Oncle Psycho

propositions pour une vie saine et équilibrée

21 août 2008

Le Matin, journal d'information

Grosse erreur aujourd'hui. J'ai lu Le Matin. A chaque fois que je prends ce risque, je sens littéralement mes neurones faire "plop" les uns après les autres. Ligne après ligne, il se produit l'équivalent cérébral de ces machins en plastique dont on fait péter les bulles compulsivement. A la décharge des débiles qui rédigent ce torchon abjecte, c'est tout de même dans le courrier des lecteurs qu'on trouve les cas les plus sérieux de décolletage du bulbe. Mais d'abord, il y a l'éditorial. Alors là je suis obligé de redonner dans cette histoire ridicule de botellón de mes deux. A la lecture de mes dernières interventions sur le sujet, on pourrait se dire qu'aucune des personnes impliquées ne trouve grâce à mes yeux. C'est vrai, mais l'heure est venue de décerner la palme du plus pathétique crétin ayant décidé d'intervenir sur le sujet. C'est Michel Jeanneret, le détenteur peu enviable du poste de rédacteur en chef adjoint du journal le plus abominable du monde. Il commence par faire le malin en déplorant que les "pouvoirs publics" (ou le Système, si vous préférez) aient attendu le prétendu phénomène du botellón pour s'inquiéter du problème de l'alcool chez les jeunes. Gningningnin. Voila qui plaira aux amateurs de modération nunuche et autre convaincus paranoïdes de l'inefficacité des "politiques". Après, il déclare qu'interdire le botellón à Lausanne est une "décision absurde". Il ajoute même un point d'exclamation, comme ça on voit bien qu'il est en train d'émettre une opinion et que certainement il a bien du réfléchir à la question. Tout cela ne mange pas de pain, mais surtout ne mène nul part, comme l'indique clairement la conclusion misérable qu'il nous inflige:

Alors que faire? Il faut convoquer des états généraux d'experts, de politiciens. Déterminer si la consommation d'alcool des jeunes est aussi problématique qu'on le dit, quelles en seront les conséquences à long terme. Agir. Et, surtout, ne pas adopter un discours qui se résume à un refus. Avec l'espoir naïf de mettre ainsi un point final au problème.

Mais oui Michel, des états généraux, bien sûr. Ce brillant éditorialiste nous dit que l'interdiction est une idée "absurde", et la seule chose qui lui vienne à l'esprit comme alternative c'est... que quelqu'un d'autre trouve une solution. Si possible, bien sûr, un "expert". Evidemment, s'il y avait la moindre chance pour que le seul fait de réunir des états généraux d'experts puisse contribuer à gérer les botellónes et à réduire la picole chez les jeunes, je pense qu'on le saurait depuis longtemps. Mais c'est toute la philosophie du Matin: que font les autres pour que le monde soit parfait pour nous, les honnêtes citoyens? Et ensuite il précise qu'il faut agir. En résumé, la solution qu'il propose, c'est que les experts réfléchissent tout en agissant. Et il termine en précisant bien que dans le meilleur des cas, il s'agit là d'un "espoir naïf". Putain, c'est un "éditorial", ça? Il y a une école de journalisme qui vous apprenne à débiter des conneries pour ne rien dire? Visiblement.
Mais après le verbiage onctueux et inutile de notre rédacteur en chef adjoint (ou est-ce simplement "adjoint du rédacteur en chef"?), il est temps de passer aux fascistes de première catégorie. Voici ce qu'on trouve aujourd'hui dans le courrier des lecteurs de ce journal de merde:

Abonné à votre journal, je me délecte de lire les questions du lecteur. Cela dit à propos de l'"initiative antiminaret", je lis: "Si vous n'êtes pas heureux ici, partez!" Bravo! Il n'y a rien à ajouter. Enfin voilà une personne qui ose dire ce qu'elle pense, sans tourner autour du sujet. Et cela donne une vérité vraie.
Roger Filippelli, Genève


Oui Roger, bravo, tu a bien fais t'envoyer ton opinion à ton journal préféré. Et tu as bien fais de t'y abonner aussi, de toute évidence ça t'a permis de bien développer tes facultés critiques. Et puis ça valait le coup de réagir surtout, il s'agit effectivement d'un "vérité vraie" des plus originales. Moi même, je n'avais jamais entendu ça auparavant. Un grand bravo aussi au Matin, qui n'hésite pas une seule seconde à publier ce genre d'immondices.
Une autre championne choisit, quant à elle, d'intervenir sur les Jeux Olympiques. Enfin, c'est le prétexte qu'elle avance pour déverser sa bile raciste:

Je ne suis pas très pro-Chine surtout à cause de leurs constantes invasions annuelles pour tout voir, tout copier et tout photographier, mais sachant reconnaître les mérites de chacun, je me sens obligée de le féliciter pour le spectacle mirobolant qu'ils nous ont offert lors de l'ouverture des JO. (...) C'était parfait.
Pupa Benvenuti-Burgisser, Genève

Celle-ci a tout compris. Le problème fondamental avec la Chine, la raison ultime pour laquelle il est difficile de vraiment se sentir "pro-Chine", c'est qu'ils nous envahissent pour prendre des photos. Il est probable que cette gourdasse confonde un peu avec les Japonais, mais on remarquera tout de même sa largesse d'esprit. Oui, les gars savent faire du bon boulot quand il s'agit de spectacle, on est quand même bien "obligés" de l'admettre. Pupa ne s'est pas emmerdée une seule minute devant sa télévision, et pour ça elle tire son chapeau à ces fourbes de chinetoques.

Voila, ça vous fait trois cons pour une seule chronique. Je pense que ça suffit largement pour aujourd'hui. Maintenant, je vais me taper d'autres cons à la télévision, ainsi passent mes journées.

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20 août 2008

Kawata l'homme-chien

Voici une histoire qui m'avait complètement échappé, ça date de juin:

Takaharu Kawata, 28 ans, surnommé «l'homme-chien», a été arrêté à Osaka après une série de hold-up qui lui aurait rapporté au total 587.000 yens (plus de 3.500 euros). M. Kawata a déclaré «avoir eu recours aux vols parce qu'il adorait les animaux et n'avait plus assez d'argent pour nourrir ses deux chiens, cinq chats, cinq tortues, deux serpents et ses poissons tropicaux». Une caméra de surveillance a filmé le suspect au cours d'une agression, le visage dissimulé derrière un masque de chien noir et blanc, brandissant un couteau. M. Kawata, au chômage, vivait de ses 120.000 yens (720 euros) mensuels d'aide sociale. Son loyer lui coûtait 50.000 yens, il a expliqué aux enquêteurs que le reste ne leur permettait pas de vivre, lui et ses animaux. L'ami des bêtes ne portait plus son masque le jour de son arrestation, car l'un de ses chiens, acheté avec l'argent volé, l'avait déchiré, a-t-il expliqué aux enquêteurs. Après son arrestation, ses animaux ont été confiés à une animalerie.

C'est bon, j'ai trouvé mon héros! Si ce fait-divers vous évoque Zebraman, c'est qu'on partage le même goût de chiotte cinématographique.

Sinon le botellón lausannois a été interdit et je vais enfin pouvoir lâcher la grappe au pauvre Raphaël Lutz que j'ai quand même un peu malmené ces derniers jours. J'espère qu'il ne m'en veut pas trop et qu'il a compris qu'ici je fais de la satire et pratique la mauvaise foi à l'outrance. El couillón del botellón, c'est plutôt affectueux et un type malin saurait tirer profit d'une trouvaille pareille. En tout cas, c'est gratuit: cadeau. Mais j'espère surtout qu'il ne va pas se décourager parce que des vieux cons lui mettent des bâtons dans les roues et des sales grincheux anonymes se foutent de sa gueule, et qu'il parviendra à faire une belle bastringue ce week-end, avec ou sans botellón. Tiens, toutes ces conneries d'articles sur la "prévention" quant aux dangers de l'alcool me donnent envie de relire Au-dessous du volcan (Malcolm Lowry). Ethyliquement recommandé, si vous ne connaissez pas.
 

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17 août 2008

Eric Vartzbed - Lumière d'outre-tombe 3

Bon, je finis enfin ma critique de Lumière d'outre-tombe, ce livre d'Eric Vartzbed dont j'ai entrepris la démolition ici et ici. Pourquoi perdre tout ce temps sur un livre que j'ai détesté? Et bien parce que j'estime que ce genre d'imposture ne doit pas rester impuni. On enfile connerie après connerie, on prétend se ranger dans le camp du plus malin, on prend la pose en jouant à l'anti-réductionniste raisonnable, on parvient à se faire publier par les PUF, et il faudrait au bout du compte laisser passer? Non, c'est juste une misérable goutte dans l'océan de médiocrité dans lequel on baigne, mais il faut que ces escrocs commencent à payer. Voici donc l'estocade, qui n'est en fait rien d'autre que ce que j'avais en tête depuis le début, avant que je me laisse emporter par mon verbiage et que la revue de ce stupide petit livre finisse par me prendre trois longues parties.
Eric Vartzbed, qui n'a pas pris la peine de se documenter correctement avant de nous infliger ses réflexions d'amateur sur le thème de la mort - il se figure sans doute qu'il est le premier à aborder le sujet -, nous gratifie d'une série de raisonnements pathétiques autour des near-death experiences (NDEs). Notre ami psychanalyste et expert auto-proclamé de Nietzsche montre à quel point il est en position légitime de nous sermonner sur le sujet : il cite La vie après la vie de Raymond Moody en référence. Vraiment une source digne de confiance, mais voyons plutôt ce qu'il a à dire. Ah oui, juste une note: cette section qui s'étend de la page 97 à la page 103 comprend une brève introduction (intitulée "Qui mourra verra!", probablement un jour de faible inspiration pour Vartzbed), puis une partie précautionneusement appelée "Prudence" et qui s'articule à coups d'objections et de réponses. C'est le seul endroit du bouquin construit comme ça, à croire que Vartzbed réalise tout d'un coup qu'il s'agit à présent d'argumenter avec minutie. Voyons ce que ça donne, d'abord avec la manière dont il introduit les NDEs :

"... depuis plus de deux-mille ans, les discussions sur la mort piétinent (...) Mais ces dernières décennies, des données d'un genre nouveau devraient renouveler le débat. En effet, aujourd'hui (...) il est possible de redonner vie à des individus qui, selon des critères cliniques irréfutables, ont atteint une limite, ont rejoint le rivage des non-vivants".

Oui, le "rivage des non-vivants" c'est très poétique. Le problème c'est qu'il n'y a pas de "critères cliniques irréfutables" pour diagnostiquer ce genre de métaphore à la con. Mais on reviendra là-dessus plus loin. Et il y a peut-être une raison pour laquelle "les discussions sur la mort piétinent". Mon avis c'est que la religion et les gens comme Vartzbed ont largement contribué à ce piétinement, mais j'ai l'impression que cette possibilité ne l'effleure même pas.

Bon, les NDEs, donc:

"A quelque variantes près, les rescapés décrivent tous un cheminement analogue: une sortie de soi, la remémoration de souvenirs marquants, la propulsion dans une sorte de tunnel à l'issue duquel irradie une lumière, une sorte de soleil indescriptible, source d'amour et de connaissance. A leur retour, beaucoup expriment une frustration: ils restent sans voix, n'arrivent pas à transmettre leur expérience."

OK, il n'y a aucun doute qu'on a affaire à un amateur, ici. "Tous" les "rescapés" décrivent, "à quelques variantes près", un "cheminement analogue"? C'est n'importe quoi. Premièrement, il n'y a pas de cheminement. On ne sait tout simplement pas dans quelle ordre se succèdent ce genre d'expériences, et on sait à coup sûr que le scénario qu'Eric Vartzbed avale tout cru n'est rien d'autre qu'une sorte de prototype inventé de toutes pièces. Parfois, il n'y a pas de "sortie de soi"; quand il y a "sortie de soi", elle peut prendre de multiples formes, avec ou sans autoscopie, etc; le "tunnel" peut aussi prendre d'innombrables formes, dont la plupart n'ont d'ailleurs plus rien à voir avec un "tunnel"; la "remémoration " des souvenirs est plutôt rare et ne concerne pas forcément des souvenirs "marquants"; la lumière, s'il y en a une, n'est pas forcément identifiable ou "source" de quoi que ce soit. Dire qu'ils "retournent" sous-entend qu'ils sont partis quelque part, ce qui n'est rien d'autre qu'une pétition de principe. En plus de ça, l'idée que l'expérience est ineffable et qu'elle ne peut pas être transmise à autrui rend immédiatement caduc toute prétention à la décrire et à s'en servir dans un livre. Sans compter que ce genre de NDEs, contrairement à ce que Vartzbed laisse outrageusement entendre, n'arrive de très loin pas à "tous" les rescapés - c'est en fait probablement moins de 10% -, et en outre n'arrive pas seulement à des "rescapés", mais également à des personnes qui ne sont absolument pas en danger de mort. Sa description des NDEs, pour finir, laisse de côté de nombreux aspects qui sont tout aussi intéressants que ceux qu'il mentionne, mais visiblement l'auteur ne tient pas vraiment à se compliquer la tâche. Poursuivons:

"Jadis exceptionnelles [les NDEs], elles sont devenues courantes. La convergence des témoignages est stupéfiante."

Sans blague, Vartzbed a-t-il des données pour appuyer ses propos? Non, il donne juste son opinion, ce qui suffit largement quand on fait le métier de psychanalyste. Que les témoignages "convergent" d'une manière ou d'une autre, c'est précisément ce qui est intéressant à étudier. Mais lui il voit ça comme une sorte d'argument à part entière, on ne sait pas trop en faveur de quoi d'ailleurs. Et si les NDEs sont "courantes", on aimerait savoir à quel point exactement, et par rapport à quand. Mais on sait qu'il a déjà décidé qu'elles sont désormais absolument partout et arrivent à tout le monde.
Bien, passons à sa série d'objections et de réponses. Entre parenthèses, Varztbed se lance là-dedans sans le moindre préambule, il ne dit pas de quoi les "objections" sont des objections. Je suis donc obligé de réfléchir à sa place et de conclure qu'il perçoit comme des "objections" tout ce qui pourrait restreindre la portée des NDEs en tant que preuve d'une survie de la conscience après la mort physique. Ce serait juste plus simple et plus honnête s'il voulait bien déclarer une fois pour toutes qu'il croit aux fantômes et à l'au-delà.

"Objection: (...) les individus sujets aux NDE n'ont jamais été totalement morts.
Réponse: C'est vrai. La plupart s'en plaignent d'ailleurs! (...) Pour ces rescapés, la mort est un cadeau; la vie, un fardeau. (...) Cela dit, leurs témoignages ont une grande valeur (...) [i]ls connaissent le "pays des morts" en touristes, mais non en autochtones!"

Mais alors, que deviennent les "critères cliniques irréfutables" mentionnés plus haut? Et d'où sort cette idée que les NDErs se plaignent d'être vivants? Pourquoi ne se suicident-ils pas, alors? Et si leur vie est vraiment un fardeau, pourquoi cherche-t-on à tout prix à nous vendre l'idée qu'ils deviennent des personnes entièrement différentes et meilleurs suite à leur expérience? Plus important, pourquoi diable parler de "témoignage" ou de "pays des morts", alors que l'hypothèse que tout cela n'est rien d'autre qu'une sorte de rêve hallucinatoire n'a pas du tout été écartée? Et que dire des nombreuses NDEs ou semblables expériences qui se déroulent sans le moindre risque de mourir? De toute évidence, Vartzbed est une sorte de grand romantique, c'est-à-dire un bon gars qui n'a pas la moindre intention de se défaire de ses superstitions imbéciles. Mais le problème c'est qu'il prétend "argumenter" en leur faveur.

"Objection: (...) au moment de "mourir", le cerveau sécrète (...) probablement des substances afin d'étourdir le sujet et l'aider à supporter cette ultime catastrophe.
Réponse: Les visions béatifiques seraient-elles les lubies d'un cerveau déréglé? (...) Aucun chercheur n'a pu isoler un agent chimique responsable de ces visions, une substance qui rendrait compte de ce vécu. (...) Une fois réanimé, le sujet retrouve instantanément une perception normale. (...) L'effet d'une endorphine ne peut pas s'évanouir sitôt le sujet réanimé. Et quel serait, à l'inverse, le neurotransmetteur responsable du bien-être durable que ces sujets éprouvent des années après? (...) tous ceux qui ont connu une NDE ont vu leur existence modifiée en profondeur, ce qui n'est jamais le cas lorsque la béatitude est atteinte par des voies artificielles. (...) Une asphyxie source d'hallucinations (mal interprétées par le sujet) peut-elle changer radicalement une vie? J'en doute."

Wow, ça c'est envoyé Eric! Tu as raison, le cerveau n'y est pour rien. La seule explication possible, c'est que ces gens sont sortis réellement de leurs corps, qu'ils ont traversé un tunnel cosmique, et qu'au final ils ont pu admirer une dernière fois leur propre vie en accéléré avant de rencontrer une lumière qui est pleine d'amour qui vous aime. Ensuite, ils sont retournés sur Terre pour devenir des personnes modifiées en profondeur. C'est parfaitement logique, surtout vu que des "chercheurs" ont échoué à isoler la substance qui pourrait expliquer rationnellement tout ça à la fois. Bon, il est vrai que pour fourguer sa camelote, Vartzbed est obligé d'inventer et de mentir un peu. Par exemple, il sait très bien qu'il y a tout un tas de drogues qui sont capables de vous fabriquer des lumières et des tunnels dedans la tête. Il sait aussi très bien que son assertion que les NDErs retrouvent instantanément (ses italiques) une "perception normale" quand ils reprennent connaissance ne repose absolument sur que dalle. Quant à la durée des effets d'une endorphine, il n'y connaît absolument rien, c'est donc une argumentation de type psychanalytique, consistant à juste ouvrir la bouche et produire des mots sans le moindre souci pour la réalité (mes italiques). Il fait aussi mine d'être convaincu que les effets "durables" d'une NDE n'ont rien à voir avec les effets d'une drogue. Qu'est-ce qu'il en sait? A-t-il déjà entendu parler des gens qui sont restés "crochés" au LSD? Se rend-il compte que toute procédure de réanimation peut avoir des effets subtils sur des régions fragiles du cerveau? Et la cerise sur le gâteau, c'est qu'il affirme "douter" qu'une anoxie "source d'hallucination" puisse changer radicalement une vie. Mais alors, ça veut tout simplement dire qu'il a déjà décidé que les NDEs n'ont strictement rien à voir avec une quelconque atteinte au cerveau. De quoi ne doute-t-il pas, a contrario? Il ne doute pas qu'un véritable voyage au Paradis, pour de vrai, puisse changer radicalement une vie. Comment il le sait? Grâce au témoignage des NDErs. Je vous l'ai dit, Eric Vartzbed a fournit un travail très léger dans son livre. Du reste, qu'est devenue son idée que la vie est un "fardeau" pour ces gens? A la trappe, bien sûr.
Mais il n'est pas au bout de sa démonstration, il veut encore nous cracher quelques morceaux de connerie à la gueule:

"Objection: (...) une équipe de chercheurs genevois a réussi a réussi à provoquer une sensation de sortie de soi (première phase de la NDE) en stimulant certaines zones du cerveau.
Réponse: (...) ces expériences [de laboratoire] ne rendent pas compte d'un fait décisif. Les exemples abondent où les sujets décrivent ce qu'ils ont vécu "en leur absence". Après vérification, leurs dires s'avéraient exacts. (...) Bref, des descriptions qui indiquent qu'il ne s'agit pas d'une impression psychique de sortie de soi, mais que le sujet est vraiment témoin de la scène."

Non, je n'ai pas inventé ce passage. Vartzbed crois réellement à ces foutaises. Sur quels genre d'"exemples" se base-t-il? On ne sait pas, il signale juste que ces exemples "abondent". Et l'astrologie, tu y crois aussi? Et les apparitions de la Vierge? Et les crop-circles, c'est curieux ça aussi quand même, non? Et ce type a écrit un bouquin sur Nietzsche? Nom de Dieu, il faudra peut-être que je le lise un jour, ça risque d'être intéressant. Hey, Eric Vartzbed, juste une suggestion: tu ne crois pas que s'il y avait la moindre chance pour que ces "perceptions désincarnées" soient autre chose qu'une stupide légende urbaine, on le saurait depuis longtemps? Et peut-être qu'à ce moment, il n'y aurait nul besoin d'établir des listes d'objections et de réponses pour discuter des NDEs, non?

Bon, ensuite il ajoute que le fait que des enfants rapportent aussi des NDEs constitue un bon argument pour disqualifier l'objection selon laquelle les gens ne font que répéter les histoires qu'ils ont lues dans des livres. C'est bien connu, les enfants ne lisent pas de livres, ne regardent pas la télé, et ne croient pas au ciel. Les enfants n'ont pas d'hallucinations dans leur cerveau non plus, c'est impossible. Il poursuit en disant que les NDEs sont différentes des rêves, sans donner le moindre argument en faveur de cette vieille scie. Il est évident qu'Eric Vartzbed connaît les NDEs au moins aussi bien que les autres thèmes qu'il aborde dans son livre, c'est-à-dire vraiment superficiellement. Mais on apprend quand même qu'il a travaillé un peu sur le sujet:

"Sur la dizaine d'entretiens vidéo que j'ai pu visionner, seule une personne présentait des traits hystériques."

Ah, notre brillant auteur a donc consulté un reportage sur les NDEs. Je l'imagine bien, à la bibliothèque, avec sa précieuse cassette VHS d'un vieux Temps Présent, seul dans son box, à prendre frénétiquement des notes. Et sur la base de son œil clinique infaillible, il décrète qu'un sujet présente "des traits hystériques". Probablement une femme un peu enthousiaste, quoi. OK, passons à la conclusion:

"Ainsi, la convergence des témoignages nous oblige à admettre qu'ils constituent une "vérité" (au sens juridique). A défaut de preuve (au sens scientifique), une multitude d'indices soutient notre conviction, emporte notre adhésion. Bref, il est désormais fondé de penser que chacun est le siège d'un principe impérissable, que la mort n'est pas le "maître absolu" (Hegel), que la béatitude est notre lot."

Oui oui, heureux les simples d'esprit (Mathieu; moi aussi j'adore le name dropping). Juste un truc, pourquoi nous infliger 102 pages avant d'en arriver là? Est-ce que les gens ont besoin des NDEs pour croire qu'il y a un "principe impérissable" en eux? Non, la plupart des habitants de cette triste planète se figurent qu'ils vont d'une manière ou d'une autre poursuivre leur existence dans un autre monde, une fois qu'ils auront cassé leur pipe. Eric Vartzbed y croit aussi, et il se trouve original. Bravo, et ça te change quoi exactement de te croire "impérissable"? Tu crois que c'est une manière de sortir du "piétinement" autour du thème de la mort dont tu parlais il y a quelques pages? Super progrès: en fait, la mort n'est que le début d'une nouvelle vie. Oui bravo, voila qui permettra de dissiper notre ignorance sur le sujet.

Bon, ensuite il y a deux ou trois pages où il tente de psychanalyser ces créatures bizarres que sont les athées et les matérialistes. Que cache donc cette attitude arrogante? Bah, c'est juste une manière de se rassurer contre des angoisses inavouées:

"Posons la question: les principes matérialistes ne reposent-ils pas sur l'angoisse d'une dissolution, sur la peur du "sentiment océanique", d'une réunion avec la mère taboue?"

Oui, posons la question. Euh, pourquoi au juste? On ne sait pas, Eric Vartzbed ne précise pas exactement en quoi consiste son problème avec le matérialisme. J'imagine que c'est un travail pour la psychanalyse... S'il lit mes commentaires, nul doute qu'il trouvera le moyen d'identifier mes failles narcissiques ou mes relations ambiguës avec ma mère. Malheureusement, je ne crois pas une seule seconde à ces conneries, et le type d'analyse que j'aurais à fournir à propos du profil psychodynamique de l'auteur d'un livre aussi mauvais risque de tourner un peu moins autour du pot: il s'agit d'un imposteur.

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Apprenez à reconnaître les cons

Non, je sais bien qu'il est illusoire de prétendre éradiquer la connerie. Mais on peut au moins s'en moquer. Voici donc une nouvelle chronique: savoir identifier les cons. La première leçon, c'est qu'il faut savoir écouter. Le con ne tarde jamais à se trahir. C'est qu'il est prit dans une sorte de cercle vicieux particulièrement redoutable: voyez-vous, le principal souci du con c'est qu'on puisse le prendre pour un con. Dès lors, il s'efforce désespérément de passer pour quelqu'un qu'il n'est pas, et ce faisant, hop, il fait fatalement la démonstration de sa connerie. Celle-ci peut s'exprimer sous d'innombrables formes, et j'ai la ferme intention d'en faire l'inventaire un jour. Voici donc deux exemples pour commencer. Considérez ça comme des formules permettant d'identifier le con avec un haut degré de certitude:

1/ "Au jour d'aujourd'hui"
Exemple: "Au jour d'aujourd'hui, je suis incapable de dire comment je réagirai en cas d'échec"

Analyse: Hormis le con, personne ne dit jamais "au jour d'aujourd'hui". C'est un truc de con. J'ignore pourquoi ils tiennent absolument à dire ça au lieu de simplement "aujourd'hui". Je suppose que ça leur permet de situer avec une grande précision la fenêtre temporelle qu'ils cherchent à désigner. Hier, ils auraient peut-être dit autre chose. Demain, eh bien qui sait "de quoi demain sera fait"? Mais là, aujourd'hui, maintenant, au jour d'aujourd'hui, le con est en mesure de faire une déclaration qui concerne uniquement l'opinion dont il dispose sur le moment. Dire "au jour d'aujourd'hui" laisse ouverte au con la possibilité de dire une connerie entièrement différent le lendemain, qu'il ne manquera d'ailleurs pas de prudemment situer "au jour d'aujourd'hui", de sorte à se ménager une porte de sortie pour le jour suivant. Et ainsi de suite. De même, l'expression permet au con de faire preuve d'une certaine profondeur d'esprit. Ainsi, il fait passer le message qu'il est conscient que les humeurs peuvent changer et qu'il est bien difficile de prévoir comment le temps agira sur son comportement. Ce qui prouve bien qu'on a affaire à un con, puisqu'à ce titre on pourrait aussi bien commencer toutes nos phrases en disant "au jour d'aujourd'hui".

2/ "quelque part"
Exemple: "C'est difficile à dire, mais je pense que quelque part Brigitte me manque un peu"

Analyse: Avec sa variante encore plus ignoble "à quelque part", voici un autre indice qui identifie le con avec certitude. Seul un con peut situer des pensées, des désirs, des croyances, des opinions, "quelque part". Dans la bouche du con, tout ce qui se situe "quelque part" relève d'une sorte d'environnement mystérieux qui tient à la fois de l'inconscient, des limbes et du pays des merveilles. Plus pragmatiquement, le "quelque part" permet de délimiter les frontières des compétences cognitives du con. Là où sa compréhension des événements s'achève, le "quelque part" commence. Mais, naturellement, il n'y a pas de "quelque part". C'est ça le truc marrant, dont le con ne pourra jamais s'apercevoir. Ce "quelque part" qu'il ne manque jamais d'infliger à ses interlocuteurs, ce n'est rien d'autre que la connerie même qu'il vient d'asséner.

Résumé: "Au jour d'aujourd'hui" permet de dire n'importe quoi en se dédouanant des éventuelles conséquences liées aux propos qui suivent cette expression. Notez que la personne intelligente utilise généralement cette stratégie rétrospectivement, en disant par exemple: "Sur le moment, ça paraissait une bonne idée". Mais le con prend les devants, exactement comme s'il savait déjà qu'il est en train de dire une connerie. C'est une astuce rhétorique particulièrement maladroite et inélégante, dont le but est d'isoler temporellement ses opinions, et dans le fond de ne pas les assumer. "Quelque part", en revanche, procède d'une volonté d'emprisonner spatialement une idée, ce qui revient un peu au même si on parvient à se dégager du niveau du con. En utilisant cette formule, le con se figure qu'il dit quelque chose de profond et qu'il laisse le soin aux autres de déterminer en quoi consiste exactement ce "quelque part". Il l'ignore complètement, bien sûr, puisque ce "quelque part" n'est rien d'autre que le lieu où ses fonctions cérébrales opèrent en perpétuelle sous-performance.
Bien, amusez-vous maintenant à imaginer une phrase qui contienne les deux formules, vous verrez à quel point vous vous sentirez cons.

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L'idiotie du jour

J'ai encore raté le festival de Locarno cette année. Peut-être que j'irai un jour, j'aimerais bien en tout cas. Toujours est-il que j'aurais pu y voir Luftbusiness, un film de Dominique de Rivaz. Si ça se trouve, c'est un bon film. Mais voici comment la cinéaste explique la genèse de son projet:

«J'ai lu en 2002 que quelqu'un avait mis son âme aux enchères. Cette démarche m'a laissée perplexe. Je me suis demandé comment on peut ainsi déraper vers l'irréel et qu'est-ce qu'une âme au 21e siècle. Je me suis demandé comment un individu survit après avoir vendu son âme».

Je suis sûr qu'elle est absolument sérieuse, je viens de l'entendre dire la même chose à la télévision. Si c'est le cas, c'est à se demander s'il reste une seule personne saine d'esprit dans le milieu du cinéma et de l'art en général. "Qu'est-ce qu'une âme au 21e siècle?"" Déraper vers l'irréel?" "Comment survit-on après avoir vendu son âme?" Elle se pose vraiment ce genre de questions? Bon, j'aurais bien quelques réponses pour cette dame, mais je pense que ça prouverait simplement que je ne ferais pas un très bon réalisateur. Quoi qu'il en soit, je propose d'utiliser l'histoire dont elle parle comme un test psychologique. Une sorte de Rorschach en accéléré, si vous voulez. Voila l'idée: parlez autour de vous de cette histoire du type qui décide de vendre son âme sur eBay. Si quelqu'un vous répond que ça le laisse perplexe, ou qu'il trouve ça horrible et immoral, ou s'il va jusqu'à s'interroger sur le sort du type qui s'est volontairement dépouillé de son âme, alors cette personne est d'un tempérament romantique (je dis "romantique" pour être charitable, mais ça revient au même que de qualifier cette personne d'imbécile). En revanche, si la première réaction que vous obtenez est de se demander qui pourrait être assez stupide pour acheter une "âme" sur internet, alors vous avez affaire à quelqu'un de rationnel. Voila qui ferait un mauvais film, d'ailleurs: l'histoire de l'abruti qui a acheté une "âme" sur internet.

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04 août 2008

Petits journalistes, petites infos, petit public et petit mort

OK, on a compris, le "petit" Valentin était petit.

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03 août 2008

Edelweiss, le magazine qui te prend pour une conne

Voici ce que je lis dans les pages "news" du magazine féminin Edelweiss:

Voyance
L'avenir au rendez-vous
Nicole d'Avril est une voyante parisienne époustouflante. Elle vient les 24 et 25 juillet prochains à Lausanne et ouvre exceptionnellement ses portes à celles et ceux qui ont envie d'une consultation. La séance dure environ une heure. Place dans la limite des disponibilités.
Prix: 100 euros. Pour d'autres renseignements et prendre rendez-vous, appelez Claire au 0033 6 60 64 04 08.

Ce n'est pas une publicité, c'est dans la section "Edelnews, quoi de neuf en Suisse romande?". La venue d'une "voyante parisienne époustouflante" est donc une nouvelle importante pour les lectrices d'Edelweiss? Et en plus, on nous fourgue la technique minable de l'escroc à deux balles qui consiste à faire croire que l'événement est "exceptionnel" et que les places sont "limitées"? OK, si l'événement se tient sur deux jours, que l'agenda est apparemment surbooké, que la "consultation" dure, mettons, 45 minutes et que le prix (de base, j'imagine) est de 100 euros, combien de pognon Nicole d'Avril va-t-elle se faire grâce à la publicité offerte par Edelweiss? Cette publicité est-elle "offerte", d'ailleurs? Ou le magazine Edelweiss est-il d'une manière ou d'une autre partie prenante de cette escroquerie? Beaucoup de questions auxquelles "Claire" pourrait peut-être répondre, au numéro de téléphone indiqué. Mais j'ai d'autres choses à foutre, et un examen plus attentif du reste de ce numéro de juillet-août 2008 laisse penser qu'il n'y a guère d'espoir de susciter le moindre embarras chez celles (et ceux, peut-être) qui rédigent ce magazine. Il y a 10 pages d'"astrosexe" dans ce torchon, ce qui indique clairement qu'Edelweiss pense que les femmes sont toutes des nymphomanes dénuées d'esprit critique. Des salopes et des connes, en somme. Les trois premières pages de ce dossier débile sont extrêmement curieuses, d'ailleurs. Il s'agit d'une sorte d'almanach indigeste qui liste les positions de "Mars" de 1930 à 1999. Explication:

"Outre le soleil, neuf planètes constituent notre ciel astral de naissance. Mars, la planète la plus hot, nous renseigne sur notre agressivité et nos pulsions sexuelles."

OK "les filles", je pense que vous savez que le soleil n'est pas une planète, je serai donc charitable sur le sens ambigu des trois premiers mots de cette citation. Par contre, je vous informe que notre "ciel astral" n'est pas constitué de neuf planètes. Premièrement, Pluton est désormais considérée comme une planète naine (c'est un bloc de glace qui ne devrait pas avoir plus de considération que tout un tas de rochers et de lunes qui gravitent également dans notre "ciel astral"). Deuxièmement, je ne crois pas que la Terre soit généralement incluse dans ces sornettes que vous avez décidé de légitimer dans vos pages. Nous sommes sur la Terre, cette planète ne fait donc pas partie de notre "ciel astral". Enfin, mais j'ai un peu honte de devoir écrire ce genre de choses, Mars ne nous "renseigne" sur rien de particulier à propos de notre "agressivité" et de nos "pulsions", et n'est de toute façon pas la planète la plus "hot". A tout prendre, l'astronomie montre que Mercure est plus chaude et la mythologie dit que Vénus est plus sexy. Mais bon, poursuivons le justificatif de ces trois pages de remplissage grotesque:

"Grâce à votre date de naissance, vous trouverez la position de Mars dans votre thème natal, position qui sera la même durant toute votre vie [sans blague]. Exemple: vous êtes née [sic] le 13 janvier 1969. Mars est entré en Scorpion le 29 décembre 1968. Vous avez donc Mars en Scorpion".

Non, vous avez Petit Pois en la Tête. Bon, je vous passe les conneries qui suivent, l'énumération habituelle des douze signes à la con. Un seul exemple: "Mars en Gémeaux: la libertine intello (Marion Cotillard)". Marion Cotillard est une "libertine intello"? On parle bien de cette bécasse qui adhère à toutes les théories du complot imaginables? Pitié.

Ce genre de conneries irrationnelles explique bien pourquoi Edelweiss ne perçoit aucune forme d'irresponsabilité dans la promotion éhontée d'une voyante, ni même le moindre scrupule à la qualifier d'"époustouflante". Le reste du magazine donne aussi une petite idée sur le genre de magouille qui se cache derrière ce type de comportement. Il apparaît très vite, même au lecteur le plus distrait, qu'Edelweiss n'est en fait rien d'autre qu'un lieu où s'exprime de manière effrénée le plus effréné des copinages. C'est la caisse de résonance d'un petit milieu lausanno-lausannois, bien bourgeois, sur-éduqué, superficiel et pistonné à mort. Tu fais des T-shirts de merde? Laisse, je vais y consacrer deux pages. Tu organises une soirée à la con? Super, on viendra prendre des photos. Ta garde-robe est le lieu le plus important de l'univers? Il faudra qu'on fasse un sujet là-dessus. Tu comptes te faire du fric en vendant de la camelote? Pas de problème, on va dire que c'est de la création, ou même de l'art. S'il le faut, on insistera même sur le fait que ton "travail" est le dernier avatar d'une certaine forme de rébellion ou de décalage, autrement notre petit jeu pourrait finir par se voir. Et comme nos pages ne contiennent de toute manière que dalle, j'en profiterai pour y glisser un édito bien senti où il sera question d'un week-end à Rome entre copines (hi hi) et de Sex and the City, ce qui fera plaisir à notre annonceur en première page, qui associe une bagnole à ce feuilleton. Edelweiss: on ne prend pas les femmes pour des connes, on leur donne juste ce qu'on estime qu'elles sont en mesure de comprendre.

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02 août 2008

Tant de comiques, si peu de gags...

Suis en train de faire le plein de comiques pas drôles. C'est le Jamel Comedy Club, sur Canal+. Le premier type (dont je n'ai pas capté le nom) se donne du mal, mais il a un gros défaut. Il dit sans arrêt "t'sais?". Le "t'sais?" étant l'une des pires horreurs qui soit jamais arrivée à la langue française, pour moi le mec est disqualifié d'office. Mais bon, il n'est pas moins bon que Jamel lui-même, qui a ouvert les festivités en brocardant Rachida Dati, ah ah. Quoi qu'il en soit, je compte regarder la suite, un type comme moi est forcément gagnant: quand c'est drôle, c'est drôle, et quand c'est pas drôle, ça me fait marrer quand même.
La seule chose que je voudrais dire, c'est que le type qui fait des "t'sais?" nous a gratifié d'un gag déjà fait par Frédéric Recrosio. Ce n'est même pas vraiment un gag, c'est juste une référence au fait que sur les navigateurs internet, il y a un historique, et que votre copine, ben elle peut tomber dessus. Ah ah, oui c'est tellement vrai.
Voila, il faut maintenant cesser de tenter de faire rire avec ça, ou alors au moins que quelqu'un réclame la paternité du gag, ou éventuellement tâcher de le changer un peu. Mais de manière générale, il faudrait attirer l'attention de nos observateurs acérés de la réalité contemporaine sur le fait qu'ils opèrent sur un marché relativement encombré. La masse critique est atteinte, nos petits travers quotidiens sont désormais moins nombreux que les comiques pas drôles. Il risque d'y avoir redondance.

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Aurélien Lang, apologiste du bon Dieu

Juste découvert un blog chrétien tenu par un enthousiaste du bon Dieu qui se la donne argumentatif. Aurélien Lang, il s'appelle, et son blog Apologétique chrétienne. Et il croit vraiment beaucoup en Dieu. Et au petit Jésus, le fils de Dieu. Il pense pouvoir justifier ses superstitions par l'usage de la raison. Juste un petit avant-goût avant que je n'entreprenne, si le cœur m'en dit, la destruction systématique de ses pitreries que j'ai déjà entendu des centaines de fois (mais jamais ils n'apprennent?). Voici la réponse qu'il donne à une question purement rhétorique, qui devrait plutôt être formulée de la manière suivante: "Attends, tu penses sérieusement, tu crois vraiment, que je vais pourrir en enfer juste parce que je ne suis pas chrétien?". Mais voici sa version:

Comment puis-je être sauvé de la condamnation éternelle ?

« Croyez au Seigneur Jésus-Christ qui est mort pour les péchés des hommes et qui s’offre à vous maintenant comme votre Sauveur. » Sans le don gratuit de Jésus-Christ, l’enfer est notre juste rétribution. Aussi dure que peut paraître la doctrine du jugement et de l’enfer, elle nous montre combien l’œuvre d’amour et de grâce que Jésus a accompli est brillante et époustouflante. En acceptant de mourir sur une croix, suspendu entre ciel et terre, Jésus-Christ a permis la réconciliation entre Dieu et sa créature. Que répondrez-vous face à une telle preuve amour ?

L'enfer est notre "juste rétribution", uniquement parce qu'on a choisit d'ignorer un "don gratuit" qu'on n'a jamais demandé à personne? Et ensuite, ce bigot fait dans la guimauve et le lyrisme avant de nous sommer de répondre à ces inepties?
J'ai une réponse pour toi, Aurélien Lang, la seule réponse qu'il faille donner à ceux qui annoncent tranquillement, et généralement en plus avec le sourire, que si on n'adhère pas à leurs superstitions débiles on est bons pour en chier pendant une éternité sans qu'on ne puisse rien y changer: va au diable.

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01 août 2008

Eric Vartzbed - Lumière d'outre-tombe 2

Comme promis, je poursuis mes commentaires sur Lumière d'outre-tombe d'Eric Vartzbed, un livre qui m'a vraiment, vraiment beaucoup agacé. J'en parle parce qu'il me semble représentatif du type d'engeance qui cherche à passer pour une "réflexion" sous la plume d'un psychanalyste. Naturellement, pas de données, pas de vrai travail de recherche, juste des opinions sans fondement et du name dropping (Freud, Jung, Nietzsche, Cioran, Sartre, Proust, Heidegger, Ehrenberg, Lipovetsky, etc. Le plus souvent, une seule ligne (et encore) est consacrée à ces grands esprits.) Inutile d'avoir lu tout ce fatras de culture, il suffit d'y faire allusion. Entre gens cultivés, ce genre de clin d'œil fait office de reniflage d'arrière-train. Vartzbed se donne plus de peine pour écrire que pour réfléchir. Mais malheureusement il lui arrive d'être affreusement pédant ("Les trois méthodes ont leur efficace"...) Il explique qu'il a éprouvé le besoin d'écrire un livre sur la mort et le deuil parce qu'il est d'origine Arménienne, et que longtemps il a refoulé le génocide de son peuple. Oui, refoulé. Il croyait s'en foutre, mais au fond de lui il ne s'en foutait pas. C'est que, explique-t-il: "Freud a montré que la mémoire est un labyrinthe complexe". (Petite digression, ce type de phrase est un procédé typique chez les psychanalystes, j'appelle cela la naturalisation de la simple opinion. Alors que les scientifiques sont constamment conspués pour leur arrogance, lorsqu'un "penseur" quelconque balance un truc du haut de son piédestal, ça devient une démonstration mathématique. A ce titre, il devient légitime de dire "Freud a montré...", "Deleuze a pu mettre en évidence...", "Depuis Heidegger, on sait que...", etc. Fin de la petite digression). Outre le fait que tout le monde est capable de sortir une banalité du type "la mémoire est un labyrinthe complexe", je me demande si Eric Vartzbed croit sérieusement à son explication sur le "refoulement" d'un génocide. Probablement hélas, un peu comme le brave type dont je parlais hier doit sérieusement croire qu'il harcèle son ex-compagne parce que ses parents ont divorcé quand il avait 13 ans. Mais nous jeter du génocide à la figure pour justifier la rédaction de 100 pages pompeuses et exaspérantes, c'est quand même un peu se foutre de la gueule du lecteur. Quoi qu'il en soit, si vous avez le malheur de lire ce livre un jour, soyez préparés à de nombreuses anecdotes personnelles de ce genre, probablement destinées à rendre le texte plus chaleureux et proche du lecteur. C'est peut-être aussi lié à ce qui va suivre. En effet, une idée récurrente dans ce livre sans queue ni tête, c'est que nos sociétés modernes se sont détournées de la mort. C'est principalement à cause de l'individualisme et de la perte des repères (oui, les deux principales causes de tout et n'importe quoi, vous avez déjà entendu ça.) Plus précisément, l'auteur déplore la superficialité de nos croyances (le problème des occidentaux blancs, c'est qu'ils ont une "spiritualité light"). par contraste, en Afrique noire,

"les rituels et les croyances relatives à la mort connaissaient un foisonnement, une richesse et une complexité sans commune mesure avec ce que nous pouvons expérimenter aujourd'hui sous nos latitudes (...) [L]a différence tient à la profondeur de l'investissement des croyances. Dans nos sociétés, pour beaucoup de raisons historiques (le patriarcat a sombré, les gadgets techniques passionnent, etc.), les croyances ne rencontrent souvent qu'une adhésion molle, un intérêt discret (...) Cette décontraction idéologique, ce scepticisme de bon aloi, cet affaiblissement des croyances s'accompagnent d'une crise des rituels". (pp.28-29)

Et bla bla bla. Donc, à cause de la chute du patriarcat, de la prolifération des gadgets et du recul des superstitions, "nous ne vivons plus en bonne intelligence avec nos morts". Tout cela ne mène évidemment nulle part (comme l'ensemble du livre, d'ailleurs. On y trouve même une section parfaitement superflue sur Charles Darwin. On ne sait pas pourquoi. Comme à peu près tout dans ce bouquin, le lecteur se retrouve les bras ballants, consterné, après chaque paragraphe, se demandant "De quoi parle-t-il et où veut-il en venir??"). Vous noterez, j'espère, que la citation ci-dessus est du niveau d'une dissertation d'écolier. Je suis sûr que Vartzbed avait de bonnes notes, d'ailleurs, en rédaction de texte. C'est probablement ce qui l'a encouragé à devenir baratineur professionnel. Il connaît bien le truc. Comme un bon garçon qui a parfaitement compris qu'il se situe dans le camp des gentils, il s'en prend au "culte du Moi", n'hésite pas à nous sortir le mythe du bon sauvage (oui, celui qui est fervent et qui fait des rituels bien comme il faut), taquine gentiment la "toute puissance médicale" (mais note charitablement qu'elle est "par ailleurs souvent si féconde", à croire qu'il ne veut pas se mettre son toubib à dos), et s'étonne qu'il y ait des gens méchants qui font rien qu'à se plaindre (quelques exemples "pris au hasard", nous dit-il: Onfray, Vaneigem, Debord et Sollers, hop! tous dans le même panier). Comme il est psychanalyste, il n'a aucune peine à identifier la source de ce "scepticisme" ambiant (qu'il ne prend pas trop la peine de définir exactement):

"c'est toujours la même impossibilité à penser l'ambivalence, à assumer l'interpénétration subtile de l'amour et de la haine. Il leur faut un "bon objet", une île paradisiaque où reposer leur narcissisme défaillant, et un "mauvais objet" pour rêver à sa démolition (...) ces créateurs s'inscrivent dans la lignée schizo-paranoïde"

On apprends aussi, à travers Cioran, que fascisme d'avant-guerre = scepticisme forcené. C'est que Vartzbed, lui, aime la nuance. Mais j'ai au moins appris un truc en lisant ces lignes pathétiques: il y a encore des gens qui prennent au sérieux les éructations délirantes de Mélanie Klein.
Bon, je vais bientôt pouvoir enchaîner sur la partie du bouquin qui m'a fichu le coup de grâce. Toujours à propos de Cioran et des méchants nihilistes sceptiques qui font semblant de ne pas aimer les mauvais objets, Vartzbed nous sort la perle suivante:

"Gagner en nuance, c'est souvent perdre en force. Et peu de stylistes arrivent, sans s'amollir, à renoncer au bric-à-brac irrationnel et paranoïde. Une question se pose alors: s'en rendent-ils compte? En sont-ils dupes? leurs lecteurs [sic]?" (p.71)

Outre le fait que cela fait trois questions, j'aimerais en ajouter une: l'auteur de ces lignes ridicules se figurait-il sérieusement que personne n'allait jamais les lire? Non sérieusement, je ne vois que cette raison pour expliquer la publication délibérée de pareilles inepties. Le psychanalyste est-il immunisé contre la honte et l'embarras? Et notez bien la suffisance incroyable du propos, chez un type qui déplore que l'Occident ne soit pas assez croyant et qui s'évertue à poser comme un expert de Nietzsche. Qu'il se permette de donner des leçons de "nuance" et de rationalisme, alors que dans les pages qui suivent ils va nous donner à bouffer de l'immortalité, à base de mécanique quantique à deux balles, d'anti-réductionnisme de pacotille, de conversions religieuses "foudroyantes" et de... near-death experiences, c'est essentiellement la raison qui me pousse à écrire ce long charabia.
Mais j'ai déjà fait trop long, il va me falloir une troisième partie pour venir à bout de ce mauvais livre. Restez dans les parages si vous avez un quelconque plaisir à assister à ce massacre ou si les NDEs vous intéressent, je promets de ne parler que de ça.

Posté par onclepsycho à 21:28 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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