Visiblement, elle a baigné dans ces conneries étant petite, et se figure que tout le monde a donc partagé le même genre d'expériences. Ce type d'aveuglement épistémique est évidemment le premier truc qu'on vous enseigne à éviter si vous avez la chance de faire des études supérieures, mais visiblement il y a des exceptions pour les sciences humaines. De fait, les pétitions de principe fusent dès les premières pages. Il n'y a absolument aucun doute, pour Magali Jenny, que certaines personnes possèdent effectivement des pouvoirs paranormaux qui leurs permettent de guérir les gens. Il n'y a même pas à en discuter, c'est comme ça. Les preuves sont inutiles, la seule chose qui compte c'est la tradition et le bon sens bien de chez nous.
Voici un exemple tiré d'une interview que l'auteur a donnée au magazine de la Migros, juste pour vous donner une idée du genre de choses que Magali Jenny est prête à avaler:

Une guérisseuse de Genève (...) affirme pouvoir rallonger les os. J’étais un peu sceptique. J’ai pu assister à une consultation et il y a vraiment des choses qui se sont passées, visibles à l’oeil. Je voyais très nettement un pied de la patiente qui était en retrait par rapport à l’autre. La guérisseuse a dit, voilà je vais faire ce que j’ai à faire. J’ai pensé, elle va tirer, décoincer le bassin, juste comme un ostéopathe. Mais elle n’a pas touché le corps, juste fait circuler de l’énergie, puis elle a dit voilà. J’ai regardé: les deux jambes étaient à la même hauteur.

Sans blague. Quelle est l'explication la plus plausible: Magali Jenny s'est naïvement fait berner par une vulgaire illusion d'optique parce qu'elle est prête à croire n'importe quoi, ou Magali Jenny a assisté à un véritable événement surnaturel chez une sorcière qui est capable de transformer la longueur des os en y faisant "circuler de l'énergie"? Dans la mesure où elle a juste "assisté" à une consultation, et n'a pas mené la moindre expérience ou appliqué le moindre contrôle, on se demande même comment elle ose encore rapporter une anecdote aussi stupide et embarrassante à la presse. C'est manifestement qu'elle n'a peur de rien, et surtout pas du ridicule.

Mais il y a pire. De la même interview, je ne peux pas m'empêcher de reproduire la dernière question avec la réponse que Magali Jenny y donne. ça vaut son pesant de neurones nécrosés.
Question: Personnellement, vous vous bornez à constater que ça marche ou avez-vous une explication?
Magali Jenny: Nous utilisons une part tellement faible des capacités de notre cerveau que probablement dans le futur on découvrira que le pouvoir des guérisseurs consistait simplement à activer des fonctions du cerveau humain inaccessibles à la majorité d’entre nous.

Cette fille travaille dans une Université? Quelle honte. D'où sort l'information que nous n'utiliserions qu'une "faible part" des "capacités de notre cerveau"? Quelles seraient ces "capacités" que nous n'utilisons pas? Et surtout, quelles parties de son cerveau Magali Jenny néglige-t-elle d'utiliser quand elle dit des conneries pareilles?

Bon, revenons au livre. Quelques exemples de pétitions de principes.  "Des bobos à répétition, un radiesthésiste se révélera efficace pour trouver la source des maux". Quoi? Vraiment? Cool! "Un objet égaré  et on demande aussitôt "saint Antoine de padoue, rendez-moi ce qui n'est pas à vous" et si Saint Antoine de réagit pas, on appelle quelqu'un qui vous indiquera où se trouve l'objet en question". Oui, vous avez bien lu. Il existe des gens qui peuvent vous aider à retrouver des objets perdus. Ils ont des pouvoirs spéciaux qui leurs permettent de savoir où se trouve un objet que vous avez perdu. Mais il ne faut déranger ces personnes extraordinaires qu'à une seule condition: si saint Antoine de Padoue ne "réagit pas" à vos pleurnicheries. Ne vous cassez pas le cul à chercher un objet, utilisez plutôt les pouvoirs magiques d'autrui. Le livre, dans son intégralité, présente la fâcheuse habitude de présenter comme des faits les choses qui précisément devraient être établies, et qui ne le sont pas. C'est pour cela que les pathétiques précautions prises par Magali Jenny pour justifier son entreprise de décervelage font particulièrement mal aux dents. Voici par exemple comment elle s'y prend pour fourguer sa camelote, en enchaînant deux phrases ridiculement antinomiques:

Il reste cependant un problème: comment défendre cette médecine populaire dans une société qui a tendance à la considérer comme une croyance naïve, par manque de preuves scientifiques? Essayer de décrire simplement un phénomène de société sans prendre position, voilà le but du présent ouvrage.

Menteuse! Pourquoi dire une connerie pareille, quand tout indique que le point de vue de l'auteur est entièrement biaisé en faveur des "guérisseurs"? Quel besoin d'en appeler à la neutralité? Surtout, pourquoi prétendre même à la neutralité, quand on vient de dire qu'il n'y a pas de preuves scientifiques? S'il n'y a pas de preuves scientifiques, quelle raison y aurait-il d'être "neutre"? Soit on rejette entièrement le truc, soit on y croit sur la base de la foi, non? Comment peut-on "décrire simplement un phénomène de société sans prendre position"? Est-ce que cette connerie figure également dans le travail de licence de Magali Jenny?

Bon, j'en reste là pour aujourd'hui. Bientôt, j'entrerai (enfin) dans le vif du sujet, car la suite du livre est une sorte de condensé de propos absurdes, la plupart du temps franchement soporifiques et crétins, mais parfois assez amusants. Ne vous attendez à rien de fascinant, le livre est globalement assez vide de contenu.

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05 janvier 2009

Guérisseurs, rebouteux et faiseurs de secret en Suisse romande - 3

Jenny_guerisseurs

Aller, je me force un peu à lire ce livre débile. J'ai tout de même vaguement promis d'en faire un compte rendu complet, alors il faut se jeter à l'eau. Au début, je n'avais pas réalisé à quel point ce projet était ambitieux. Je n'avais manifestement pas compté sur l'affligeante nullité du volume.
Bref, j'y vais par petits bouts. Aujourd'hui, l'Avertissement (p.17-18).
Magali Jenny, l'auteur, n'hésite pas à annoncer de but en blanc que "le but de cet ouvrage n'est pas de convaincre qui que ce soit". Sans blague. Ce serait effectivement mettre la barre un peu trop haut, vu qu'elle ne dispose d'aucun moyen de convaincre qui que ce soit. C'est bien là le problème. Elle annonce en suite que les "guérisseurs" en général ne visent qu'à "aider les autres à mieux se porter". Comment s'y prennent-ils? Ils n'y sont pour rien, ce n'est pas eux qui "guérissent", "mais une force supérieur ou le malade lui-même".
Ok, d'emblée on voit qu'on met les pieds dans le grand n'importe quoi. Tout le reste du livre est pareil. Il n'y a aucun moyen d'avoir des informations claires sur ce dont il s'agit. Comment fait-on la différence entre la "technique" particulière employée par un "guérisseur", une "force supérieur" ou le malade lui-même (c'est-à-dire via l'effet placebo), ou un mélange quelconque des trois, dans le processus éventuel d'une amélioration de l'état de santé du gogo? On ne sait pas et ça n'intéresse pas Magali Jenny d'en savoir plus.
Elle poursuit en invoquant l'universalité du phénomène, il y a partout dans le monde des "guérisseurs", "chamans", etc. Le sujet n'est malheureusement pas approfondi, mais ce n'est après tout pas l'objet principal de ce livre, qui n'est qu'une resucée d'un simple travail de licence  accompagné d'un répertoire d'artistes locaux.
Comme si on n'avait pas compris, elle précise ensuite que "ce livre ne fournit pas de preuves scientifiques, d'explications et de théories irréfutables". S'il en existait, même des réfutables (ce serait un bon début), elle nous les fournirait, évidemment. Mais il n'en existe pas, et des gens comme Magali Jenny et les charlatans qu'elle défend prendront éternellement soin de ne pas s'aventurer sur ce terrain. Trop dangereux.
Mais le meilleur est à venir. Comme il s'agit d'un avertissement, on se doute que Magali Jenny et son éditeur doivent nous avertir de quelque chose. Mmmh, de quoi pourrait-il s'agir? Je subodore qu'il y a tout de même quelques excuses préemptives  à fournir pour la présence inacceptable de la fameuse liste de "guérisseurs" fournie en annexe. Pas tout à fait. Voici la misérable figure imposée que Magali Jenny à bien voulu cracher pour se laver de toute responsabilité liée au fait qu'elle envoie des malades chez des bouseux de charlatans: "Il va sans dire que l'auteur n'a pas eu un contact personnel avec toutes les personnes figurant sur cette liste et ne saurait donc se porter garant de leur efficacité et de leur sincérité. Chacun est libre de faire appel ou non aux guérisseurs et il y va de la responsabilité de chacun de prendre contact, d'accepter les conditions et, le cas échéant, de poursuivre un traitement avec l'une ou l'autre des personnes indiquées. C'est pour cette raison que l'auteur et la maison d'éditions déclinent toute responsabilité en cas de non-satisfaction ou de non-obtention d'un résultat souhaité".
Noooon? On ne s'y attendait pas, à celle-là. Pourtant, c'est maigre. Très maigre. Ces gens fourguent au public un livre qui ne contient pas une once de remise en question des pratiques pseudo-médicales et irrationnelles dont ils font l'éloge, ils impriment des pages et des pages qui laissent clairement entendre que des paysans sans la moindre éducation peuvent soulager des symptômes grâce à des formules magiques et des passes de mains, ils offrent allègrement une liste gigantesque de ces "guérisseurs" classée par cantons et par maux, ils avouent n'avoir aucune connaissance de la plupart des gens qui sont inclus dans cette liste, et finalement, bien sûr, ils se dégonflent complètement et déclinent simplement "toute responsabilité" en cas de catastrophe. Désolé, mais on ne peut pas décliner "toute responsabilité" comme ça, en claquant des doigts, alors qu'il ne fait aucun doute qu'une énorme responsabilité a été engagée.
Mais il y a pire encore. Non contents de montrer à quel point ils sont lâches en tournant le dos aux pratiques dont ils font une promotion éhontée, mais dont ils refusent de se porter garants, Magali Jenny et les éditions Favre ont encore le cran de faire un bras d'honneur à la médecine et aux médecins. Voici comment ils s'y prennent. D'abord, ils se font tout petits en rappelant que "rencontrer un guérisseur ne doit pas empêcher de consulter un médecin", que "presque tous les guérisseurs" recommandent de consulter un "parallèlement un spécialiste" s'ils ont à faire à quelque chose de sérieux (lesquels ne le font pas, et si le "guèrisseur" ne peut rien, pourquoi faut-il encore le voir "parallèlement"?), et bien sûr que ces charlatans ne sont pas habilités à prescrire des médicaments (si ce n'est du bouilli de valériane ou des "compléments alimentaires"). Tout cela constitue également une figure imposée, qui est clairement exposée à contre cœur dans la mesure ou ne pas s'y plier vous engagerait peut-être à répondre de complicité d'exercice illégal de la médecine, ou quelque chose de ce genre. Voici donc le bras d'honneur, immédiatement après ce caveat de circonstance, Magali Jenny ajoute, un peu dans le style de son abominable préfacier Marc Ivo Böhning: "De nombreux guérisseurs en appellent à une médecine plus ouverte qui accepte de reconnaître l'existence de phénomènes constatés, même si la science ne peut pas encore l'expliquer". Tu m'étonnes. De nombreux astrologues en appellent également à une astrophysique un peu plus ouverte, c'est de bonne guerre. Mais le problème est dans le camp des "guérisseurs" et de ceux qui les défendent, pas dans celui de la médecine et de la science, qui n'ont strictement rien à prouver ou à expliquer aux abrutis qui leur préfère la prière, la magie ou le "magnétisme". Et comme pour démontrer qu'elle a définitivement décidé de se foutre de la gueule de son lecteur, Magali Jenny conclu cet avertissement en sermonnant les sceptiques dans mon genre "qui ne voient que du folklore et des niaiseries" dans ces récits, en leur rappelant qu'à mes sarcasmes, les "guérisseurs", les gogos qui y recourent, et l'auteur du livre répondent: "L'important, c'est que ça marche..."
Et toc! Que répondre? Heu, prouves-moi que ça marche, peut-être? Ah non, j'oubliais, elle a décidé qu'elle ne chercherait pas à convaincre qui que ce soit. Dommage.

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Science ou foi: pas de problème

Je reprends ma marotte un peu maladive de m'attaquer au courrier des lecteurs de la presse romande. Aujourd'hui dans le 24 Heures, une illustration assez bonne d'un argument en faveur de la religion qui m'a toujours paru incroyablement stupide et arrogant. La chose pourrait être amusante si la pauvreté du raisonnement n'était pas aussi répandue parmi certaines personnes qui devraient a priori être en mesure de faire preuve d'un peu de sophistication intellectuelle. J'ai entendu des scientifiques et des philosophes dire à peu près la même chose. Voila de quoi il s'agit:

Science ou foi, fausse opposition

Autour de Noël, une importante chronique était développée dans 24 heures du 20 décembre à propos de Jésus, et de la science qui s’opposerait à la religion.

La recherche scientifique, passionnante, cherche à expliquer le monde et les lois physiques qui le gouvernent (...) Lorsqu’on aura répondu à toutes nos questions scientifiques sur les lois de la nature, on ne saura toujours pas pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien.

Vouloir opposer science et foi est une controverse inutile, puisque l’une répond à la question du comment tandis que l’autre éclaire la question du pourquoi. (...)

Vous avez aussi déjà entendu ça, non? La science permet tout un tas de choses, mais pour le reste il faut se tourner vers la religion. Chapeau l'artiste, applaudissements, hochements de tête approbateurs. Voila qui met tout le monde d'accord: toi tu t'occupes de ça, et moi je m'occupe de ça. A chacun son domaine, donc pas de controverse, pas de fausse opposition, pas de problème. Jadis, un paléontologue célèbre avait formalisé le truc sous l'appellation "nonoverlapping magisteria". Traduction: "Chacun son métier, les vaches seront bien gardées". Autre traduction, peut-être plus appropriée dans ce contexte: "Rendre à César ce qui appartient à César". Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, et les fanatiques religieux sont donc renvoyés dos à dos avec les athées revendicateurs.

Il y a juste un problème: la religion est apparue longtemps avant la science. Comment ce fait-il donc que la science ait permis un progrès énorme en moins de 3 siècles sur la question du "comment", alors que la religion en plus de 2000 ans n'a proposé aucune découverte, ni la moindre approximation, sur la question du "pourquoi" dont elle s'est arbitrairement attribuée l'exclusivité? Sérieusement, en quoi la religion "éclaire"-t-elle exactement la fameuse question "pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien"? Si vraiment c'est ça l'expertise et l'utilité des religions, je crois qu'on ne peut pas imaginer un échec aussi retentissant. L'exigence de ce correspondant du 24 Heures est simple: tout ce que la science n'explique pas de matière entièrement satisfaisante, c'est l'affaire de la religion. Imaginons une seconde que cette approche ait été acceptée et respectée par tout le monde depuis les débuts de l'humanité. C'est très simple, on vivrait encore à l'âge de pierre et la méthode pour façonner des silex bifaces relèverait encore du domaine du religieux. On voit donc à quel point l'argument est arrogant, même si celui qui l'énonce se figure toujours être dans le camp des modérés. Il ne dit rien d'autre que l'ignorance et la paresse doivent être élevées au même niveau que le travail, la curiosité, l'exploration, l'expérimentation et la patience. Des scientifiques se cassent le cul à essayer de comprendre "comment" les choses fonctionnent? Il suffit de ne rien foutre, de déblatérer des conneries sans le moindre fondement, et de renommer sa propre médiocrité et inutilité en "théologie", "mystère" ou "religion". Et ensuite, il ne faut pas hésiter à donner des leçons à tout le monde en expliquant qu'il n'y a pas d'opposition entre étudier et deviner, entre travailler et inventer, entre expliquer et imposer, entre comprendre et ignorer, entre savoir et croire, etc.

PS: Pour ce qui concerne la question "pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien", je ne veux pas rentrer dans les détails mais c'est juste de l'esbroufe. Quand on rentre dans les détails du truc, on s'aperçoit qu'il s'agit une fois de plus d'une rhétorique inventée pour justifier la prise en considération d'entité surnaturelles et de miracles en tous genre. Je recommande vivement l'article suivant qui traite du sujet, si vous pouvez vous le procurer: Adolph Grünbaum (2004) “The Poverty of Theistic Cosmology,” The British Journal for the Philosophy of Science, 55(4): 561-614.

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Les bonnes résolutions, c'est pour les cons

Je ne prends aucune résolution pour l'année 2009, ni bonne ni mauvaise. D'abord je n'ai jamais compris le sens ou l'intérêt de cette tradition ridicule et inutile, bien que j'aimerais bien en connaître l'origine, mais surtout j'estime que je n'ai pas besoin de m'améliorer par rapport à l'année qui vient de s'écouler. Ce n'est pas que je sois absolument parfait (loin de là), mais simplement ça ne servirait à rien. En effet, vu l'état actuel des choses, toutes les résolutions qu'un pauvre type comme moi pourrait prendre (et même respecter!) n'apporteraient que dalle à personne tant que d'autres individus ne se décident pas à changer leur comportement.
Pourquoi je devrais prendre des bonnes résolutions, moi, alors que les nuisibles de l'UDC remettent le couvert avec une autre de leurs affiches de merde. Voici leur dernière trouvaille, affichée partout en Suisse. Impossible de ne pas se prendre cette saleté 10 fois par jour dans la gueule, ces ordures ont payé le prix pour que leur message dont je n'ai rien à foutre et qui me débecte me rentre dans le cerveau contre mon gré.

librecirculationnon

Oui, des corbeaux noirs, cette fois. Evidemment, vous avez déjà vu des corbeaux blancs, vous? Ah ah. Ben non. Vous voyez, l'artillerie argumentative est déjà toute prête pour déjouer toute attaque portant sur le caractère évidemment raciste, xénophobe, autiste et haineux de la chose. Putain, ce que je déteste ces abrutis. Les abus? Des méchants "corbeaux" venus du dehors vont venir déchiqueter notre belle petite Suisse avec leur soif irrépressible d'y commettre des "abus". C'est ça, le danger? Comment ces imbéciles peuvent-ils encore nous faire chier avec leur obsession délirante des "abus", alors que le monde entier vient enfin de constater que le problème majeur à éradiquer est celui du capitalisme néolibéral. Ce sont peut-être des cambrioleurs roumains, des violeurs albanais et des dealers africains qui sont responsables de la crise économique, qui - stupéfaction générale - semble également toucher l'innocente petite Suisse avec ses belles banques toutes propres et uniquement vouées au service des petits clients? Est-ce vraiment le moment de nous casser les couilles avec des affiches à la con et totalement déconnectées de la réalité, si ce n'est évidemment pour créer une nouvelle polémique factice et des indignations pré-programmées afin de détourner l'attention des vrais problèmes?
Manifestement, oui. Pourquoi? Parce que l'UDC, c'est comme Coca-Cola. Je m'explique. Vous connaissez le Coca-Cola, non? Vous savez à quoi ressemble cette boisson, quel goût elle a, et où vous pouvez la trouver, non? D'ailleurs, vous aimez le Coca-Cola, vous achetez du Coca-Cola en magasin, vous commandez du Coca-Cola au bistrot, vous mélanger votre Coca-Cola avec de l'alcool, etc. Tout le monde connaît Coca-Cola, depuis que vous êtes nés vous avez vu et bu du Coca-Cola, et vous reconnaîtrez son logo entre mille, sans même y prêter attention. Alors, on peut se demander, pourquoi font-ils autant de publicité pour un produit que tout le monde connaît et tout le monde aime, jusqu'au plus intégriste des anti-américain, jusqu'au plus convaincu des ultra-gauchiste? La réponse est tragique. Coca-Cola doit faire de la publicité pour perpétuer sa propre légende, dont une des facettes est précisément de faire de la publicité. Voici le lien avec l'UDC. L'UDC n'est pas un parti minoritaire qui serait diabolisé et persécuté. C'est le premier parti de Suisse, immensément puissant, immensément soutenu, absolument incontournable. Les suisses votent UDC, les suisses aiment et soutiennent l'UDC. Pas partout, certes, mais largement. Les suisses savent aussi ce qu'est l'UDC, ils en connaissent parfaitement les idées, ils ne sont absolument pas naïfs sur les prétentions et ambitions de ce parti. Alors pourquoi dépenser des millions pour une campagne publicitaire dont on sait déjà qu'elle représente la vision des gens qui aiment et soutiennent l'UDC, et en font le premier parti du pays en lui confiant leurs votes? Pour perpétuer sa propre légende. L'UDC est connue pour faire des affiches abjectes, l'UDC doit donc continuer à faire des affiches abjectes. L'UDC soulève la colère des bien-pensant à chacune de ses campagnes, l'UDC doit donc continuer à remuer la merde afin de passer une fois de plus pour la misérable victime d'une immense injustice. L'UDC doit pouvoir continuer à accuser ses détracteurs d'être politiquement corrects et angéliques, il lui faut donc à tout prix continuer d'avoir l'air politiquement incorrect et diabolique.
Alors non, je ne prendrai pas de bonnes résolutions tant que ces connards ne changeront pas leur attitude néfaste, prévisible et idiote. Je ne chercherai pas à m'améliorer d'un iota tant qu'aucun membre de ce parti débile ne démissionnera pas spontanément en voyant les affiches de merde que leurs dirigeants produisent, achètent et cautionnent. En voila une bonne résolution: se désintoxiquer du fascisme. Par ailleurs, je continuerai à me complaire dans mes innombrables défauts tant les électeurs Suisses persisteront à voter favorablement pour des objets aussi imbéciles que la Marche Blanche de mes deux et la prohibition de la clope dans les bistrots, ainsi que refuser des initiatives aussi raisonnables que celle de permettre aux adultes qui le souhaitent de pouvoir se procurer et consommer peinards du cannabis.
Chers cons, vous n'êtes pas condamnés à rester dans votre état habituel de décrépitude mentale, aussi avancée soit elle. Vous pouvez prendre de bonnes résolutions pour 2009, et rendre le monde un tout petit plus respirable. Je verrai ce que je peux faire quand vous m'aurez donné un peu d'air.

PS: Un blog fait allusion à un aspect que je voulais intégrer ici mais auquel j'ai finalement renoncé. C'est le fait que les affiches de l'UDC ne sont pas uniquement racistes, elles trahissent également une haine des animaux qui ne fait que confirmer leur incapacité à s'intéresser à quoi que ce soit d'autre que leur putride nombril. Bravo à blongo sur "La culotte à l'envers".

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04 janvier 2009

Guérisseurs, rebouteux et faiseurs de secret en Suisse romande - 2

Jenny_guerisseurs

Suite de mes commentaires sur le livre de Magali Jenny (première partie ici). Je progresse extrêmement lentement dans cette lecture, il me faudra peut-être renoncer à en venir à bout. La raison en est la médiocrité du livre, c'est vraiment dur de lire un travail d'un aussi faible niveau. Je ne dis pas ça pour être méchant, en fait c'est un peu de ma faute, je me suis lancé là-dedans sur un malentendu. J'aurais du mieux me renseigner, à la base je croyais qu'il s'agissait d'un travail sérieux basé sur une enquête et une recherche approfondie effectuée pour une thèse, et que mon rôle serait d'y débusquer les biais d'une certaine approche de la sociologie et de l'ethnologie que je déplore, tout en dénonçant férocement la légitimité qui y est donnée à ce que je considère comme une superstition néfaste. En fait ce n'est pas ça du tout, l'ouvrage est basé sur un simple mémoire de licence. Je ne peux donc pas décemment reprocher à l'auteur d'avoir fourni des informations historiques désespérément sommaires, de ne s'être que minimalement documentée, de ne présenter aucune méthode et résultats utilisables et d'écrire épouvantablement mal. Quant au propos même du livre, il n'est rien d'autre que l'acceptation inconditionnelle de toutes les absurdités qui peuvent sortir de la bouche du plus inculte des "guérisseur" ou "rebouteux", et bien sûr de celle des gogos qui trouvent normal d'y recourir. L'éloge de la superstition et de l'irrationnel y est absolument transparent, nul besoin donc de chercher la petite bête ou de lire entre les lignes.
Je persiste néanmoins à m'attaquer à ces pages lamentables, parce qu'il se trouve que la chose est en tête des ventes de la librairie Payot (j’ai lu ça quelque part). Il semble donc que ce soit un succès colossal pour l'auteur et son éditeur, ce qui ne m'étonne guère mais mérite selon moi une démolition en bonne et due forme. La publication d'un mémoire de licence est excessivement rare, sans parler d'un succès en librairie. Je pense donc que Magali Jenny et les éditions Favre, ainsi que les librairies qui ont commandé le livre en grandes quantités, sont coupables d'avoir délibérément cherché à se faire de l'oseille en fourguant des mensonges et de l'irrationnel au public, bien sûr en profitant de sa crédulité, plutôt qu'en cherchant à l'éduquer. Je sais bien qu'on ne peut pas réduire la sortie d'un livre à une question d'argent, mais dans ce cas précis le problème ne provient pas uniquement du fait que je puisse être en désaccord avec les idées qu'il contient. Il est en effet impossible d'ignorer l'exploitation pure et simple de la naïveté du public dans le fait que le volume contient une liste de 230 adresses, numéros de téléphones inclus, de personnes qui prétendent pouvoir résoudre une liste considérable de problèmes de santé par l'application de formules magiques. Je trouve ça tout simplement malhonnête, et à vrai dire franchement détestable. Je reviendrai plus en détail sur le sujet lorsque j'aborderai les chapitres un par un (dans la mesure où je parviens à me forcer à les lire et à me contenir de balancer ce tissu d'idioties par la fenêtre).

Pour le moment, je m'en tiendrai à la préface, qui vaut déjà son pesant de poudre de perlimpinpin. C'est l'œuvre d'un certain Marc Ivo Böhning, une sorte d'herboriste New Age que je vous laisse découvrir via Google si le cœur vous en dit. Le type offre toute une série d'arguments débiles, dont le moins subtile est un grand classique chez les créationnistes, à savoir: je n'ai aucune preuve de ce que j'avance, d'ailleurs je n'avance rien de précis, mais j'aimerais que l'on m'écoute quand même et qu'on traite mes délires sur un plan d'égalité avec la science. Dans ses termes: "Le tout est d'admettre parallèlement la coexistence et la co-utilité de son médecin, comme de son guérisseur. Se rendre chez l'un et chez l'autre au bon moment". Ben voyons. Rien ne nous est épargné dans cette préface, on dirait que le guide du parfait pseudo-scientifique à été suivi à la lettre. On a évidemment droit à une citation d'Einstein et à une allusion à Galilée, des majuscules impromptues et des points d'exclamation infantiles, des leçons idiotes sur la science et le besoin de jeter des "ponts" entre tout et n'importe quoi, l'utilisation paranoïaque des termes "paradigme" et "establishment", et bien sûr une bonne tape sur les doigts des méchants déterministes qui ne voient que par le petit bout de la lorgnette. L'écriture elle-même est absolument épouvantable. Il semble clair que personne n'a prit la peine de relire ce texte qui semble avoir été rédigé par un forcené en surdose de gentiane.

Tenez, essayez ça: "Il faut en effet considérer que l'on n'est pas face à une interrogation dont la réponse naissant dans le paradigme classique cartésien peut se résoudre dans ce même paradigme." Plus loin: "Et par ces brèches, cette collection de récits de guérisseurs nous laisse glisser notre regard dans leur monde auquel nous pourrons peut-être accorder juste une partie de notre réalité à une partie de la leur". Oui, ça fait mal au dessus du crâne. Ouch.  Mais que fait l'éditeur? N’est-ce pas son rôle de ne pas laisser passer des atrocités pareilles ? Bah, le pire n’est même pas le style, mais les idées que l’on parvient à comprendre dans cet abominable charabia. Monsieur Ivo Böhning commence par déclarer sans sourciller que ce que font les « guérisseurs » « marche ». La discussion commence là, on accepte d’emblée ce qui est le cœur du problème, et après on cause. Donc, nous dit le préfacier, le monde et le corps humain semblent fonctionner selon des principes connus de la science et compatibles avec une vision naturaliste (ou matérialiste si vous voulez) de la réalité. Pourtant, enchaîne-t-il, « il y a un certain nombre de phénomènes qui semblent ne pas répondre aux forces et interactions qui gouvernent la matière. Ceux-ci semblent naître ailleurs, dans ce no man’s land où le mental établi dans la logique restreinte perd pied et où il semble ne rester plus que des symbolismes que l’on retrouve de façon floue dans notre inconscient collectif [sic, je vous avais prévenu] (…) les guérisseurs prennent appui plus ou moins dans ces réalités tissées de conscience plutôt que de matière».

On comprend bien que pour Ivo Böhning, la logique est une chose « restreinte » qui empêche de pouvoir dire n’importe quoi. Et si le seul moyen dont vous disposez pour avancer une idée est de créer a priori un « no man’s land » épistémique qui vous permettra de fourrer tout ce que vous voudrez dedans, on se demande bien quelle place il reste pour la discussion et la recherche. Tout est dans le « flou », le « mental », la « conscience », le « symbolisme », le « plus ou moins ». Comme rien n’est avancé, il n’y a évidemment rien à répondre. En fait, le seul moyen de comprendre le message, c’est d’y adhérer. Ou en tout cas de renoncer à réfléchir, ce que le préfacier exprime joliment par l’expression « habiller son esprit d’une autre pensée ». Ici, Marc Ivo Böhning ne se doute pas qu’il rejoint exactement l’opinion que Ludwig Wittgenstein se faisait des psychanalystes : « Ils ont renoncer à une façon de penser et on en adopté une autre ». Le grand philosophe, contrairement à notre herboriste, était bien sûr sarcastique. Ainsi, la seule défense proposée pour les « guérisseurs » et le business de l’irrationnel, c’est que pour y croire il faut penser différemment, et que penser différemment conduit à y croire. On est encore en pleine philosophie, cette fois Ivo Böhning, probablement sans le savoir, nous ressort le coup du cercle herméneutique de Schleiermacher-Dilthey-Heidegger. C’est probablement vrai que les grands esprits se rencontrent.

Bon, je vous épargne la suite, c’est du même tonneau éventé. Notre concocteur de potions magiques donne des leçons d’ouverture d’esprit aux scientifiques et médecins, les enjoints d’élargir à l’infini l’éventail des possibilité tout en les priant de n’avoir pas d’ « a priori », maltraite le concept de réfutabilité, réclame une collaboration accrue entre la « science objectivable » et la « science humaniste » (qu’il vient d’inventer pour sa propre convenance) et finalement fait l’éloge du livre de Magali Jenny en prouvant qu’il ne l’a manifestement pas lu. En effet, comment expliquer sinon qu’il qualifie une œuvre entièrement dévouée à promouvoir des pratiques « médicales » archaïques et irrationnelles d’ « ouvrage tout de fraîche non-intervention vêtu » et présente son auteur comme ne voulant « pas imposer son opinion » et offrant « une neutralité dont l’honnêteté est à souligner ». Nous verrons que ce n’est absolument pas le cas, la prétention de neutralité est totalement absurde du fait même que le livre contient un répertoire de guérisseur. Mais le reste du livre est du même avenant, éloge et promotion de la crédulité la plus effrénée y sont à peine déguisés.

Soyons clairs. Il n’y a pas des « points de vues » et des « paradigmes » différents. Il n’y a pas un « establishment » opposé à un « savoir populaire ». Il n’y a pas de « collaborations » à établir ou de « ponts » à jeter entre des « visions complémentaires » de la réalité. Les malades n’ont strictement rien « à gagner » de la confusion des genre et du renoncement complet à l’usage de la raison dans un domaine qui concerne directement l’allègement de la souffrance humaine. Si on veut être écouté et convaincre, les sempiternels appels à l’ouverture d’esprit et le baratin mystico-quantique ne suffisent pas. En fait, ce genre de rhétorique est toujours un aveu d’échec. Si Marc Ivo Böhning avait quelque chose de substantiel à proposer, comme des données, des faits, un modèle ou une théorie quelconque, il l’aurait fait immédiatement. S’il avait des preuves de l’efficacité de telle ou telle approche paramédicale, un progrès considérable serait fait pour intégrer d’autres techniques dans ce que l’on appelle la médecine conventionnelle. Il n’y aurait alors plus lieu de qualifier cette approche d’ « alternative » ou de « complémentaire » ou de « traditionnelle ». Mais il n’a que des palabres à offrir pour défendre des pratiques indéfendables autrement qu’en recourant au concept complexe et fascinant de placebo (j’y reviendrai). Comme Magali Jenny, il se contente d’accepter que « ça marche » et ne tolère pas la moindre discussion à ce sujet.

Bon, pour résumer, le livre commence assez mal. Le choix d’un préfacier frivole et incapable d’écrire lisiblement ne présage rien de bon pour la suite. Pour vous annoncer un peu la couleur, je reviens quelques pages en arrière et vous offre cette phrase tirée des remerciements : « Merci surtout aux guérisseurs pour m’avoir ouvert leurs portes et leurs cœurs, pour leur disponibilité, leur accueil, leur générosité et pour tout le bien qu’ils font autour d’eux ». Non Magali, ce sont eux qui te remercient.  

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03 janvier 2009

Jérémie Kisling: neuneu des bobos, Lausanne style

Dans le 24 Heures du 27-28 décembre 2008, enfin des nouvelles du sympathique chanteur Jérémie Kisling. Et on est gâtés, une page pleine! Avec des jolies photos de l'artiste, dont une en tenue de tennis! Voila qui tombe exactement au bon moment, pas plus tard que l’autre jour, je me demandais justement qui est vraiment Jérémie Kisling (et à quoi ressemble-t-il en mini-shorts ?). Bien sûr, suite à de multiples portraits dans la presse et la télévision locale, j’avais compris que Jérémie Kisling est une personne simple qui aime bien les choses assez simples, du moment qu’elles ne sont pas trop compliquées et qu’elles s’en tiennent à une certaine sincérité, tout en répondant à un puissant besoin d’authenticité. C’est que Jérémie Kisling est quelqu’un de vrai. Raison pour laquelle, probablement, il était absolument nécessaire que cette pleine page soit rédigée par un de ses amis les plus proches. Autrement, ça aurait tout de suite sonné faux. Et le faux, il n’y a rien que Jérémie Kisling méprise tant, à part peut-être l’injustice et l’hypocrisie, mais ça revient un peu au même.

Oui, qui est vraiment Jérémie Kisling ? me disais-je l’autre jour. Au-delà du trentenaire de trente ans qui chante les vertiges d’avoir, comme ça, un jour, tout d’un coup, trente ans, auteur des considérables Monsieur Obsolète et Le ours, on connaît le valeureux militant des droits de l’homme, qui jadis n’hésita pas à s’opposer au gouvernement Chinois pour une histoire de droits de l'homme et de Jeux Olympiques qui était pliée de longue date, dans une opinion livrée au journal même qui l’accueille aujourd’hui pour qu'il nous livre son idée du "week-end idéal", opinion que j’avais à l'époque jugée digne d’être découpée et soigneusement classée dans mon bordel mais qui est désormais malheureusement introuvable. Je me rappelle néanmoins assez distinctement qu’elle contenait le mot putain. Jérémie Kisling, si vous n'avez aucune idée de qui il s'agit et si vous habitez à l’autre bout du monde, il faut pas le faire chier. Certes, tout cela est fascinant, mais ça ne nous dit toujours pas qui est vraiment Jérémie Kisling. La patience souriant toujours à qui sait attendre (ou un proverbe qui ressemble vaguement à ça), ma curiosité est aujourd’hui abondamment étanchée.

On apprend d’emblée que Jérémie Kisling « aime les arbres et la viande rouge, le foot et l’amour. Le week-end, le chanteur veut tout ça ». Et il a raison nom de Dieu. Non seulement il veut tout ça, mais moi je j’irais même plus loin et dirais qu’il a droit à tout ça. C’est que l’artiste a souffert.

Avant, Jérémie Kisling avait des angoisses. Il avait peur d’avoir un boulot de merde et une vie chiante, comme tout le monde. Mais maintenant, plus. « La reconnaissance, un certain succès sont passés par là. L’amour, la musique, l’amitié, les petits plats, il a appris à en profiter », nous confie le journaliste qui semble connaître par cœur son sujet. Le lecteur un peu naïf se figure sans doute qu’il n’y a rien de plus simple au monde que de « profiter » de l’amour, de la musique, de l’amitié et des « petits plats ». Qu’il n’y a aucun mérite a être ce qu’on appelle un « bon vivant » (et au passage, que ceux qui se revendiquent d’être des « bons vivants » ne sont souvent rien d’autre que des bons cons). Et bien justement, pour un artiste, c’est pas pareil. Un artiste est un être souffrant, contradictoire, imprévisible. Généralement, il profite abondamment du malheur, de la haine, de la bouffe moisie et de ses ennemis. Pour se tirer de ce mauvais pas, il a fallu à Jérémie Kisling savoir devenir simple, et profiter des choses simples. A la lecture de ce portrait, on peut désormais l’affirmer : c’est gagné.

Je sais de quoi je parle, au-delà de mes propres angoisses d’avoir un boulot de merde et une vie chiante, je partage une passion commune avec Jérémie Kisling. Enfin, je partageais : les bistrots. Il y passe le plus clair de son temps, j’y passe pas mal du mien. Il y écrit ses chansons de trentenaire, j’y écris mes méchancetés et des choses plus intéressantes que malheureusement vous ne pouvez pas lire ici. Bon, la différence avec moi c’est qu’il aime la présence de ces horreurs de gosses qui courent partout et font chier les adultes, alors que moi j’y aimais juste être peinard et fumer mes clopes. Air du temps, les fumeux geignards de mon espèce vont enfin aller s'intoxiquer tous seuls et laisser la place à l’innocence épurée des merdeux auxquels leurs parents laissent carte blanche pour envahir la vie intime et sociale des autres. Ou en tout cas ça ne manquera pas d’arriver avec les futurs morveux du sympathique chanteur trentenaire Jérémie Kisling. Dans dix ans, en effet, le week-end idéal de l’artiste « ressemblera beaucoup à ceux d’aujourd’hui. Mais avec des enfants dans ma vie. J’aimerais bien en avoir deux ou trois. Dans mon idée du bonheur, ils décupleront la rigolade, les jeux, les boules de neige, tout ça. J’espère qu’ils poseront plein de questions, qu’ils oseront aller parler aux gens, être impertinents. Pas le truc suisse classique, le regard par terre, la peur de déranger, de faire du bruit ou des bêtises. J’aimerais bien qu’ils soient des électrons libres, qui tournent. »

Signe des temps, encore. Car dans mon idée réactionnaire du bonheur, ce genre d’aveux devrait immédiatement conduire à une stérilisation forcée du coupable, avant que l’irréparable ne soit commis. Dans mon idée du bonheur, la « peur de déranger » devrait être vendue en pilules, remboursée par la sécurité sociale, et prescrite trois fois par jour à chaque personne qui se situe dans la tranche d’âge des 0-21 ans. Mais on s’en sera aperçu, je manque cruellement de simplicité. Jérémie Kisling, heureusement, indique la voie à suivre. La scène se passe, évidemment, « devant un tartare de bœuf au Restaurant L’Esquisse, dans le parc de l’Hermitage ». Vous voulez faire « rayonner » Jérémie Kisling ? Il n’en faut guère plus qu’une simple question débile. Tenez, « quel est ton week-end idéal » suffira largement. Immédiatement, il rayonne donc et s’épanche : « …on va boire un café et manger le meilleur pain au chocolat de la ville, à la Couronne d’Or. Il y a toujours plein d’amis, plein d’enfants, plein d’enfants d’amis, j’adore ». Me voilà prévenu, j’essaierai de dénicher l’endroit de la ville qui produit le deuxième meilleur pain au chocolat de la ville, m’en contenterai en ravalant mes larmes, et ne foutrai jamais les pieds dans un endroit qui regorge d’amis et d’enfants d'amis, dont manifestement aucuns ne sont les miens, puisque tous sont ceux de Jérémie Kisling. Je sais, ce n’est pas avec ce genre d’attitude que j’atteindrai la sérénité de Monsieur obsolète. Peut-être devrais-je suivre sa suggestion et essayer « les meilleures salades du monde » au Café de l’Hôtel de Ville, ce serait effectivement stupide de voyager trop loin pour bouffer du foin. Ou alors me mettre au « sirop de jasmin », le breuvage privilégié du vaillant représentant lémanique de l’ex-nouvelle chanson française lorsqu’il s’embarque dans des folles soirées au Bourg avec ses « meilleurs amis » (encore, décidément ils sont partout) : « …on fait des blagues et on rigole toute la soirée ».

A la lecture de ces dernières lignes, on ne se demande plus qui est vraiment Jérémie Kisling, mais quel âge a exactement Jérémie Kisling. Ceux qui savent lire entre les lignes auront décelé mes multiples allusions à la trentitude du sieur. Cela expliquait aisément la présence des nombreux et navrants poncifs à base de carambars et autres paradis perdus dans les écrits du compositeur-interprète. La nostalgie ça s'appelle. C'est ça ou les soirées revival avec Casimir et Goldorak go, va accomplir ta mission. Enfin, l’innocence qui s’en va, les premiers émois, le cruel monde des adultes qui se pointe, tout ça. Mais on se demande maintenant si on n’aurait pas été entraînés sur une mauvaise piste, des fois. On aura en effet beaucoup de mal, désormais, à me convaincre que Jérémie Kisling a plus de 7 ans. Le paradoxe s'explique sans doute par la vieille distinction entre âge réel et âge mental, c'était Binet le premier à la proposer, je crois. J'ignore l'âge réel de Jérémie Kisling, mais en ce moment précis, il a 30 ans (pile) d'âge artistique, et 7 ans d'âge mental. Notre bambin n’est-il pas charmant quand il évoque ses adresses préférées ? Le Bourg : « La programmation est cool, et il y a toujours plein de gens que j’aime bien (sic). En plus, l’endroit est très très beau (sic) ». La Couronne d’Or (encore) : « Un des plus chouettes (sic) cafés de la ville. Là aussi, toujours plein d’amis (sic). » Je suppose que ces lieux mettent toujours une grande boîte de crayons de couleurs à la disposition de Jérémie Kisling, c’est que le petit s’ennuie très vite. Il vous arracherait d’ailleurs des larmes en évoquant son idée d’un week-end raté : « …il pleut, alors je peux pas sortir et voir mes copains, pas faire de sport, rien, quoi ». L’horreur absolue. Rappelez-vous les longs week-ends pluvieux, quand vous aviez 7 ans. Et tous ces devoirs à faire, qu’est-ce que c’était barbant. Heureusement, un rien amuse le petit Jérémie Kisling. Les X-box et autres Playstations, très peu pour lui. On apprend que la passion de notre petite canaille, c’est les arbres : « Tu montes dans les branches, tu sens leur énergie, tu retrouves les sensations de l’enfance. De là-haut, tu vois les choses différemment, tu t’élèves, tu prends du recul. Le plus fou, c’est que personne te remarque. A part les enfants… » A part ses copains de 7 ans, quoi. Un jour, notre artiste va se piquer de construire une cabane sur un arbre, vous verrez. (Je me demande d'ailleurs à quel moment j'ai renoncé à grimper aux arbres, et pourquoi). Bah, peu importe, le petit brigand a toujours été un peu dans les nuages, et au moins tout ça le tient éloigné des mauvaises fréquentations et de la drogue. Et tant qu’il nous ramène des bonnes notes, hein. Oui, c’est un doux rêveur, mais déjà très précoce pour son âge. Un peu insolent, certes, mais cette vivacité d’esprit lui permet déjà de répondre caustiquement aux questions provocantes des journalistes, comme l’indique le dernier paragraphe, déjà culte, de l’article :

- Alors, vivement le printemps ?

- Oui, ce sera bien. Quoique l’automne c’est chouette. L’été et l’hiver aussi, en fait…

A cette prise de position radicale, on reconnaîtra facilement l’influence sur notre garnement de la passionaria Carla Bruni, dont il ouvrît jadis quelques concerts, et qui est aussi très curieuse de l’automne, des jeudis, du matin, des nombres premiers et des sorbetières. Oui Jérémie Kisling est un brave petit garçon. Tant qu’il peut aller dans ses bistrots favoris où l’attendent ses meilleurs copains (et pas des amis de seconde zone, uniquement les meilleurs), il ne risque pas de balancer des cocktails Molotov sur la police ou de sombrer dans le crack. Comment le lui reprocher, d’ailleurs ? C’est dans ce petit bonheur douillet qu’il parvient à étoffer son conformisme onctueux et ciseler ses œuvres les plus merveilleusement molles, autant de manifestes de l’émancipation post-bobo pour ceux et celles qui définissent également leur bonheur dans un néant idéologique complet mais submergé d’une ribambelle de moutards, de (meilleurs) copains et de (petits) plats.

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10 décembre 2008

021 6218787 - 20 Minutes s'introduit chez vous

C'est moi ou il y a une véritable inflation des appels telemarketing ces derniers mois?
Après l'abject harcèlement du 022/5443600, c'est au tour de 021/6218787 de me casser les burnes. Celui-là m'a appelé 5 fois en un jour. Le soir, j'ai fini par répondre. Dans ces cas là, je reste silencieux et respire lourdement (sorte de téléphone anonyme inversé, ça m'amuse). Or, qu'entends-je? Après quelque secondes, c'est une connerie de voix enregistrée qui se lance dans un monologue enjoué vantant les mérites du journal gratuit 20 Minutes. J'ai immédiatement raccroché, ce qui m'a empêché d'en savoir plus sur le contenu du message et son but. Mais inutile d'être devin pour savoir que ce journal de merde cherche à rattraper son retard sur son concurrent de merde Le Matin Bleu. Il y a quelque chose de profondément tragique dans la lutte entre ces deux torchons. Leur seul but est de fourguer de la pub au maximum de cerveaux généralement rendus disponibles dans les masses matinales hagardes qui se pressent dans les transports publics. Les annonceurs, bien sûr, visent la plus large audience possible, et le gratuit en mesure de la leur offrir ramasse le pognon. Au milieu de la camelote qu'on cherche à nous fourguer, on trouve des dépêches achetées à des agences de dépêches et des articles originaux reconnaissables à leurs innombrables fautes d'orthographe, leur syntaxe approximative, et ce nouveau ton absolument épouvantable qui cherche à faire copain-copain avec le lecteur. Il y a donc des petits clins d'œil, des points d'exclamation à profusion et des remarques totalement inappropriées dans n'importe quelle publication qui prétendrait toucher un public composé d'adultes. A chaque fois que je commets l'erreur de lire un gratuit, je perçois distinctement le connard de stagiaire pigiste qui cherche laborieusement, se fiant essentiellement à un correcteur automatique, à créer une atmosphère sympathique et un rapport de connivence avec moi. Je t'emmerde, stagiaire pigiste. Je ne suis pas ton pote et je n'accepte pas d'être pris pour un con, même dans un journal bas de gamme. Du reste, je ne sais pas pourquoi le reste des gens acceptent d'être pris pour des crétins par ces journaux gratuits. Car c'est exactement de ça qu'il s'agit: ne pas solliciter la moindre réflexion, ni même le moindre intérêt, de sorte à garder les cerveaux bien relaxés et donc disposés à absorber bien docilement les saloperies de publicités qui sont la raison d'être de ces amas de papier gaspillé. On nous donne donc des fragments d'"informations" pré-sélectionnées, des morceaux d'indignation pré-mâchés, et des curiosités insignifiantes destinées à nous rappeler qu'on vit vraiment dans un monde de fou, ma p'tite dame. Les maniaques irresponsables qui sont derrière cette vaste entreprise de pollution mentale et écologique devraient être traînés devant un tribunal pour atteinte à l'intelligence. Ils sont coupables de rendre les gens encore plus cons qu'ils ne le sont, et de les conforter dans leur connerie comme si c'était la chose la plus cool du monde de s'infliger de la médiocrité à un rythme quotidien.
Et maintenant, ces dangers publics ont décidé de mettre le turbo en s'attaquant à des victimes innocentes dans leur propre foyer. Fiers d'être bien dans leur époque - qu'ils contribuent à saccager sans répit -, ils optent pour le telemarketing automatisé. Cette ignominie doit être interdite maintenant. Je ne vois pas pourquoi les fascistes du nouvel hygiénisme sanitaire nous casseraient les couilles avec leur mythologie de la "fumée passive", et on devrait accepter sans broncher la multiplication des intrusions publicitaires dans notre propre intimité. Il y a un truc que j'aimerais bien comprendre: que se passe-t-il dans la tête du psychopathe qui décide un jour que son business pourrait bénéficier d'appels téléphoniques automatisés, pré-enregistrés, répétés et non-sollicités, effectués à une large échelle? Il faudrait bien sûr venir en aide à un malade pareil, mais non sans lui faire passer une batterie complète de tests psychologiques et lui prélever une portion conséquente de sa misérable cervelle, de sorte à faire progresser la recherche et éviter que ce genre de maladie mentale ne se propage à l'avenir.

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04 décembre 2008

Guérisseurs, rebouteux et faiseurs de secret en Suisse romande - 1

Jenny_guerisseurs

Je me lance ici dans la critique d'un livre qui risque de mettre mes nerfs à rude épreuve. Il s'agit de "Guérisseurs, rebouteux et faiseurs de secret en Suisse romande" (Favre, 2008), par Magali Jenny. La couverture mentionne en très bonne place une information tout à fait remarquable: "Avec répertoire d'adresses". J'y reviendrai, bien sûr. Mais pour le moment, j'en ai à peine entamé la lecture et ce billet ne sera qu'une sorte d'introduction générale.

J'ai déboursé 34.50.- pour acquérir cette œuvre. Je savais déjà que mon sang allait bouillir à chaque paragraphe, sans même l'avoir feuilleté. Le quart de couverture (et la couverture elle-même) en dit assez pour se rendre compte qu'on aura droit à l'habituelle mascarade sociologique qui consiste à faire avaler une grosse et indigeste pilule antirationaliste déguisée en étude neutre et compatissante. J'ai l'habitude, j'avais déjà donné sa chance à "Doute, croyances et divination" (Antipodes, 2007) de Marc-Antoine Berthod. C'est dingue ce que les sciences sociales du coin produisent comme odes à la crédulité et bras d'honneur à la raison, sous couvert d'analyser objectivement et sans préjugé des simples "pratiques", "représentations" et "croyances" sociales. Mais j'aurai tout le temps de revenir sur ce problème. Au passage, je sais aussi qu'en m'attaquant au livre de Magali Jenny je vais m'attirer une horde de mécontents qui vont m'expliquer que j'ai l'esprit fermé, que je suis une caricature de sceptique, que je suis "scientiste", qu'avant d'ouvrir ma gueule je devrais au moins essayer d'aller chez un guérisseur, que mes élucubrations ne changent rien au fait que pour eux "ça a marché", que ma vie doit être bien triste, que j'ai le droit d'avoir mon opinion mais que je ne devrais pas la dire, que je suis bien agressif, etc, etc, etc. On va aussi me reprocher de prêter des vues idéologiques et propagandistes à un livre qui se voudrait somme toute assez neutre et distant par rapport à son thème. Je vais le lire, on verra ce que j'y trouve. Mais le quart de couverture, encore une fois, ne laisse aucune ambiguïté sur l'absence de neutralité de ce livre. Voici pourquoi:

Cet ouvrage aborde toutes les questions qui se posent à propos de ces thérapeutes hors norme. Des médecins mais aussi des hommes d'Eglise donnent leurs points de vue face aux témoignages parfois troublants des consultants. La parole est également donnée aux guérisseurs eux-mêmes (50 portraits), qui expliquent leurs manières de procéder, l'origine de leur don, leur façon de voir, leur relation au patient et leurs parcours. Et s'il est impossible d'expliquer scientifiquement certains faits décrits, peut-être en fin de compte "l'important c'est que ça marche"!

Voila, je vous ai mis en gras les 5 pétitions de principe contenues dans ces 6 lignes. Elles nourrissent l'idée qu'il est absolument indiscutable que quelque chose se passe avec ces guérisseurs, alors que c'est précisément ce qu'il faudrait démontrer. Non seulement il faudrait savoir si réellement quelque chose se passe, mais surtout il conviendrait de montrer que ce "quelque chose" est causalement lié au "don" particulier ou à une action spécifique provenant du guérisseur. Certes, on peut s'abstenir de chercher une réponse à ces questions et s'intéresser au contexte sociologique plus large qui englobe ces pratiques. Mais trop souvent, une telle approche qui se voudrait neutre et compréhensive aboutit simplement à faire un pied de nez à ceux qui se posent ce genre de questions, et des courbettes à ceux qui préféreraient qu'on ne les pose pas. Le pire exemple, bien entendu, et il devrait servir de mise en garde pour le reste de l'éternité, c'est l'obtention du titre de docteur en sociologie par l'astrologue Elisabeth Teissier, qui avait présenté une thèse dont le contenu trahissait totalement le titre ronflant, mais a priori neutre et légitime, "Situation épistémologique de l'astrologie à travers l'ambivalence fascination/rejet dans les sociétés postmodernes". Il n'était bien sûr nul question de ça.

Bien, vous avez maintenant une sorte de vue d'ensemble de mes positions et préjugés sur un livre que je n'ai même pas encore lu. Mais laissez-moi prendre encore plus les devants en vous donnant d'emblée ma position sur les "guérisseurs, rebouteux et faiseurs de secret", en Suisse romande ou ailleurs. Tout d'abord, je suis persuadé que la plupart de ces gens là ne sont pas des charlatans au sens fort du terme, mais croient sincèrement avoir un "don" ou maîtriser une "technique" particulière qui leur donne un pouvoir de guérison. A la limite, les "vrais" charlatans ne m'intéressent même pas (j'aurais même plutôt de l'admiration pour ce genre de manipulateurs, du moment qu'ils finissent par payer leurs magouilles au prix fort). Néanmoins, je n'absous pas entièrement les "guérisseurs" de leurs actions. Le terme charlatan peut être compris dans une acception plus faible que celle d'escroc, vendeur de poudre de perlimpinpin, ou simplement menteur. La plupart de ces "guérisseurs" doivent bien se rendre compte à un moment ou à un autre que ce qu'ils font est sans effet, qu'il n'y a pas "d'énergie", d'intervention "divine" ou de "secret" d'aucune sorte. Ils doivent forcément réaliser, ne serait-ce que sporadiquement, que la totalité du "travail", si l'on veut, est effectuée du côté du patient (c'est-à-dire du gogo). Je ne crois donc pas une seule seconde qu'ils soient entièrement candide quant à la nature et la réalité de leurs "pouvoirs": le caractère charlatanesque de leurs activités ne peut pas entièrement leur échapper. Cela étant dit, il serait intéressant d'analyser la dynamique sociale et psychologique qui les pousse à croire en leur "différence". Peut-être que le livre m'apprendra au moins quelque chose là-dessus, il est essentiellement composé de témoignages d'un échantillon de "guérisseurs" locaux. (oui, autant vous prévenir, je compte utiliser beaucoup de guillemets pour ce sujet). Quoi qu'il en soit, ces gens ne peuvent en aucun cas être considérés comme parfaitement innocents et inoffensifs. Ils portent une responsabilité, de même que ceux qui leur offrent une visibilité, leur accordent une légitimité et en font la promotion par quelque moyen que ce soit. Comme un livre, par exemple.

Mais, dans le fond, pourquoi je n'y crois pas à ces choses là? Et si je n'y crois pas, pourquoi je perds mon temps à lire ce livre et à dire des méchancetés? Je vais y venir, l'analyse de la préface du livre me permettra de mettre deux ou trois choses au clair. Je vous préviens, elle est absolument atroce. C'est pour la prochaine fois, restez dans les parages si ce feuilleton vous intéresse.

(deuxième partie ici)

Posté par onclepsycho à 21:30 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 décembre 2008

A la queue, comme tout le monde!

J'ai renoncé à pas mal de calembours assez lamentables pour ce titre. Je vous promets que vous n'y perdez rien. Bon, le sujet d'aujourd'hui et donc la queue, comme dans "faire la queue".

Voila une chose qui a de quoi énerver tout le monde. Déjà parce qu'une queue c'est pénible en soi, mais surtout parce que ça donne généralement lieu à toute sorte de comportements insupportables. A titre d'exemple, je me rappelle avoir reconnu, il y a quelques années, un philosophe légendaire dans un aéroport (il enseigne à la fois à Lausanne et Genève, a enseigné dans une vingtaine d'universités, parle et écrit couramment une demi-douzaine de langues, et... bon, ça suffit largement à l'identifier pour ceux qui le connaissent). En faisant la queue pour atteindre les quais d'embarquement, je fus amusé de l'entendre engueuler, en un espagnol parfait, un malheureux qui voulait simplement rejoindre sa femme un peu plus loin dans la queue. "Laissez-moi vous expliquer le concept de queue", tenta-t-il. Bon, l'autre mec n'étant pas intéressé, je n'ai hélas pas pu en apprendre davantage sur un tel concept. Dommage.
Qui a tort ici? Le mec qui fait un truc pas très subtil pour passer devant les autres, ou le gars qui fait un scandale pour pas grand chose? En principe, tout le monde finira par prendre l'avion, non? Qu'est-ce que ça peut foutre d'arriver sur le Gate 26 avant les autres, puisque de toute façon se seront les mioches, les vieux et les handicapés qui passeront en premier? Et d'abord, les vieux et les handicapés je veux bien, mais pourquoi les morveux, et surtout les parents qui les accompagnent, doivent-ils à tout prix passer devant tout le monde? Mais je digresse, j'étais parti pour discuter des queues en général, pas de milliers de trucs qui m'exaspèrent dans les aéroports (une autre fois, peut-être).
Ok, quelles sont les règles à respecter dans une queue? Y a-t-il des règles différentes selon les cultures? Sûrement, mais pour l'essentiel ça paraît assez simple à comprendre qu'il faut juste rejoindre le dernier membre de la queue, et se tenir derrière lui à une distance acceptable. Mais ça soulève plusieurs sortes de problèmes, que j'énumère ici:
- Peut-on rejoindre la queue en un point quelconque juste pour s'associer à quelqu'un qu'on connaît?
- Peut-on s'absenter de la queue et revenir plus tard à l'endroit que l'on a quitté?
- D'une manière générale, peut-on réserver une place dans une queue?
- Peut-on accepter que deux personnes se mettent dans deux queues différentes, de sorte à ce que le premier à parvenir au bout de la sienne puisse être ipso facto rejoint par l'autre?
- Le fait d'avoir fait la queue pendant longtemps justifie-t-il de prendre tout son temps pour faire ce qu'on a à faire une fois qu'on est arrivé au bout, ou doit-on se dépêcher de sorte à faire moins attendre les autres? (ici je me retiens de balancer une violente diatribe sur les petites vieilles, toujours dans un souci de donner une image un peu plus positive de ce blog)
- Peut-on exiger de passer devant tout le monde si on affirme être pressé?
- Peut-on passer devant tout le monde, si on connaît le videur?
- Y a-t-il des catégories d'individus qui sont constitutivement inaptes à subir une queue comme le reste des gens?
- Existe-t-il des circonstances particulières qui dispensent de faire la queue? Quelles sont-elles?

Hélas, il n'y a pas de réponses établies à ces questions. C'est bien dommage, à mon avis elles devraient figurer en bonne place dans la Constitution de n'importe quel pays qui se prétend civilisé. Comment peut-on espérer que les gens se comportent correctement dans les files d'attentes si la procédure exacte n'est pas dictée, à la virgule près, par la Loi? Au lieu de cela, le résultat c'est que les queues, c'est toujours le bordel. Bon, alors en attendant que l'Etat et la police ne se décident une bonne fois pour toutes à réglementer dans les moindres détails les misérables existences de cette horde de dangereux alter-terroristes déchaînés qui composent ce qu'il est convenu d'appeler la population, je pense que plutôt que de s'énerver dans les queues il vaudrait mieux essayer d'y voir plus clair.

Heureusement, il y a la science. La première chose à faire, c'est de définir ce qu'est exactement une queue. Ou en tout cas ce qui est perçu comme tel. A partir de combien de personnes formant une "queue" le citoyen lambda s'aperçoit-il qu'il doit se mettre, justement, "à la queue"? Question fascinante à laquelle un chercheur de la prestigieuse (ok, pas tant que ça) Flinders University, en Australie du Sud, a cherché à répondre en 1977.

Méthode: observer le comportement des gens à un arrêt de bus, dès lors qu'une queue artificielle (composée de complices du chercheur) y a été placée avant l'arrivée du bus. Ladite queue artificielle était composée de 2 à 8 personnes. Soit les gens qui débarquent se placent spontanément à la queue, soit ils vont former un tas près de l'endroit où le bus va arriver. Seul le premier passant à rejoindre (ou pas) la queue est inclus dans les données. Après avoir donc observé le comportement de 569 personnes, qui n'ont évidemment jamais su qu'elles ont participé à cette expérience, les résultats ont pu être analysés, et les voici:

Mann_Fig1_1977Mann_Fig2_1977


C'est très clair, une queue est invisible, ou même n'existe tout simplement pas, en deçà de 6 personnes. C'est la masse critique au delà de laquelle les gens viennent se mettre bien sagement derrière les autres, au lieu d'aller former un tas informe là où tout le monde veut se rendre. Evidemment, le problème avec cette étude, c'est qu'une queue, contrairement à ce que semblait dire le philosophe dont je parlait plus haut, est un concept impossible, illogique, contradictoire, et absurde. En effet, l'auteur a simplement prouvé qu'une queue ne peut naître que si 6 personnes au minimum viennent d'emblée se mettre les uns derrière les autres. Cela n'arrive évidemment jamais, et donc, si rien ne les y oblige, il ne faut pas compter sur les gens pour former une queue. Conclusion: pour obtenir un comportement rationnel et civilisé, la seule solution est la coercition. Il faut des signes, des barrières, des meneurs, des flics, ou éventuellement des chaînes. Ce n'est pas la conclusion de l'article en question, bien sûr, mais je crois que je viens de démontrer, une fois de plus, que le genre humain est essentiellement composé de moutons et d'imbéciles qui ne demandent qu'à bouffer de la matraque afin d'éviter d'avoir à s'étriper les uns les autres.

Mann, Leon (1977). The effect of stimulus queues on queue-joining behavior. Journal of Personality and Social Psychology, 35 (6): 437-442.

Posté par onclepsycho à 22:25 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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