Oncle Psycho

propositions pour une vie saine et équilibrée

04 décembre 2008

Guérisseurs, rebouteux et faiseurs de secret en Suisse romande - 1

Jenny_guerisseurs

Je me lance ici dans la critique d'un livre qui risque de mettre mes nerfs à rude épreuve. Il s'agit de "Guérisseurs, rebouteux et faiseurs de secret en Suisse romande" (Favre, 2008), par Magali Jenny. La couverture mentionne en très bonne place une information tout à fait remarquable: "Avec répertoire d'adresses". J'y reviendrai, bien sûr. Mais pour le moment, j'en ai à peine entamé la lecture et ce billet ne sera qu'une sorte d'introduction générale.

J'ai déboursé 34.50.- pour acquérir cette œuvre. Je savais déjà que mon sang allait bouillir à chaque paragraphe, sans même l'avoir feuilleté. Le quart de couverture (et la couverture elle-même) en dit assez pour se rendre compte qu'on aura droit à l'habituelle mascarade sociologique qui consiste à faire avaler une grosse et indigeste pilule antirationaliste déguisée en étude neutre et compatissante. J'ai l'habitude, j'avais déjà donné sa chance à "Doute, croyances et divination" (Antipodes, 2007) de Marc-Antoine Berthod. C'est dingue ce que les sciences sociales du coin produisent comme odes à la crédulité et bras d'honneur à la raison, sous couvert d'analyser objectivement et sans préjugé des simples "pratiques", "représentations" et "croyances" sociales. Mais j'aurai tout le temps de revenir sur ce problème. Au passage, je sais aussi qu'en m'attaquant au livre de Magali Jenny je vais m'attirer une horde de mécontents qui vont m'expliquer que j'ai l'esprit fermé, que je suis une caricature de sceptique, que je suis "scientiste", qu'avant d'ouvrir ma gueule je devrais au moins essayer d'aller chez un guérisseur, que mes élucubrations ne changent rien au fait que pour eux "ça a marché", que ma vie doit être bien triste, que j'ai le droit d'avoir mon opinion mais que je ne devrais pas la dire, que je suis bien agressif, etc, etc, etc. On va aussi me reprocher de prêter des vues idéologiques et propagandistes à un livre qui se voudrait somme toute assez neutre et distant par rapport à son thème. Je vais le lire, on verra ce que j'y trouve. Mais le quart de couverture, encore une fois, ne laisse aucune ambiguïté sur l'absence de neutralité de ce livre. Voici pourquoi:

Cet ouvrage aborde toutes les questions qui se posent à propos de ces thérapeutes hors norme. Des médecins mais aussi des hommes d'Eglise donnent leurs points de vue face aux témoignages parfois troublants des consultants. La parole est également donnée aux guérisseurs eux-mêmes (50 portraits), qui expliquent leurs manières de procéder, l'origine de leur don, leur façon de voir, leur relation au patient et leurs parcours. Et s'il est impossible d'expliquer scientifiquement certains faits décrits, peut-être en fin de compte "l'important c'est que ça marche"!

Voila, je vous ai mis en gras les 5 pétitions de principe contenues dans ces 6 lignes. Elles nourrissent l'idée qu'il est absolument indiscutable que quelque chose se passe avec ces guérisseurs, alors que c'est précisément ce qu'il faudrait démontrer. Non seulement il faudrait savoir si réellement quelque chose se passe, mais surtout il conviendrait de montrer que ce "quelque chose" est causalement lié au "don" particulier ou à une action spécifique provenant du guérisseur. Certes, on peut s'abstenir de chercher une réponse à ces questions et s'intéresser au contexte sociologique plus large qui englobe ces pratiques. Mais trop souvent, une telle approche qui se voudrait neutre et compréhensive aboutit simplement à faire un pied de nez à ceux qui se posent ce genre de questions, et des courbettes à ceux qui préféreraient qu'on ne les pose pas. Le pire exemple, bien entendu, et il devrait servir de mise en garde pour le reste de l'éternité, c'est l'obtention du titre de docteur en sociologie par l'astrologue Elisabeth Teissier, qui avait présenté une thèse dont le contenu trahissait totalement le titre ronflant, mais a priori neutre et légitime, "Situation épistémologique de l'astrologie à travers l'ambivalence fascination/rejet dans les sociétés postmodernes". Il n'était bien sûr nul question de ça.

Bien, vous avez maintenant une sorte de vue d'ensemble de mes positions et préjugés sur un livre que je n'ai même pas encore lu. Mais laissez-moi prendre encore plus les devants en vous donnant d'emblée ma position sur les "guérisseurs, rebouteux et faiseurs de secret", en Suisse romande ou ailleurs. Tout d'abord, je suis persuadé que la plupart de ces gens là ne sont pas des charlatans au sens fort du terme, mais croient sincèrement avoir un "don" ou maîtriser une "technique" particulière qui leur donne un pouvoir de guérison. A la limite, les "vrais" charlatans ne m'intéressent même pas (j'aurais même plutôt de l'admiration pour ce genre de manipulateurs, du moment qu'ils finissent par payer leurs magouilles au prix fort). Néanmoins, je n'absous pas entièrement les "guérisseurs" de leurs actions. Le terme charlatan peut être compris dans une acception plus faible que celle d'escroc, vendeur de poudre de perlimpinpin, ou simplement menteur. La plupart de ces "guérisseurs" doivent bien se rendre compte à un moment ou à un autre que ce qu'ils font est sans effet, qu'il n'y a pas "d'énergie", d'intervention "divine" ou de "secret" d'aucune sorte. Ils doivent forcément réaliser, ne serait-ce que sporadiquement, que la totalité du "travail", si l'on veut, est effectuée du côté du patient (c'est-à-dire du gogo). Je ne crois donc pas une seule seconde qu'ils soient entièrement candide quant à la nature et la réalité de leurs "pouvoirs": le caractère charlatanesque de leurs activités ne peut pas entièrement leur échapper. Cela étant dit, il serait intéressant d'analyser la dynamique sociale et psychologique qui les pousse à croire en leur "différence". Peut-être que le livre m'apprendra au moins quelque chose là-dessus, il est essentiellement composé de témoignages d'un échantillon de "guérisseurs" locaux. (oui, autant vous prévenir, je compte utiliser beaucoup de guillemets pour ce sujet). Quoi qu'il en soit, ces gens ne peuvent en aucun cas être considérés comme parfaitement innocents et inoffensifs. Ils portent une responsabilité, de même que ceux qui leur offrent une visibilité, leur accordent une légitimité et en font la promotion par quelque moyen que ce soit. Comme un livre, par exemple.

Mais, dans le fond, pourquoi je n'y crois pas à ces choses là? Et si je n'y crois pas, pourquoi je perds mon temps à lire ce livre et à dire des méchancetés? Je vais y venir, l'analyse de la préface du livre me permettra de mettre deux ou trois choses au clair. Je vous préviens, elle est absolument atroce. C'est pour la prochaine fois, restez dans les parages si ce feuilleton vous intéresse.

(deuxième partie ici)

Posté par onclepsycho à 21:30 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

J'ai acheté l'autre jour "l'hypnose pratique en 11 leçons" du "Fameux" dr Jp Guyonnaud.Je vais tacher d'avoir la même approche ,face a cet homme qui me propose dixit la page arrière "Enfin!...Pas de théories,uniquement des données pratiques,qui vous permettront de vous familiariser rapidement,sans la moindre peine,avec les rouages de l'hypnose moderne".Tout un programme pour mon petit mental.Entre ces deux lignes je viens de me rendre compte qu'il existe "l'hypnose pour les dudes".J'aurai du commencer par la...

Posté par Oncle Doru, 06 décembre 2008 à 23:21

Un jour je suis allé voir un type qui se promettait de faire disparaître ma verrue par la simple pensée. J'y ai perdu 100 balles. Mais la verrue, elle, m'est restée fidèle. De son son côté, ma soeur est allée voir un guérisseur pour la même raison. Le mec lui a dit d'enterrer une couenne de lard à minuit lors d'une nuit de pleine lune. Elle s'est exécutée et... ben rien du tout!

Posté par Paul, 16 décembre 2008 à 16:02

Faut faire la part des choses psycho

Bonjour,

J'ai lu vos commentaires qui sont justes mais je vais aussi vous dire que j'ai moi-même souffert de psoriasis sur le visage pendant six moi. Je suis allà voir les meilleures dermatologues et spécialiste j'ai pris des pommades à la cortisone ou encore des crèmes interdites en Europe mais autorisées en Suisse qui sont considérées par certains comme cancerigène. Après six moi j'avais le visage pleins de boutons et c'était just invivable. Je suis allé voir un guériseur et trois semaines après sont traitement je suis de nouveau bien ma peau va mieux j'ai plus autant de crise qu'avant et je pense que je suis sur le point de complétement guérir. J'ai donné ce que je voulais au guérisseur, il ne demandait rien en particulier.

Ma conclusion c'est qu'il "faut faire la part des choses". La médecine moderne n'est pas parfaite et les guériseurs pas imparfaits - à bon entendeur
Mike

Posté par Mike, 26 septembre 2009 à 14:18

Pourquoi chercher de la science ?

Hello,
Pourquoi vous évertuez-vous à chercher, à rationaliser en permanence ?
L'homme est le résultat d'une chimie aléatoire et donc n' a rien de scientique.
Ce que certains appellent des "dons" ne seraient en fait que des capacités "à faire" ce que d'autres ne peuvent pas.
Tout être humain a des capacités , à lui de découvrir lesquelles et de les exercer !
Et voili !
Nous pouvons nous demander qui sont les charlatans ???

Posté par Douzillac, 12 octobre 2009 à 22:04

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