03 janvier 2009
Jérémie Kisling: neuneu des bobos, Lausanne style
Dans le 24 Heures du 27-28 décembre 2008, enfin des nouvelles du sympathique chanteur Jérémie Kisling. Et on est gâtés, une page pleine! Avec des jolies photos de l'artiste, dont une en tenue de tennis! Voila qui tombe exactement au bon moment, pas plus tard que l’autre jour, je me demandais justement qui est vraiment Jérémie Kisling (et à quoi ressemble-t-il en mini-shorts ?). Bien sûr, suite à de multiples portraits dans la presse et la télévision locale, j’avais compris que Jérémie Kisling est une personne simple qui aime bien les choses assez simples, du moment qu’elles ne sont pas trop compliquées et qu’elles s’en tiennent à une certaine sincérité, tout en répondant à un puissant besoin d’authenticité. C’est que Jérémie Kisling est quelqu’un de vrai. Raison pour laquelle, probablement, il était absolument nécessaire que cette pleine page soit rédigée par un de ses amis les plus proches. Autrement, ça aurait tout de suite sonné faux. Et le faux, il n’y a rien que Jérémie Kisling méprise tant, à part peut-être l’injustice et l’hypocrisie, mais ça revient un peu au même.
Oui, qui est vraiment Jérémie Kisling ? me disais-je l’autre jour. Au-delà du trentenaire de trente ans qui chante les vertiges d’avoir, comme ça, un jour, tout d’un coup, trente ans, auteur des considérables Monsieur Obsolète et Le ours, on connaît le valeureux militant des droits de l’homme, qui jadis n’hésita pas à s’opposer au gouvernement Chinois pour une histoire de droits de l'homme et de Jeux Olympiques qui était pliée de longue date, dans une opinion livrée au journal même qui l’accueille aujourd’hui pour qu'il nous livre son idée du "week-end idéal", opinion que j’avais à l'époque jugée digne d’être découpée et soigneusement classée dans mon bordel mais qui est désormais malheureusement introuvable. Je me rappelle néanmoins assez distinctement qu’elle contenait le mot putain. Jérémie Kisling, si vous n'avez aucune idée de qui il s'agit et si vous habitez à l’autre bout du monde, il faut pas le faire chier. Certes, tout cela est fascinant, mais ça ne nous dit toujours pas qui est vraiment Jérémie Kisling. La patience souriant toujours à qui sait attendre (ou un proverbe qui ressemble vaguement à ça), ma curiosité est aujourd’hui abondamment étanchée.
On apprend d’emblée que Jérémie Kisling « aime les arbres et la viande rouge, le foot et l’amour. Le week-end, le chanteur veut tout ça ». Et il a raison nom de Dieu. Non seulement il veut tout ça, mais moi je j’irais même plus loin et dirais qu’il a droit à tout ça. C’est que l’artiste a souffert.
Avant, Jérémie Kisling avait des angoisses. Il avait peur d’avoir un boulot de merde et une vie chiante, comme tout le monde. Mais maintenant, plus. « La reconnaissance, un certain succès sont passés par là. L’amour, la musique, l’amitié, les petits plats, il a appris à en profiter », nous confie le journaliste qui semble connaître par cœur son sujet. Le lecteur un peu naïf se figure sans doute qu’il n’y a rien de plus simple au monde que de « profiter » de l’amour, de la musique, de l’amitié et des « petits plats ». Qu’il n’y a aucun mérite a être ce qu’on appelle un « bon vivant » (et au passage, que ceux qui se revendiquent d’être des « bons vivants » ne sont souvent rien d’autre que des bons cons). Et bien justement, pour un artiste, c’est pas pareil. Un artiste est un être souffrant, contradictoire, imprévisible. Généralement, il profite abondamment du malheur, de la haine, de la bouffe moisie et de ses ennemis. Pour se tirer de ce mauvais pas, il a fallu à Jérémie Kisling savoir devenir simple, et profiter des choses simples. A la lecture de ce portrait, on peut désormais l’affirmer : c’est gagné.
Je sais de quoi je parle, au-delà de mes propres angoisses d’avoir un boulot de merde et une vie chiante, je partage une passion commune avec Jérémie Kisling. Enfin, je partageais : les bistrots. Il y passe le plus clair de son temps, j’y passe pas mal du mien. Il y écrit ses chansons de trentenaire, j’y écris mes méchancetés et des choses plus intéressantes que malheureusement vous ne pouvez pas lire ici. Bon, la différence avec moi c’est qu’il aime la présence de ces horreurs de gosses qui courent partout et font chier les adultes, alors que moi j’y aimais juste être peinard et fumer mes clopes. Air du temps, les fumeux geignards de mon espèce vont enfin aller s'intoxiquer tous seuls et laisser la place à l’innocence épurée des merdeux auxquels leurs parents laissent carte blanche pour envahir la vie intime et sociale des autres. Ou en tout cas ça ne manquera pas d’arriver avec les futurs morveux du sympathique chanteur trentenaire Jérémie Kisling. Dans dix ans, en effet, le week-end idéal de l’artiste « ressemblera beaucoup à ceux d’aujourd’hui. Mais avec des enfants dans ma vie. J’aimerais bien en avoir deux ou trois. Dans mon idée du bonheur, ils décupleront la rigolade, les jeux, les boules de neige, tout ça. J’espère qu’ils poseront plein de questions, qu’ils oseront aller parler aux gens, être impertinents. Pas le truc suisse classique, le regard par terre, la peur de déranger, de faire du bruit ou des bêtises. J’aimerais bien qu’ils soient des électrons libres, qui tournent. »
Signe des temps, encore. Car dans mon idée réactionnaire du bonheur, ce genre d’aveux devrait immédiatement conduire à une stérilisation forcée du coupable, avant que l’irréparable ne soit commis. Dans mon idée du bonheur, la « peur de déranger » devrait être vendue en pilules, remboursée par la sécurité sociale, et prescrite trois fois par jour à chaque personne qui se situe dans la tranche d’âge des 0-21 ans. Mais on s’en sera aperçu, je manque cruellement de simplicité. Jérémie Kisling, heureusement, indique la voie à suivre. La scène se passe, évidemment, « devant un tartare de bœuf au Restaurant L’Esquisse, dans le parc de l’Hermitage ». Vous voulez faire « rayonner » Jérémie Kisling ? Il n’en faut guère plus qu’une simple question débile. Tenez, « quel est ton week-end idéal » suffira largement. Immédiatement, il rayonne donc et s’épanche : « …on va boire un café et manger le meilleur pain au chocolat de la ville, à la Couronne d’Or. Il y a toujours plein d’amis, plein d’enfants, plein d’enfants d’amis, j’adore ». Me voilà prévenu, j’essaierai de dénicher l’endroit de la ville qui produit le deuxième meilleur pain au chocolat de la ville, m’en contenterai en ravalant mes larmes, et ne foutrai jamais les pieds dans un endroit qui regorge d’amis et d’enfants d'amis, dont manifestement aucuns ne sont les miens, puisque tous sont ceux de Jérémie Kisling. Je sais, ce n’est pas avec ce genre d’attitude que j’atteindrai la sérénité de Monsieur obsolète. Peut-être devrais-je suivre sa suggestion et essayer « les meilleures salades du monde » au Café de l’Hôtel de Ville, ce serait effectivement stupide de voyager trop loin pour bouffer du foin. Ou alors me mettre au « sirop de jasmin », le breuvage privilégié du vaillant représentant lémanique de l’ex-nouvelle chanson française lorsqu’il s’embarque dans des folles soirées au Bourg avec ses « meilleurs amis » (encore, décidément ils sont partout) : « …on fait des blagues et on rigole toute la soirée ».
A la lecture de ces dernières lignes, on ne se demande plus qui est vraiment Jérémie Kisling, mais quel âge a exactement Jérémie Kisling. Ceux qui savent lire entre les lignes auront décelé mes multiples allusions à la trentitude du sieur. Cela expliquait aisément la présence des nombreux et navrants poncifs à base de carambars et autres paradis perdus dans les écrits du compositeur-interprète. La nostalgie ça s'appelle. C'est ça ou les soirées revival avec Casimir et Goldorak go, va accomplir ta mission. Enfin, l’innocence qui s’en va, les premiers émois, le cruel monde des adultes qui se pointe, tout ça. Mais on se demande maintenant si on n’aurait pas été entraînés sur une mauvaise piste, des fois. On aura en effet beaucoup de mal, désormais, à me convaincre que Jérémie Kisling a plus de 7 ans. Le paradoxe s'explique sans doute par la vieille distinction entre âge réel et âge mental, c'était Binet le premier à la proposer, je crois. J'ignore l'âge réel de Jérémie Kisling, mais en ce moment précis, il a 30 ans (pile) d'âge artistique, et 7 ans d'âge mental. Notre bambin n’est-il pas charmant quand il évoque ses adresses préférées ? Le Bourg : « La programmation est cool, et il y a toujours plein de gens que j’aime bien (sic). En plus, l’endroit est très très beau (sic) ». La Couronne d’Or (encore) : « Un des plus chouettes (sic) cafés de la ville. Là aussi, toujours plein d’amis (sic). » Je suppose que ces lieux mettent toujours une grande boîte de crayons de couleurs à la disposition de Jérémie Kisling, c’est que le petit s’ennuie très vite. Il vous arracherait d’ailleurs des larmes en évoquant son idée d’un week-end raté : « …il pleut, alors je peux pas sortir et voir mes copains, pas faire de sport, rien, quoi ». L’horreur absolue. Rappelez-vous les longs week-ends pluvieux, quand vous aviez 7 ans. Et tous ces devoirs à faire, qu’est-ce que c’était barbant. Heureusement, un rien amuse le petit Jérémie Kisling. Les X-box et autres Playstations, très peu pour lui. On apprend que la passion de notre petite canaille, c’est les arbres : « Tu montes dans les branches, tu sens leur énergie, tu retrouves les sensations de l’enfance. De là-haut, tu vois les choses différemment, tu t’élèves, tu prends du recul. Le plus fou, c’est que personne te remarque. A part les enfants… » A part ses copains de 7 ans, quoi. Un jour, notre artiste va se piquer de construire une cabane sur un arbre, vous verrez. (Je me demande d'ailleurs à quel moment j'ai renoncé à grimper aux arbres, et pourquoi). Bah, peu importe, le petit brigand a toujours été un peu dans les nuages, et au moins tout ça le tient éloigné des mauvaises fréquentations et de la drogue. Et tant qu’il nous ramène des bonnes notes, hein. Oui, c’est un doux rêveur, mais déjà très précoce pour son âge. Un peu insolent, certes, mais cette vivacité d’esprit lui permet déjà de répondre caustiquement aux questions provocantes des journalistes, comme l’indique le dernier paragraphe, déjà culte, de l’article :
- Alors, vivement le printemps ?
- Oui, ce sera bien. Quoique l’automne c’est chouette. L’été et l’hiver aussi, en fait…
A cette prise de position radicale, on reconnaîtra facilement l’influence sur notre garnement de la passionaria Carla Bruni, dont il ouvrît jadis quelques concerts, et qui est aussi très curieuse de l’automne, des jeudis, du matin, des nombres premiers et des sorbetières. Oui Jérémie Kisling est un brave petit garçon. Tant qu’il peut aller dans ses bistrots favoris où l’attendent ses meilleurs copains (et pas des amis de seconde zone, uniquement les meilleurs), il ne risque pas de balancer des cocktails Molotov sur la police ou de sombrer dans le crack. Comment le lui reprocher, d’ailleurs ? C’est dans ce petit bonheur douillet qu’il parvient à étoffer son conformisme onctueux et ciseler ses œuvres les plus merveilleusement molles, autant de manifestes de l’émancipation post-bobo pour ceux et celles qui définissent également leur bonheur dans un néant idéologique complet mais submergé d’une ribambelle de moutards, de (meilleurs) copains et de (petits) plats.
Commentaires
sacrés bobos
Ah les bobos...y'en a plein le fion de ces fientes. Oui je sais je suis grossier, mais c'est pour la bonne cause. Un fléau ces bobos...
Bouddha
Comme dit Bouddha, "Rester en colère, c'est comme saisir un charbon ardent avec l'intention de le jeter sur quelqu'un ; c'est vous qui vous brûlez".
J'espère qu'Oncle Psycho atteindra la paix intérieure. :-)
Toto
Merci M. Fontaine pour cette magnifique perle de sagesse. Tenez, ça m'en rappelle une autre du même genre, elle provient également d'un grand penseur: "Et ainsi Toto déclara: "c'est celui qui le dit qui y est". Puis il ajouta: "Et toc!"". Pas mal, non?
Ne serait-ce pas
La patience souriant toujours à qui sait attendre (ou un proverbe qui ressemble vaguement à ça)
Ne serait-ce pas "Tout vient à point à qui sait attendre "?
La question étant: C 'est quoi se point avec lequel ça arrive? A pied je connais, en train aussi, en voiture ça va, à vélo c'est possible, mais à point ?
Merci beaucoup pour ce blog que je découvre et que j'aime déjà, en particulier parce qu'on y appelle un chat un chat!
Il y a t'il des post sur les ovnis , parce qu'il y a beaucoup à dire et de quoi se fendre la poire à grand coup de hash ...
Voici le blog d'un "collègue":http://scepticismescientifique.blogspot.com/
Et de quoi limenter les sujets ufo : http://ufo-logic.xooit.com/index.php
Un moteur de recherche quelque part ? Je découvre et vais tout lire. Vraiment ... ;-)
Ne serait-ce pas
La patience souriant toujours à qui sait attendre (ou un proverbe qui ressemble vaguement à ça)
Ne serait-ce pas "Tout vient à point à qui sait attendre "?
La question étant: C 'est quoi se point avec lequel ça arrive? A pied je connais, en train aussi, en voiture ça va, à vélo c'est possible, mais à point ?
Merci beaucoup pour ce blog que je découvre et que j'aime déjà, en particulier parce qu'on y appelle un chat un chat!
Il y a t'il des post sur les ovnis , parce qu'il y a beaucoup à dire et de quoi se fendre la poire à grand coup de hash ...
Voici le blog d'un "collègue":http://scepticismescientifique.blogspot.com/
Et de quoi limenter les sujets ufo : http://ufo-logic.xooit.com/index.php
oué
Mais oué, je me régale à vous lire.
Je me régale vous dis-je!
beau comme un bobo
Moi j'aime bien les chansons de Jérémie Kisling. Si ça se trouve quand son CD va sortir, en France, il fera un clip où il fera des galipettes et du toboggan, c'est chouette.
Mais j'aime bien aussi onclepsycho en colère sur le néant idéologique, vivement le printemps, l'âge mental et tout ça.
Si Jérémie Kisling avait moins eu peur de déranger, (de par son éducation à la suisse) et donc de bousculer la vision conformiste et confortable du journaliste ou autre attaché de presse, l'article eut pu plaire à onclepsycho, encore eut-il fallu que JK arrive à rentrer dans le chou de ceux qui ne voit en lui qu'un pied tendre.
Donc ils sont d'accord onclepsycho et Jérémie Kisling car ils se lamentent de concert sur la suisse qui rend gnan gnan, au fond. Miam, du consensuel entre onclepsy et jérémie, du consensus, bien mou, inodore et impalpable, il ne manque vraiment plus grand chose pour s'y croire, en Suisse. Un bout de chocolat, un petit ru minuscule canalisé dans le ciment, un drapeau devant un chalet...
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