31 juillet 2008
Un plagiaire?
Les deux cons du jour
Aujourd'hui, deux abrutis pour le prix d'un. On peut être un peu con au jour le jour et garder ça secret, mais le véritable con n'hésite pas à se ridiculiser devant tout le monde. En écrivant à un journal, par exemple. Voici ce que je lis dans le courrier des lecteurs du 24 Heures d'aujourd'hui:
"Les réactions provoquées sont justifiables pour l’ignorant. Cherchant
toujours à comprendre ce qui se passe autour de moi, cela fait quelques
années que je m’intéresse à ces phénomènes. Intérêt qui me donne la
possibilité et l’envie de répondre."
"Ces phénomènes", ce sont les crop-circles. Il y en a eu plusieurs ces derniers temps, dans la région. Les agriculteurs sont furieux, tout leur boulot a été foutu en l'air par des petits plaisantins. Enfin, c'est ce qu'ils semblent croire. Ce monsieur a bien étudié le sujet et abouti à une conclusion plus nuancée:
"Je mets au défi quiconque de réaliser une telle prouesse (de nuit bien sûr, et sans projecteurs!) dans un champ sans laisser de trace! Je leur paye avec plaisir un mètre de bières à Bavois s’ils y arrivent en une fois! Par contre ne me demandez pas «qui» ou «quoi» l’a fait! (...) Quant au fait de traiter de «bande d’idiots» et de «crétins» les créateurs de ces choses, il ne me semble pas que ces mots soient adaptés pour paraître dans un quotidien! N’oublions pas qu’on ne sait pas de «qui» ou de «quoi» on parle!"
Non, les crétins ne sont pas les mystérieux "créateurs de ces choses". Les crétins sont ceux qui voient une origine surnaturelle ou extra-terrestre à ces conneries de dessins dont le potentiel poétique ou amusant a été éventé depuis bien longtemps. Le couillon, c'est l'auteur de cette lettre. Est-il seulement au courant que de nombreux crop-circles ont été revendiqués par des humains? On sait exactement comment ces idioties sont faites. Je ne dis pas que c'est facile, mais il n'y a aucun mystère là-dedans. Ou alors c'est encore un complot de la CIA? On nous cache quelque chose? Bon, inutile de déblatérer davantage sur ce sujet ridicule. Mieux vaut en rire:
Passons au deuxième imbécile du jour. Il utilise le nom d'emprunt "Stéphane" et a tenu à s'exprimer dans les pages du Matin. C'est que son ex-compagne, dans le numéro d'hier, a dit du mal de lui. Stéphane est un de ces connards qui se fait larguer et qui harcèle son ex à coups de SMS, email, et filatures. Pendant 1 an. S'agit-il d'un adolescent qui ne comprend pas les normes de conduite du monde des adultes et n'a pas encore développé la notion de self-control? Non, c'est un ambulancier de 37 ans. Pourquoi souhaite-t-il prendre la parole? Parce qu'il rejette le qualificatif de "stalker". Il ne nie pas les faits, il dit juste que le mot stalker ne lui convient pas. Alors qu'est-ce qu'il est, au juste? Ce n'est pas clair, mais il peut néanmoins expliquer son comportement:
"J'ai un problème d'acceptation du deuil et de l'abandon. C'est sûrement
lié au fait que mes parents ont divorcé lorsque j'avais 13 ans. J'ai
peu vu mon père entre 13 et 15 ans. A partir de 15 ans, je ne l'ai
quasi plus vu, et il est décédé cinq ans plus tard. Ce souvenir est
encore très présent. Et il renforce mon envie de voir grandir mon fils."
Oui, ils ont un enfant ensemble, ce qui complique l'histoire, mais ne justifie en aucun cas cette lamentable "explication" psychologique. Hey, "Stéphane", tu as 37 ans, OK? Le divorce de tes parents, on s'en fout. Tu es juste un pauvre connard. Et d'où peut bien lui venir ce genre de raisonnement à la con? Ah, pas de surprise ici, c'est la même source de sa conviction de ne pas être un stalker:
"J'en ai discuté avec ma psy, que je vois deux fois par semaine. Elle
m'a dit qu'il manquait peu pour que je sois qualifié de «stalker», mais
que je n'en étais pas un."
Donc ce grand con voit une psy. Deux fois par semaine. Depuis combien de temps au juste? Oui, j'aimerais bien savoir au bout de combien de séance on s'aperçoit que le bavardage n'est pas un remède efficace contre la connerie. Une autre chose que j'aimerais bien savoir, c'est ce qu'il manque au juste à ce type pour être qualifiable de stalker. Cela pourrait être intéressant, notamment si on peut étendre le concept à d'autres types de comportements. Par exemple, il y a sans doute des types auxquels "il manque peu" pour être qualifié de serial killer, ou des curés qui sont "presque" des pédophiles. mais le clou de la connerie du jour, c'est que le type accepte de se faire prendre en photo par le journaliste son portable à l'oreille. Oui, pour illustrer qu'il appelle souvent son ex pour la faire chier. Il faut aller voir sa bonne tête de con désespéré...
Il faut que j'arrête de lire les journaux...
30 juillet 2008
Eric Vartzbed - Lumière d'outre-tombe 1
J'ai lu plein de bons livres récemment, même des livres absolument excellents. Mais je vais vous parler d'un des plus mauvais, parce que je suis plein de haine à l'intérieur (et ça m'amuse). Il s'agit de Lumière d'outre-tombe, par Eric Vartzbed. L'auteur est "docteur en psychologie", mais il apparaît que son travail de thèse est juste un énième radotage sur l'idée que Nietzsche est un "précurseur" de Freud (sans blague). Il a publié le truc et apparemment reçu plein de louanges pour ça: La troisième oreille de Nietzsche: essai sur un précurseur de Freud, ça s'appelle. Je l'ai pas lu, mais je suis tombé ailleurs sur un texte où Vartzbed affirme que la neurosyphilis est "avérée" chez Nietzsche, ce qui suffit largement à me convaincre qu'il s'agit d'un amateur assez peu documenté. Mais revenons à Lumière..., à ma connaissance son bouquin le plus récent. C'est chez PUF en 2005, vous avez peut-être déjà vu les couvertures horribles de cette collection:
Bon, de quoi s'agit-il? Ce n'est pas très clair, c'est une sorte de longue tirade à propos de la mort. La mort en général, quoi. Avec un angle psychanalytique, mais pas trop prononcé non plus (c'est-à-dire que ce n'est pas totalement du foutage de gueule incompréhensible, mais juste essentiellement faux). Evidemment, en 100 pages et quelques il n'y a pas moyen de dire quoi que ce soit sur le sujet, encore moins de proposer "une réflexion originale sur la mort, le deuil et les nouveaux visages du malaise contemporain" et de "bouscule[r] le matérialisme classique", comme s'y engage le quatrième de couverture. En revanche, on peut facilement prendre la pose et faire son malin en balançant des anecdotes personnelles (il va visiter une morgue, "la gorge sèche"), des citations à l'emporte-pièce et bien sûr de la psychanalyse de bazar (difficile de faire autrement, il n'y en a pas d'autre).
Quel est le problème avec la mort? C'est, bien évidemment, qu'elle a été biologisée. Notre brillant Nietzschéen nous suggère une solution:
"A quelle conclusion arriverait une biologie qui ne s'appuierait plus sur un matérialisme étriqué (comme cela est le cas aujourd'hui), mais qui envisagerait les bases atomiques de la vie? Certes, après la mort, le corps se nécrose, se délite, pourrit. Mais qu'est-ce qui pourrit? A un niveau micro-physique, une double nature anime les événements quantiques: l'existence se manifeste sous une forme ensemble corpusculaire et ondulatoire (...) Les tenants d'un matérialisme athée (...) assimilent la mort au néant. Mais cette position s'appuie sur une conception obsolète de la matière" (pp. 88-89, c'est moi qui met en gras).
J'ai toujours adoré ces gars qui vous sortent de la physique quantique pour à la fois discréditer vos idées et défendre leurs propres superstitions. Naturellement, tout comme Eric Vartzbed, aucun de ces génies n'a la moindre idée de ce qu'est la journée d'un physicien et encore moins celle d'un atome. A ce stade du bouquin - je vous le signale parce que rien n'est exprimé clairement dans les 80 pages qui précèdent, et que je vous épargne -, Vartzbed est carrément en train de nous dire qu'il croit en l'au-delà. C'est bien Eric, tu n'es pas le seul. Mais j'y reviendrai. J'en reste maintenant aux sortes d'arguments qu'il déploie pour fourguer sa camelote. Il parle un petit peu d'évolution et "d'émergentisme" (tout dans ce bouquin est abordé "un petit peu", d'ailleurs), et tombe sur la conclusion suivante (mes commentaires sont entre crochets):
"Le matérialisme actuel [celui qui est étriqué et obsolète, donc] repose sur cette conception de l'auto-organisation: la conscience serait le fruit de l'interaction d'éléments de base, en lien avec un environnement [il s'agit des neurones, bien sûr]. Mais, comme tout réductionnisme, cette théorie souffre d'un grave défaut, elle explique le supérieur par l'inférieur [oui Eintein, c'est la définition du réductionnisme]: elle ravale l'esprit, envisage l'amour comme une sécrétion... Aussi ces concepts ont-ils un goût de cendre, ils ne nous satisfont pas entièrement" (p.91)
Bien joué l'auteur, tu viens de prouver ton ignorance et de faire la démonstration de ton arrogance (ce qui va tout naturellement de paire). Donc, le problème avec le matérialisme, c'est qu'il est insatisfaisant pour Eric Vartzbed. Voila, fin de la discussion. Ils lui ont filé un doctorat? Ah oui, c'est la section SSP de l'Université de Lausanne. Mais quand même, nous sortir le coup de l'amour... "Oh non, l'amour, ce n'est pas que du chimique alors! La science ne peut pas "prouver" l'amour! Ah ah! Qu'est-ce que tu réponds à ça, le matérialiste étriqué et obsolète, hein?" Je réponds que tu me fatigues. La question n'est pas de savoir si une théorie te plaît ou ne te plaît pas. La seule chose qui compte c'est si elle est juste ou fausse.
C'est à ce moment que les fantômes et les petits anges interviennent dans ce livre. Oh, pas des créatures bizarres comme dans les films, non, juste un machin mal définit qui a du mal à se décider s'il faut rester dedans ou dehors le cerveau. La "conscience", si vous voulez (brrrrr!). Pas de petit Jésus dans ce livre non plus, l'auteur est au dessus de ça, il a lu L'avenir d'une illusion. Voici:
"Outre que cette bio-psychologie ignore les bases atomiques de la matière (et peut-être en partie à cause de cet oubli), cette conception néglige un autre fait capital: la relative autonomie de la conscience à l'endroit de son substrat organique. Cette autonomie s'observe [!!] dans certaines circonstances qu'il nous faut envisager." (p.92)
OK, Eric Vartzbed n'a jamais foutu les pieds dans un laboratoire et visiblement il n'est pas trop fan de lectures trop pointues (sans quoi il ne contribuerait pas à propager le mythe que la maladie de Nietzsche était forcément une neurosyphilis). Mais il pense quand même que l'ensemble de la communauté scientifique a "oublié" la révolution quantique. Il pense en outre que les curieuses pérégrinations des particules élémentaires rendent caduques un bon siècle de neurosciences et de psychologie expérimentale. C'est un petit livre, il n'a donc pas la place de développer son point de vue. Mais c'est toujours comme ça quand les psychanalystes écrivent, j'appelle ça l'argumentation fantôme: il s'agit de balancer une énormité basée sur rien, et de laisser entendre que "ceci n'est pas le lieu de s'attarder sur ces considérations, aussi fascinantes soient-elles par ailleurs". Comme si l'auteur était capable d'en dire plus, bien sûr. Une variante est la procrastination fallacieuse de convenance: ici, le type dit explicitement qu'il reviendra "plus loin" sur tel ou tel point, ou qu'il compte écrire plus en détail sur ce sujet prochainement. Bien entendu, le truc en question finit à jamais aux oubliettes. Mais Vartzbed nous a promis des "circonstances" où l'on peut "observer" la "relative autonomie de la conscience à l'endroit de son substrat organique". Incroyable! Voyons cela.
Il commence par les phénomènes de "conversion religieuse":
"Cette révolution intérieure a le caractère d'une métamorphose foudroyante, instantanée. Cette rapidité est totalement étrangère à l'inertie et à la lenteur des processus physiologiques. (...) S'agit-il d'une preuve? Certainement pas. Mais un réductionnisme peut-il intégrer ce fait? Pour rendre compte de ces expériences, il faut considérer qu'à un niveau subtil un flux de conscience se déploie de manière autonome" (p.92)
Bravo l'Université de Lausanne, vous avez filé un diplôme à quelqu'un qui refuse de réfléchir correctement. Mention spéciale également aux Presses Universitaires de France, pour avoir accepté de publier de pareilles inepties. C'est probablement l'argument le plus lamentable que j'aie jamais lu en faveur du dualisme. Je n'en reviens pas... Donc, une conversion religieuse, c'est un truc qui va plus vite que le cerveau? C'est ça? Des milliards de misérables synapses sont totalement incapables de suivre un esprit désincarné qui aurait subitement décide d'adopter un ami imaginaire? Tout ça va beaucoup trop vite? Et pourquoi prendre l'exemple stupide de la conversion religieuse, d'abord? (surtout quand il n'y a pas la moindre mention de William James, prouvant une fois de plus que Vartzbed ne sait pas de quoi il parle). Il y a des trucs qui vont bien plus vite que les conversions religieuses, aussi "foudroyantes" soient-elles. Comme par exemple d'opter au dernier moment pour une quatre saison alors qu'on s'était décidé pour une calabrese, ou encore de torcher des paragraphes stupides sans prendre la peine de réfléchir (quoique dans le cas d'Eric Vartzbed écrivant un livre sur la mort, le matérialiste se doit de considérer l'hypothèse d'un clavier manipulé sans l'aide d'un cerveau). Y a-t-il d'autres arguments en faveur d'une vie après la mort? Il y en a, mais il y a également de brillantes métaphores:
"L'enfant est fortement influencé par le fonctionnement des parents et réciproquement. pourtant, quand les parents meurent, l'enfant leur survit et vit de façon autonome. Il en va probablement de même pour la conscience" (p.93)
Probablement? A ce stade je me suis franchement demandé si je n'étais pas en train de lire une sorte de canular. Vraiment. Laissez-moi vous déchiffrer la métaphore: les parents, c'est le cerveau, et l'enfant, c'est la conscience. Bon, vous enlevez les parents, les enfants restent, non? Ben vous enlevez le cerveau, la conscience reste, pareil. CQFD. Applaudissements. Non, stand-up ovation.
Mais tout cela n'est rien, en regard de ce qui va suivre. Alors que le lecteur est déjà à bout de souffle, le cruel psychanalyste décide de nous sortir plusieurs pages de NDEs. Oui, les expériences-de-mort-imminente-de-mes-deux. Mais je commence à fatiguer un peu et mon cerveau crie merci. Je reviendrai donc prochainement sur ce sujet, mais laissez-moi conclure pour le moment sur ce que j'ai retiré de ce livre. Rien. Sérieusement, ce livre ne contient à peu près rien. C'est rare. Je lis beaucoup, et la plupart du temps je ne suis pas d'accord avec l'auteur, je n'aime pas le style ou l'histoire m'emmerde un peu. Mais dans la majorité de mes lectures, très souvent j'apprends au moins quelque chose, ça me fait réfléchir, ça m'oriente vers d'autres lectures... Là, rien. Je suis sûr qu'Eric Vertzbed est un bon gars, et qu'il n'a pas de mauvaises intentions. Mais je ne supporte pas cette prolifération de livres insipides qui ne présentent aucune forme d'érudition ni le moindre signe d'un travail de recherche sérieux. La prochaine fois, je vous signalerai quelques livres qui valent la peine sur le sujet de la mort et de l'immortalité, et je n'aurais pas d'autre choix que de continuer à humilier Eric Vartzbed et ses arguments à la con.
29 juillet 2008
L'armée en crise? Quelle crise?
Je crois que les gens ne réalisent pas exactement en quoi consiste le concept d'armée.
Tenez, ici en Suisse c'est l'indignation générale suite à deux ou trois événements concernant ce que les cons appellent "la grande muette" (les cons disent aussi "les soldats du feu", "la péninsule ibérique" et "la squadra azzurra"). Bon, tout d'abord, il y a eu des jeunes soldats qui sont morts lors de ce que l'on appelle désormais "le drame de la Jungfrau". A ce moment, tout le monde a réalisé que ces saloperies de montagnes provoquaient des "avalanches". Des scientifiques se sont mis sur le coup, et ont découvert qu'effectivement, de temps à autre des couches de neiges se détachaient et provoquaient des "avalanches". Un autre groupe de scientifique a ultérieurement mis en évidence que les objets et individus situés sur le chemin d'une "avalanche" étaient généralement "ensevelis". Plus jamais ça. Maintenant, on sait. D'autres soldats sont morts plus tard, cette fois-ci à cause d'un autre drame, celui de "la Kander". Les "avalanches" n'y sont pour rien cette fois-ci, l'élément responsable est "l'eau". Précipités dans les rapides de la rivière en furie, à bord d'un canot militaire, ils se sont noyés. En se penchant sur le problème, on s'aperçoit que le facteur déterminant dans ce drame est le "danger". Les experts ont en effet aboutis à la conclusion que le "danger" constitue une menace non négligeable pour l'intégrité physique des humains. C'est quelque chose qu'il conviendra d'éviter à l'avenir, surtout maintenant qu'on sait. Dernier exemple de drame épouvantable, qui montre bien que l'armée Suisse est en crise. Roland Nef, le chef de l'armée (j'ignore si ce lien restera opérationnel pendant longtemps, dépêchez-vous d'aller le consulter!), a été contraint de démissionner, essentiellement parce qu'il avait caché les poursuites judiciaires dont il était l'objet lors de sa nomination. L'affaire avait tourné au scandale lorsqu'il s'est avéré que le chef de l'armée avait harcelé son ex-compagne en livrant ses coordonnées à des sites internet à caractère sexuel. De manière intéressante, avant de jeter l'éponge, Roland Nef a bénéficié d'un sursis sous forme d'une suspension d'un mois pendant lequel il devait "convaincre l'ensemble du Conseil fédéral qu'il est « digne de sa fonction »". Apparemment, se montrer suspendu de ses fonctions et digne à la fois étant un exercice trop difficile pour lui, il a juste dit "oh, et puis merde".
Ok, tout cela n'est pas très glorieux, c'est vrai. La Suisse a honte de son armée et de ses dirigeants. Mais ce que je ne comprends pas c'est pourquoi, au juste? J'en reviens à ma question de départ: les gens savent-ils ce qu'est une armée? Et qu'attendent-ils exactement d'elle? Récapitulons: des soldats sont morts en se pliant à des exercices stupides et dangereux, et on appelle ça des drames. D'accord, c'est horrible pour la famille et tout ça, mais c'est bien de l'armée qu'on parle, non? Ils sont censés faire des trucs dangereux et devenir des hommes, je crois? Or, s'il n'y avait jamais de morts, cela voudrait probablement dire que le truc n'est pas assez dangereux, et donc que l'exercice n'est pas utile. (cas de figure inverse: s'il y avait trop ou s'il y avait immanquablement des morts, c'est que l'exercice serait trop difficile, et donc pas très utile non plus). Quelle est la limite acceptable du nombre de soldats-morts-pour-rien par année? Voila une statistique intéressante, je suis sûr qu'il y a un mémo qui circule sur le sujet quelque part. Plus inquiétant encore: si les exercices stupides, dangereux et inutiles sont remis en question, que vont faire exactement nos soldats? Lire des livres? Jouer à la Playstation? Ou peut-être juste se bourrer la gueule et chanter des chansons paillardes pendant leurs permissions, ou se balader en ville avec leurs fringues de commando et leur très flippant fusil en bandouillère? Ah non, ça ils le font déjà.
A un moment donné, le peuple Suisse a eu le choix: sommé de décider s'il voulait une Suisse avec ou sans armée, il a dit "Oui, oh oui, AVEC armée!!" On ne lui a pas demandé s'il voulait une armée avec ou sans exercices stupides, dangereux et inutiles dirigés par des crétins irresponsables, mais il aurait pu se douter que c'était inclus dans le package. Encore une fois, les gens semblent assez naïf par rapport au concept d'armée. Hey, petit rappel, il s'agit de laver le cerveau de jeunes gens pour qu'ils deviennent des experts dans l'art de protéger la nation contre ses ennemis. Pour y arriver, il faut absolument, forcément, nécessairement, une bonne dose d'exercices à la con qui mettent leur vie en danger. La mentalité militaire fait le reste. Imaginons la situation avant le "drame de la Kander".
- Le chef dit: "Qui n'a pas les couilles de risquer sa peau dans cette rivière déchaînée à bord de ce misérable canot militaire?!??".
- Un soldat répond timidement: "Et bien, euh, c'est qu'elle a l'air drôlement déchaînée, la rivière... Ce n'est pas que je ne..."
- "PLUS FORT! JE N'ENTENDS RIEN A CAUSE DU BRUIT PROVOQUE PAR CE TORRENT ABSOLUMENT INCONTRÔLABLE ET QUI MENACE DE TOUS NOUS TUER SUR CE STUPIDE CANOT SI JAMAIS ON OSE Y FOUTRE LES PIEDS!!!"
- "Euh, je, non rien..."
- "PARFAIT, ALORS ON Y VA??? ON A LES COUILLES D'Y ALLER, OU ON EST DES HOMOSEXUELS????"
- "OUI CHEF!!, ON A LES COUILLES D'Y ALLER CHEF, CHEF!!"
- "..."
- "...? EUH... AH!... ET NON CHEF, ON N'EST PAS DES HOMOSEXUELS, CHEF!!!!"
Psychologie de groupe, classique. Enfin, imbécilité complète, plutôt, aux conséquences désastreuses. Mais bon, tournons nous vers notre ex-chef de l'armée qui harcelait son ex-compagne. Là encore, que veulent les gens exactement? C'est le chef de l'armée, d'accord? Est-ce qu'on veut pour ce poste super important une mauviette qui se laisse marcher sur les pieds par une gonzesse? Sérieusement? Ne faut-il pas plutôt un gros macho colérique, revanchard et de mauvaise foi? Admirons au passage le talent stratégique du mec. D'abord, il ment en dissimulant les poursuites judiciaires lors de sa nomination. Parfait: de l'ambition, de la ruse et aucun scrupule. Ensuite, rappelons qu'on lui reproche d'avoir transmis les coordonnées de son ex à d'autres pervers. Ce faisant, il laisse le soin à de parfait inconnus de la harceler, et s'en lave les mains. Si ça c'est pas du génie militaire... Le type est parfait pour son poste, il mériterait une promotion. Cahier des charges: lobotomiser la jeunesse, dilapider du pognon, mentir au peuple et, le cas échéant, se débiner complètement. Arrogance, lâcheté, méchanceté, Roland Nef était absolument parfait pour diriger l'armée! Ou diable va-t-on dénicher un type de sa trempe maintenant?
Mais bon, peut-être bien que le peuple Suisse préfère une armée avec des exercices prudents et utiles, ainsi qu'un chef des armées respectueux, intelligent et raisonnable. Super, vous verrez le résultat, quand ce sera la guerre...
Et il n'y a pas qu'en Suisse que les gens se comportent bizarrement. Tenez, aujourd'hui j'apprends que le président George W. Bush a refusé sa grâce à un ex-soldat condamné à mort. Le type est responsable de 4 meurtres et 8 viols. Apparemment, son exécution a été le sujet d'un intense dilemme présidentiel: "Bien qu'approuver la condamnation à mort d'un membre de l'armée soit une décision sérieuse et difficile pour un commandant en chef, le président estime que la nature de cette affaire ne laisse aucun doute sur le fait que la condamnation soit juste et méritée", a indiqué une porte-parole de la Maison Blanche". Là encore, quel est le problème? C'est un soldat, non? De combien de meurtres et de viols s'est-il rendu coupable dans l'exercice de ses fonctions? Il a été entraîné pour ça, il me semble. Un type qui continue a exercer son métier même quand on ne lui demande plus rien, ça mériterait sûrement une médaille. Mais non, au lieu de cela on va juste le tuer. Bah, les gens ne savent vraiment pas ce qu'ils veulent.
27 juillet 2008
Les jeunes UDC: deux portraits
Ah ah ah, quelle rigolade! Je viens de découvrir le site des jeunes UDC-Vaud! C'est quelque chose qui m'intrigue, ces jeunesses politiques. Pas seulement chez l'extrême droite d'ailleurs, j'ai toujours trouvé suspect ces jeunes cons qui décident de "s'engager" pour un truc à l'âge de 15 ans. On les voit à la télévision, avec leur costume tout propre, déblatérer les mêmes conneries que leurs aînés. Mais c'est évidemment encore plus marrant, et à mes yeux complètement incompréhensible, quand ces quasi-avortons vous parlent d'insécurité, d'esprit d'entreprise ou de compétitivité. Prenez les deux champions que j'ai découverts aujourd'hui. Le premier s'appelle Dylan Karlen (oui, sans déconner). Dylan est né en 1984, et déjà il pose comme un pro avec les bras croisés. Il a l'esprit d'entreprise aussi, ce qui lui permet de diriger "une agence de communication, spécialisée dans les relations publiques". Et c'est quelqu'un qui a des principes bien sûr: intégrité, courage, responsabilité, écoute et rigueur. Il nous explique pourquoi on peut compter sur lui: "Depuis la genèse de mon engagement, je me suis évertué à faire de l’honnêteté, de l’intégrité et du courage des valeurs politiques. N’ayant pas peur des mots, j’ai toujours cultivé le franc-parler et une vision proche du bon sens terrien, issu de la campagne où j’ai grandi." Oui oui, Dylan, c'est bien. Cela me rappelle un peu une grande sortie de Groucho Marx: "Voici mes principes. S'ils ne vous plaisent pas, j'en ai d'autres". Enfin bon, Dylan m'a quand même l'air d'être un bon gars, pas spécialement plus malin que ses électeurs potentiels, mais probablement pas méchant (je veux dire, outre le fait qu'il adhère de son plein gré à un parti d'extrême-droite). Bien plus flippant est son camarade David Vaucher. Lui aussi est de 1984. Dans un bref portrait, il n'hésite pas à mettre "agent de sécurité" sous la rubrique "profession". Peut-être qu'il est de ceux qui s'amusent à infiltrer des associations de gauchistes (mais je ne pense pas, cette pratique est probablement rarissime). David pratique les arts martiaux, l'astronomie et le théâtre. Je suppose que la grasse matinée n'est pas parmi ses hobbies. Je suis content de dire quelques mots sur ce personnage, parce que ça va me permettre de mettre deux ou trois choses au point. Pour ceux qui ne l'auraient pas encore compris, je suis athée. A plusieurs reprises sur ce blog, j'ai exprimé tout le mal que je pensais de l'Islam, et naturellement ça n'a pas toujours plu. David Vaucher va me permettre de bien vous expliquer la différence qu'il y a entre l'islamophobie, que je revendique bien que le mot soit désormais plombé, et ce que j'estime être du racisme. Voyez-vous, David Vaucher s'inquiète sérieusement de la menace que, selon lui, l'islam représente. Il a même monté le groupe "Mouvement Suisse Contre l'Islamisation" (oui, ça donne l'épouvantable acronyme MOSCI, pouah!). Voici leur logo, il est assez étrange et je ne ferais pas de commentaires, à vous donc de déterminer le genre de choses que ça vous évoque:
Je suis sûr que le graphisme est l'oeuvre de David Vaucher lui-même, j'y mettrais ma main à couper. Bon, quels sont les buts de ce "mouvement"? C'est simple, tout est bien expliqué ici:
"Remettre l’église au milieu du village et non la mosquée, telle pourrait être la devise du tout nouveau Mouvement Suisse Contre l’Islamisation (MOSCI) créé le 27 juillet 2007 à Lausanne."
Plus précisément:
"le MOSCI s’est fixé pour but de dévoiler à chacun le vrai visage de l’islam, celui d’une doctrine guerrière, raciste et expansionniste."
Le "vrai visage"? Quel est le faux visage alors? Un indice:
"Considérer l’islam comme une religion au même titre que le Christianisme ou le Bouddhisme, c’est mettre le doigt dans l’engrenage du politiquement correct".
L'islam n'est donc pas une vraie religion, alors? C'est juste une couverture pour foutre la merde dans les pays civilisés? Apparemment oui, et la stratégie est encore plus forte que celle des autres méchants:
"Comme toute les doctrines totalitaires, l’islam veut régner sur la terre entière et réguler les moindres détails de la vie quotidienne. La considération de son essence divine confère à cette doctrine deux points d’avance sur le nazisme ou le communisme : 1. ses fidèles s’y conforment et renoncent à la vision critique bien plus facilement. 2. l’islam bénéficie de ce statut de religion, donc d’une protection constitutionnelle relative à la liberté de culte."
Oui David, c'est bien, tu es un bon petit gars bien de chez nous. Explique moi un truc maintenant. Si l'Islam n'est pas vraiment une religion, quels sont tes arguments pour dire que le Christianisme en est une? Et le Bouddhisme alors? Tu sais, pas tout le monde partage ton opinion, il semble qu'il y ait encore des réticences à considérer cette "déviance morale" comme une religion. Mais peu importe dans le fond. Ce type n'aime pas l'Islam parce qu'il voit ça comme une menace pour ses petites traditions et superstitions locales. Il n'aime pas l'idée que l'on construise des minarets sur sol Suisse, non plus (ici, l'initiative fièrement arborée sur son site). Pourquoi? Il ne prend pas spécialement la peine de l'expliquer. Mais j'aimerais bien comprendre au nom de quoi les gens n'auraient pas le droit de pratiquer librement leurs propres superstitions, aussi ridicules soient-elles. Parce que chez nous, on pratique déjà d'autres superstitions ridicules, et que la place est donc prise? Même moi, un incorrigible mécréant, je suis favorable à la construction de ces abominations de minarets (à une seule condition: qu'on étudie sérieusement la portée exacte de l'ombre que le truc va projeter, pour des raisons que je développerai peut-être un jour). Les minarets ne pourront être interdits qu'au moment où on se décidera à interdire ces putains de cloches des églises de mes deux, et où éventuellement une politique sérieuse de gestion du paysage se mettra enfin en place. Mais en attendant, les gens sont déjà des bigots et le paysage est déjà dégueulasse, je ne vois donc pas pourquoi on devrait discuter de ces conneries de minarets. Voici pourquoi l'islamophobe que je suis n'a rien d'un raciste. A aucun moment je ne considère que les musulmans sont imprégnés d'une sorte d'essence exotique qui en feraient des créatures menaçantes et incompréhensibles. J'ai la conviction qu'ils ont absolument besoin d'entendre que leurs croyances ne méritent aucun respect, comme toutes les autres croyances. Leur religion, comme toutes les autres, est un produit de l'esprit humain. Il n'y a pas d'ange qui transmet des messages divins, et il n'y a pas de cheval blanc qui vole dans les airs. Tout ça, ce sont des balivernes, je n'y crois pas et je pense qu'en le répétant assez de fois ça deviendra un motif d'embarras d'y croire. Je crois que si on expurge le genre humain des trop nombreuses croyances et traditions qui sont autant de débris de l'âge de bronze, on pourra enfin commencer à avoir une discussion rationnelle sur les meilleurs façons de se supporter les uns les autres. Le problème de l'Islam n'est rien d'autre que le problème plus général de la religion et de son corollaire imbécile qu'est la foi. David Vaucher, lui, et c'est là qu'il diffère de la critique athée de l'Islam, préfère penser en termes essentialistes, comme si l'Islam était une sorte de tiroir culturel encapsulé dans une roche à jamais inaccessible. Ce faisant, évidemment, il fait semblant de ne pas se rendre compte qu'il fabrique de toutes pièces le fameux "communautarisme" qu'il prétend redouter. Dans la tête du raciste, l'étranger est déjà coupable de ce qu'on l'accuse de fomenter. C'est un mécanisme archi-connu. Et comme l'esprit embrumé de David Vaucher est incapable de réconcilier le fait que sa propre religion, ou du moins celle des électeurs de son parti, est un ramassis d'absurdités qui n'a rien à envier à l'Islam, il préfère tout simplement fabriquer l'ahurissante énormité que l'Islam n'est pas une religion. Alors que l'athée reproche juste au croyant d'être dans l'erreur, le raciste lui reproche en fait d'adopter la mauvaise superstition (celle qui n'est pas de chez lui).
Bon boulot David, à peine 24 ans et tu es déjà complètement cuit. J'espère vraiment qu'on entendra jamais plus parler de ce type.
25 juillet 2008
La brosse à langue, deuxième partie
Un truc sympa, quand on tient un blog, c'est que l'hébergeur permet d'accéder à quelques statistiques. Bon, je ne vous cacherais pas que le nombre de mes lecteurs est assez dérisoire (ce n'est pas ici que j'obtiendrai plus de 2300 commentaires pour un seul message, à part peut-être si un jour NarcoProbe est libéré de sa cellule capitonnée). Mais comme chacun sait, le plus important ce n'est pas la quantité, mais la qualité. J'ai donc grand plaisir a espionner la provenance de mes visiteurs. Non pas l'endroit d'où ils surfent, mais les mots-clés qu'ils ont utilisés pour tomber sur moi. Vous seriez surpris des conneries que les gens peuvent bien taper dans Google. Figurez-vous donc qu'une bonne proportion de mes lecteurs sont à la recherche d'informations sur LA BROSSE A LANGUE, et ils tombent donc sur un billet que j'avais écris sur ce sujet passionnant en 2005 (eh oui, le temps passe vite). Pour tous ces nouveaux visiteurs inquiets de leur hygiène buccale, je prend donc la peine de les accueillir avec la petite mise à jour qui va suivre. J'ai en effet remarqué que récemment, cette connerie de gadget inutile est réapparue parmi les spots TV. A croire que les ventes ont baissé depuis mon message de 2005, et qu'il faut à tout prix rappeler aux gens qu'il est parfaitement admis que le brossage de langue est une activité à laquelle il faut se consacrer quotidiennement avec un ustensile adéquat. Tenez, je ne résiste pas à vous reproduire le commentaire d'un lecteur indigné par mes éructations de jadis:
Mon avis
Vous etes un vieux mécontent de tout, vous en arrivez meme a hair les déodorantts qui font sentir bon. Vous suggerez que l'on doit puer après avoir transpiré peut etre ? De plus vous etes vulgaire, les gens comme vous utilisent le net pour se plaindre et surfer sur des sites pornographiques.
Posté par Pots, 11 mars 2008 à 21:51
Merci, Pots, de partager ton avis. Si j'en crois ta dernière ligne, après avoir laissé ton message plaintif
tu t'es immédiatement rendu sur un site de cul, non? Mais c'est vrai
que je suis grincheux (sauf que je ne suis pas si vieux et pas vraiment
mécontent de tout). Voici ma réponse à tous les brosseurs de
langue qui finissent sur ce site et qui s'étonnent qu'on puisse rejeter
la nécessité d'une pareille connerie: brossez vous votre langue autant que vous le souhaitez, je n'en ai rien à foutre.
Vous êtes simplement les victimes consentantes de quelques marchants de
camelote qui s'acharnent à vous culpabiliser pour pouvoir mettre votre argent dans leurs
poches. C'est aussi simple que ça. Une brosse à dent quelconque suffit,
mais tout le monde peut faire des brosses à dent. Le résultat, c'est
plus et toujours plus de publicité à la télé pour des conneries de
gadgets grotesques censés rendre l'intérieur de votre bouche absolument
irréprochable. C'est une longue histoire. D'abord, il y a eu les poils
de brosse inclinés de manière asymétrique pour pouvoir mieux racler les
impuretés. Ensuite, c'était le manche qu'il fallait à tout prix rendre
plus aérodynamique et adapté à votre bouche. Ensuite, ils ont fait des
machins électriques pour que vous n'ayez même plus besoin de bouger
votre putain de poignet de flemmards. Maintenant, c'est la brosse à
langue incorporée à la brosse à dent. Ils sont à bout de souffle, ils
sont pris de panique à l'idée que les gens puissent un jour
complètement se détourner de leurs produits insignifiants, mais ça ne
les empêchera pas de continuer à vous faire croire que vous devez
acheter toujours plus de leurs saloperies inutiles, polluantes et
chères. Et vous achèterez, oh oui vous achèterez sans poser de
questions, car ainsi vous aurez l'illusion d'être bien propre comme il
faut et digne d'évoluer parmi les autres gens bien propres de la
société. Vous êtes tout simplement des cons. Oui, vous êtes des cons,
et je peux le démontrer. Regardez ces pubs à la télévision qui montrent
la toute dernière brosse à dent/langue. C'est flashy, il y a des
superbes animations dans tous les sens avec des dents dont ont voit
bien qu'elles sont débarrassées de la moindre impureté grâce à la toute
dernière trouvaille high-tech, on y voit des scientifiques en blouse
blanche qui vous jurent que leur produit a été testé dans un laboratoire,
on vous montre des gens super contents avec des dents impossiblement
blanches, et maintenant on vous explique que tel ou tel pourcentage des
bactéries vient sournoisement se loger quelque part sur votre langue.
Maintenant
réfléchissez. Qui ne connaît pas la brosse à dent? Ok, quel est donc le
besoin de faire de la publicité pour un produit que tout le monde
connaît? Pensez-vous sérieusement que vos dents aient des
plus grandes chances de survie selon le modèle de brosse à dent que
vous utilisez? Pensez-vous que le fait que des bactéries se trouvent
sur votre langue soit une découverte scientifique récente? On ne le
savait pas auparavant, et il a donc fallut inventer la brosse à langue
pour remédier à ce fâcheux inconvénient? Et croyez-vous vraiment que
des chercheurs soient impliqué dans la création de cet objet
extrêmement simple, et qu'en plus ils fassent des tests pour mesurer
leur efficacité? Et même si c'était vrai, quel besoin de nous les
montrer en blouse blanche dans la pub, puisque apparemment à ce stade là le boulot est déjà fini? Vous voyez bien, sans le moindre doute possible, on vous prend pour des cons. Relisez bien ça, parce que des fois les mots sont tellement galvaudés qu'ils n'entrent pas correctement dans la tête. Ceux qui fabriquent et vendent ces produits pensent que vous êtes des cons, et que votre connerie les aidera à se faire du fric.
Et vous, vous achetez la brosse à langue, parce que vous vous dites que
toutes ces bactéries sur la langue, ben il faut bien une brosse à
langue pour s'en débarrasser, non? Et bien la démonstration est faite,
vous êtes des cons, et, surprise, votre langue n'est même pas
spécialement plus propre que la mienne. Ah ah.
24 juillet 2008
L'indigeste petit trésor en sucre de Kadhafi
Bwahahahaha! Il faut absolument aller lire ce billet désopilant sur le blog de Gilbert Salem! Les commentaires sont très bons aussi (surtout le troisième, laissé par "KIM"). Bon sang, je crois que je n'ai jamais été aussi fier de mon pays d'accueil que depuis l'affaire Hannibal Kadhafi.
HOP SUISSE!!!
Frédéric Recrosio, humoriste.
Ok, je vais encore dire du mal de quelqu'un. Là, à l'instant, je regarde Frédéric Recrosio, en direct sur France 4. Dans la longue liste des comiques pas drôles contemporains, celui-là est assurément ma tête de turc favorite. Son truc, c'est l'amour, le sentimental, le sexe. Enfin, il est officiellement un fin observateur des petits travers de notre vie de couple à tous. J'avoue, les italiques ne sont pas de moi, j'emprunte à l'ahurissant La possibilité d'une île de Michel Houellebecq, dont le héros est précisément un comique pas drôle. Page 21: "En résumé, j'étais un observateur acéré de la réalité contemporaine". Voila effectivement ce qui caractérise la majorité des humoristes contemporains. Notez que ça revient exactement à dire qu'ils n'ont aucune autre capacité créatrice que de simplement regarder autour d'eux et noter les situations qu'ils jugent assez cocasses ou représentatives pour mériter d'être partagées avec des gens qui acceptent de payer pour ça. Nombre des gags de Recrosio, je peux vous jurer que je les ai déjà fais ou entendus. Vous savez, le genre de trucs qui font marrer des potes quand ils sont entre eux, après quelques bières. Naturellement, ce genre de pitreries, jamais ça ne vous viendrait à l'esprit d'en faire un spectacle. Frédéric Recrosio, lui, ne semble pas partager ce point de vue. Il rassemble tous les gags et lieux communs qu'il a entendu sur la vie de couple, et il en fait un spectacle incroyablement laborieux, où le mot baiser revient à de nombreuses reprises. C'est qu'il aime beaucoup poser comme le gars qui n'a pas de tabous, alors il parle un peu de tout, la drague, l'infidélité, le concubinage, la masturbation, etc. A aucun instant il ne donne l'impression de réaliser qu'il n'offre que du réchauffé à son public, et que ce genre de choses a déjà été fait des centaines de fois avec un talent supérieur au sien. Avec un aplomb qui laisse tout de même assez admiratif, il déballe sa vie prodigieusement inintéressante, exactement comme s'il s'agissait de quelque chose qui avait la moindre chance de faire rire ou de susciter un intense sentiment d'empathie de la part du public. D'un point de vue technique, on voit qu'il a beaucoup répété. Il a vraiment tout bien appris par coeur et il récite avec le ton adéquat en faisant les bons mouvements aux bons moments. C'est un one-man-show, certes, mais ça ne veut pas dire qu'il faut rester comme un piquet devant son micro. Non, Recrosio semble avoir mémorisé une sorte de mise en scène, sans quoi on se ferait chier à mourir. Ou du moins, il semble penser que ça pourrait réellement aider à donner du relief à son baratin exaspérant.
On trompe sa copine, que faire? Mentir ou dire la vérité? Sujet délicat, qui a priori se prête difficilement à l'humour. Ah, en fait non, ça se prête vraiment très facilement à la grosse déconnade, en réalité. C'est juste que Recrosio n'est pas drôle et qu'il est incapable de mener à bien le projet qu'il semble s'être attribué. Faute de talent, à mon avis. Le public, d'ailleurs, rit poliment et très sporadiquement, à un volume sonore remarquablement constant. Autant d'indices qui personnellement me feraient fuir immédiatement de la scène. La méthode est la suivante: Recrosio dit une banalité qui ne peut manquer d'évoquer quelque chose de la vie personnelle du public. Alors le public, il se reconnaît, et il acquiesce sous forme de petits rires très brefs, en attendant le prochain truc où il pourra éventuellement se reconnaître à nouveau. "Hé hé, c'est tout à fait ça!", s'esclaffe le spectateur qui ignore encore qu'il ne pourra jamais récupérer le temps perdu à se taper cette imposture. De fait, il faut croire que la vie de Recrosio ressemble en tous points à la vie de tout le monde, ce qui engage quand même à se demander si c'est vraiment la peine d'aller voir le spectacle d'un gars qui vous raconte votre propre vie médiocre. Il y a aussi le côté "trentenaire" qui me casse beaucoup les couilles et sur lequel je préfère ne pas m'attarder ici. Bref, c'est incroyablement embarrassant de regarder ce spectacle, et c'est presque impossible de le suivre sans laisser pendant de longs instants son esprit divaguer vers le genre de choses qu'un humoriste est précisément censé vous faire oublier en faisant son métier.
Recrosio avait déjà attiré mon attention il y a quelque temps en écrivant une brève chronique dans le Matin Dimanche, en dernière page (en compagnie des BD, pas drôles non plus). C'était tellement affligeant que j'avais souvent du mal à aller au bout des 5 phrases. Un jour, j'ai appris avec amusement que notre artiste allait se produire à Paris et qu'il tiendrait même une chronique sur Canal+. J'ignore si cela s'est bien passé pour lui ou s'il arrive à vivre de ses prestations désastreuses, mais je serais quand même curieux de savoir exactement en quel sens il est possible d'apprécier ses monologues insipides. Je ne comprends tout simplement pas ce qu'on peut bien trouver à un comique aussi moyen.
Revenons au spectacle: il n'y a pas de rythme, c'est répétitif, mou, chiant, prétentieux, laborieux, nombriliste, et, vous l'avez compris, pas drôle. Nom de Dieu ce que c'est pas drôle. On se demande quand il va terminer son baratin, mais ça semble ne jamais s'arrêter. Quand finalement l'agonie touche à sa fin, c'est-à-dire quand enfin les lumières s'éteignent, il a droit à quelques applaudissements et on entend même des cris d'encouragement (ou de soulagement, difficile à dire). On croit alors qu'il revient pour saluer, mais non, il offre gracieusement un rappel sous forme de chanson. On devine que ça s'appelle "Les filles sont folles", réellement un ajout superflu à un spectacle qui se suffit largement à lui-même. Néanmoins, lisez bien ce qui va suivre. Dix secondes avant la fin de la chanson, un type se décide enfin à taper dans les mains, plus ou moins en rythme, vous voyez, pour accompagner la chanson quoi, comme font les cons. Mais personne ne rejoint le type et de toute façon la chanson se termine presque immédiatement. Je suis pourtant d'un tempérament assez moqueur, mais là, cet évènement insignifiant m'a fichu un cafard épouvantable. Instantanément. Expliquez-moi comment c'est possible d'être envahi par une tristesse pareille au terme d'un spectacle qui était censé être drôle. Sérieusement, je ne crois pas qu'on puisse imaginer un pareil échec pour un humoriste: il m'a rendu triste. Maintenant, si on me dit que Frédéric Recrosio fait un spectacle qui ne se veut pas seulement drôle, mais qu'il s'agit aussi d'une sorte de théâtre sociologique, avec des moments touchants et un peu de profondeur psychologique, je serais peut-être enclin à changer mon opinion sur lui. Ce serait encore pire que tout ce que j'avais imaginé.
21 juillet 2008
Faut-il tolérer les trisomiques?
Voici une histoire extrêmement simple où il est facile d'identifier les méchants et les gentils. M est une petite fille de 10 ans souffrant d'une anomalie chromosomique: elle est mongole. Si le mot "mongole" vous choque, quelqu'un a bien fait son boulot. C'est en effet devenu extrêmement péjoratif d'utiliser ce terme, et en plus c'est raciste. Le côté un peu dérangeant du politiquement correct, dans ce cas, est qu'il n'est pas clair du tout si le mot en question constitue une offense envers les personnes souffrant du syndrome de Down (le terme trisomique étant lui-même quelque peu suspect), ou envers les personnes originaires de la Mongolie. Dans les deux cas, l'effet recherché abouti à un désastre. Il est impossible d'échapper soit à l'accusation de racisme, soit à celle d'intolérance envers les handicapés. J'aimerais bien avoir des explications à ce sujet, ne serait-ce que parce que ça m'amuse de voir les gens ramer.
Mais bon, revenons à notre merveilleuse histoire. M, donc, souffre d'un retard mental, et à ce titre suit une éducation spécialisée. Mais, comme personne ne souhaite sérieusement parquer les personnes handicapées en marge de la société des gens normaux, elle bénéficie d'une intégration partielle dans une école pour petits enfants normaux (c'est-à-dire une école non spécialisée). Oh, pas grand chose, deux ou trois jours par semaine, et encore, M ne suit que les cours de gymnastique, de travaux manuels, et de "connaissance de l'environnement" (oui, apparemment c'est une branche qu'on enseigne dès la première année, je l'ignorais). Tout semble se passer à merveille, sauf que non. Les parents des élèves normaux ont commencé à se plaindre, les parents de M ont eu vent des mécontentements, M a été retirée de la classe. La raison avancée, enfin la seule raison disponible dans la presse, est la suivante: "Leurs enfants étaient fatigués, la présence de M était trop lourde." On apprend aussi que "Ni l'enseignante ni la personne qui accompagnait M en classe n'avaient de formation spécifique." Bref, c'est un fiasco.
L'idée de base n'était de toute façon pas très claire. Les parents de M expliquent que "Le but était qu'elle puisse vivre quelque chose avec les autres
enfants du Mont, qu'on la connaisse, qu'elle ait sa place dans la
société." Du côté des élèves normaux, on nous dit que «[M] leur apportait quelque chose d'essentiel: un autre regard
sur les personnes handicapées.» Le directeur de l'école semble un peu emprunté par toute cette situation, il s'explique de la manière suivante: "L'école a beaucoup à apprendre d'enfants comme M. Il y a encore
des pistes à explorer, des améliorations possibles. (...) on a sans doute sous-estimé les
difficultés. Il aurait fallu soigner davantage la communication avec
tous les parents. On n'est pas dans un monde ou l'accueil de la
différence se fait de façon naturelle. Et pour ne rien arranger, le
système vaudois, extrêmement sélectif, rend les parents très soucieux
du développement scolaire de leurs enfants."
Comme on pouvait s'y attendre, l'histoire a suscité de nombreuses réactions indignées. Il apparaît clairement que les parents des enfants normaux sont de véritables salauds. (petite parenthèse: si vous préférez mettre des guillemets au mot "normal", mettez les vous-même. La dernière fois que j'ai regardé dans mon dictionnaire, je n'y ai vu aucun mot accompagné automatiquement de guillemets. Par ailleurs, si la seule utilisation de guillemets permet à qui que ce soit d'avoir l'air plus gentil ou tolérant, c'est pour moi une raison suffisante pour les proscrire en dehors de leur fonction ironique ou sarcastique). J'ai du mal à partager cette opinion (reprenez avant la parenthèse, si vous avez du mal à suivre). Le directeur de l'école lui-même explique que l'opération était mal fagotée depuis le début. Le problème étant bien entendu que les bonnes intentions ne peuvent en aucun cas remplacer l'organisation et l'argumentation. Sérieusement, quel était le but exactement, pour M et pour le reste de la classe? Est ce que quiconque se figure sincèrement que des gosses vont être sensibilisés à l'existence de la différence par la seule présence sporadique d'une enfant trisomique dans leur vie? Est-ce que des gosses de 10 ans sont constitutivement capables de faire preuve de tolérance, de patience, d'attention, d'empathie, et d'amitié envers des individus que (visiblement) même les adultes ne supportent pas? Est-ce que M comprend quoi que ce soit au monde violent, jaloux et incohérent de ses petits camarades? Cette histoire est bien sûr une catastrophe, mais franchement, peut-on en vouloir aux parents des élèves, qui ont, il me semble, plutôt fait preuve de courage en relevant que l'opération ne marchait pas et que leurs pauvres chérubins avaient autre chose à foutre que d'apprendre à rendre le monde meilleur selon les caprices d'une bande de pédagogues irresponsables et incompétents?
Non, bien sûr. Se forcer à supporter la présence de quelqu'un qui nous fait peur, que l'on ne comprend pas, et dont en plus la tête ne nous revient pas, jamais ne donnera le sourire à qui que ce soit ou ne changera d'un poil la sale gueule de nos sociétés modernes. Mais je suppose que c'est le même genre d'illusion qui pousse des adultes culpabilisants à vouloir enseigner la "connaissance de l'environnement" à des mouchetons qui savent à peine localiser leurs narines.
Pour finir, quelques extraits du courrier des lecteurs du 24 Heures d'aujourd'hui, dont sont issues les réactions indignées susmentionnées:
- "Parions que ces mêmes enfants fatigués suivent en sus de l’école des leçons de langues, de sports et de lambada. C’est bien de la peur d’enfants (et de parents) non sensibilisés dont on parle."
Mais "sensibilisés" à quoi? C'était bien le but de "sensibiliser" les enfants à la différence, non? Grande surprise, ça ne marche pas.
- "Ne voit-on pas le bénéfice que l’on pourrait tirer d’une telle expérience?"
Mais justement, non. En dehors d'une vague leçon de respect et de tolérance envers la différence, personne n'a donné d'explication sur le but de ce genre d'intégration. L'article du 24 Heures se termine sur ces mots: "toutes les recherches entreprises dans ce domaine montrent que la présence d'un enfant différent ne péjore pas les résultats scolaires des autres élèves." Toute la question, bien sûr, consiste à savoir si ça sert vraiment à quelque chose. Mais je suppose que ce genre d'études est plus difficile à trouver.
- "On se réjouit déjà de la société que ces puissants-là dessineront pour nous tous! "
Inutile de ce réjouir, la société de demain ressemblera exactement à celle d'aujourd'hui, comme l'illustre parfaitement et précisément l'histoire dont ce lecteur s'offusque.
- "La socialisation et l’intégration ne vont-elles pas dans les deux sens? L’effort ne doit-il pas venir des deux parties? Notre travail de parents n’est-il pas d’enrichir nos enfants au contact et au respect des différences? Doit-on aussi retirer de nos écoles publiques tous les «hors normes»: les bruyants, les indisciplinés, les tordus, les lents…"
Voila un donneur de leçons. La socialisation ne dépend pas des caprices pathétiques et désorganisés de quelques pédagogues au bon cœur. Quant aux autres enfants indésirables, ils sont soit éliminés, punis, virés ou tabassés par les autres gosses. C'est ça aussi, l'école.
- "Bientôt, vous ferez la classe pour dix têtes blondes sages et obéissantes, bien réussies et bien moulées. Pauvre école qui rechigne à intégrer les enfants handicapés… Pauvre pays riche, qui s’offre le luxe d’une nouvelle forme d’exclusion."
Bravo, grande découverte. Le monde est injuste et les gens veulent juste avoir la paix plutôt que d'aller à la rencontre d'autrui ou d'autres conneries dans ce genre. Exclusion? Sans blague. Mais pourquoi juste tout mettre sur le dos de pauvres gosses qui n'ont aucune idée sur quoi que ce soit? Pourquoi ne pas intégrer des trisomiques à l'université? Cette lectrice pourrait nous donner une explication, moi je n'en ai pas de satisfaisante. Au passage, elle pourrait aussi m'expliquer comment ça se fait que les nains fréquentent assez rarement les terrains de basket.
- "Il suffit d’expliquer aux enfants qu’il peut y avoir des enfants différents mais qui pour autant ne doivent pas être mis à l’écart de notre société."
Exactement. Mais quel besoin alors d'intégrer réellement ces enfants "différents" à la classe? En fait, il suffit simplement de dire des conneries en l'air sans se demander une seule seconde si l'humanité a vraiment une chance de changer un jour, non? Et comment est-il possible que quiconque soit encore "mis à l'écart de notre société", d'ailleurs? Ah, peut-être que cette lectrice attend justement que des pauvres gosses de 10 ans fassent tout le boulot.
- "Ces gens devraient aller faire un tour dans une institution, passer une journée avec des enfants et adultes différents, et ils verraient peut-être les choses autrement. C’est une bonne leçon de vie."
Mais peut-être pas. Le con ne rechigne jamais à voir des "bonnes leçons de vie" partout où il tourne son regard. En réalité, il est tout à fait possible, ne serait-ce qu'en principe, de ne rien apprendre du tout de la seule présence d'une personne avec un retard mental, mais j'imagine que ce n'est pas le genre de choses qu'il faut dire quand on est bien éduqué.
- "Un grand remerciement aux parents du Mont-sur-Lausanne qui redéfinissent à leur façon les règles de la compassion et de la charité (je crois que cela se trouve aussi chez les protestants, ce n’est pas une querelle de religion!). Vous pouvez commencer à ériger des miradors et des barbelés pour vous parquer entre grands blonds aux yeux bleus et surtout n’ayant aucun défaut, comme, au hasard: trisomie – peau d’une certaine couleur – préférence sexuelle ou origine, etc. Quels bons souvenirs cela nous rappelle."
Cette dernière lettre, reproduite ici intégralement, n'hésite pas à enfreindre la loi de Godwin. Simplement se plaindre de la présence d'une fille souffrant du syndrome de Down dans la classe d'école que fréquente votre enfant, fait de vous un nazi.
17 juillet 2008
Mais les illusions d'optique n'ont rien à voir avec Dieu!
Cela faisait longtemps que je n'étais pas allé faire un tour sur "Questiondieu.com", un site protestant qui se propose de répondre aux questions des âmes inquiètes. C'est généralement assez désopilant, surtout les réponses. Avant d'atteindre l'âge de raison, je croyais en Dieu. Enfin, j'essayais. Mais j'avais quand même quelques questions, tout un tas de petits détails qui me tracassaient. Petit problème, personne n'était capable d'y répondre ou même de m'aider un peu. Quand vous posez une question simple à un croyant, concernant la religion à laquelle il prétend adhérer, vous obtenez généralement un sourire béat et éventuellement quelques citations d'un livre prétendument sacré. Si vous dites que vous ne comprenez toujours pas, il vous servira du mystère. Si vous insistez, il s'apercevra que vous êtes en grand danger et vous suggérera de prier (dans le meilleur des cas). Mais naturellement, vous n'aurez toujours pas de réponse.
Et pour cause, il n'y en a pas, raison pour laquelle il faut avoir la foi. Je n'y suis jamais parvenu, tout simplement parce que je n'ai jamais compris pourquoi il fallait se forcer à croire une chose plutôt qu'une autre, du moment que personne n'est capable de vous donner de bonnes raisons pour ça. S'il faut avoir "foi" en quelque chose, on peu aussi bien avoir la "foi" en n'importe quoi d'autre, non? L'instant où j'ai été saisi par cette évidence, j'ai compris que les croyants ne croyaient en fait en rien. Comme l'excellent Daniel Dennett l'a récemment formalisé, l'esprit religieux consiste en fait à croire en la croyance. Les croyants ont foi en la foi, ce qui consiste exactement à brasser de l'air tiède.
Bref, je traîne sur ce site inepte, et je tombe sur ce qui me paraît être une excellent question à poser à un théologien. Voici:
Question
Pourquoi avons-nous des illusions d'optique?
Réponse
Votre question, d'ordre strictement scientifique, ne ressort pas de la compétence des répondants de ce site, site dont le but est spécifiquement religieux. Je vous suggère par contre un site très complet qui répond à votre question. Vous le trouverez sous "Google" sous le titre "Les illusions d'optique, bienvenue sur LE site francophone traitant des illusions d'optique".
Notez bien comment l'"expert" se défile complètement. Mais je crois que le type qui pose cette question sur un site "spécifiquement religieux", quelles que soient ses motivations exactes, a été frappé par quelque chose d'important. Ce que nous percevons par les sens n'est ni parfait, ni la réalité. Les illusions d'optique ont l'air de simples amusements sans conséquences (il y a même un excellent concours annuel), mais elles sont en fait de véritables vitrines sur l'architecture matérielle de l'esprit humain. Quand vous regardez une illusion d'optique, vous contemplez la structure même de votre cerveau. Essayez avec le waterfall illusion, et vous comprendrez comment de la simple matière grise parvient à fabriquer du mouvement. Pourtant, le religieux ne rechigne généralement pas à émettre des opinions péremptoires sur l'esprit humain, et sa nature bien sûr divine. Il peut tergiverser en séparant l'âme et l'esprit, mais ce genre de tentatives ne fait que confirmer qu'il y a bel et bien un problème. Les illusions d'optiques, qui ne sont qu'un exemple parmi d'autres, posent effectivement un sérieux problème à n'importe quelle forme de théologie (et de métaphysique en général). Et c'est tout simplement plus facile de les ignorer ou de les considérer comme un problème "d'ordre strictement scientifique". Autrement, un jeune esprit averti pourrait subrepticement commencer à se poser la question suivante: "si mon système visuel peut être victime d'illusions qui sont le fruit de certaines contraintes neuroanatomiques, pourquoi le reste de mon cerveau ne serait-il pas capable de fabriquer des amis imaginaires célestes?" Ce que vous percevez par la vue, votre cerveau le construit à coups de raccourcis plus ou moins efficaces, et les êtres surnaturels que les humains s'inventent pourraient bien n'être que des fantômes du même type, le produit de cerveaux en quête de sens et de causalité. Voila le genre de réponse qu'on aurait pu donner à quelqu'un de curieux, mais évidemment pas sur questiondieu.com.




